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La France est-elle si mauvais élève en gestion des déchets ?

par Adélaïde Motte
Parmi les sujets de prédilection des écologistes, on trouve les ordures. Le plastique pollue les océans, il empoisonne les animaux, donc ceux qui les consomment, le recyclage est insuffisant, le compost représente l’avenir et le zéro déchet sauvera l’humanité. La France n’a pourtant pas à rougir de sa politique en la matière.

L’Agence de la transition écologique, lorsqu’elle calcule le coût des déchets, est sans pitié. Les coûts des matières premières, qui leur sont directement imputables, sont toujours supérieurs à leur éventuelle valeur de revente, le temps nécessaire à la transformation des matières jetées est forcément perdu, donc à prendre en compte… La France jette trop et valorise mal. Pourtant, en-dehors du fait que certains éléments à usage unique sont nécessaires, comme ceux qui sont utilisés dans la santé ou la cuisine, notre gestion des déchets est loin d’être si catastrophique.

Les déchets : quels sont-ils, où vont-ils ?

La France produit annuellement environ trois cent cinquante millions de tonnes (Mt) de déchets, soit cinq tonnes par habitant. Un chiffre impressionnant, mais dans la moyenne européenne. Si l’on divise les ordures par la population, elle en génère moins que la Finlande, la Bulgarie, la Suède, la Roumanie et les Pays-Bas. Les pays scandinaves, réputés pour être de bons élèves en la matière, en produisent peu, mais comptent également peu d’habitants.

Ces déchets ne viennent pas, pour la plupart, de la poubelle de la ménagère. Ils sont de trois sortes : les minéraux, les dangereux, et les autres. Les premiers, qui représentent 69% du tout, sont surtout générés par la construction, et les trois quarts sont recyclés, par exemple pour remblayer les carrières. Les déchets dangereux (3,5%) requièrent des traitements et installations spécifiques, c’est pourquoi seul un tiers est recyclé. Naturellement, cela ne signifie pas que deux tiers sont rejetés dans les ruisseaux. Comme le montre le graphique ci-dessous, un tiers est stocké, et le reste incinéré, avec ou sans récupération d’énergie.

Les autres déchets, 27,5%, sont produits par l’agriculture, l’industrie, le tertiaire, les ménages. En 2018, 48,5% étaient recyclés, et le gouvernement projetait de porter cette part à 65% pour 2025. Le recyclage est en constante progression depuis les années 2000. Ainsi, en 2010, le taux était de 60%, contre 66% aujourd’hui. Le secteur du bâtiment atteint 67%, avec un objectif de 70% en 2020, que ce soit par la valorisation énergétique, qui récupère l’énergie utilisée pour l’incinération sous forme de chaleur ou d’électricité, le concassement, le criblage, ou encore la réutilisation dans les carrières. Une pratique d’autant plus louable qu’elle n’est pas rentable : selon l’Ademe, les recettes qu’une entreprise retire du recyclage sont quatre à cinq fois inférieures au coût total du déchet. Les ordures ménagères ne sont pas en reste : entre 2000 et 2017, leur taux de recyclage est passé de 24% à presque 43%, et on compte 50% d’installations spécialisées en plus par rapport à 2000. Ces installations rassemblent par exemple les composteurs, les centres de tri ou de valorisation.

La gestion des déchets est-elle optimale en France ?

En 2019, vingt milliards d’euros allaient à la gestion des déchets (collecte, tri, traitement, de commercialisation, nettoyage des rues…) contre plus de vingt-cinq milliards en 2018, ce qui en fait le premier poste de dépense concernant la protection de l’environnement, avec 37% du budget alloué à ce secteur. Ces dépenses sont financées à 55% par les entreprises, 30% par les ménages et 15% par les administrations publiques, et l’effort ainsi demandé aux contribuables augmente. De 2010 à 2016, le coût de gestion pour une tonne est passé de 191 à 212€, d’où une hausse annuelle de 4% en moyenne de la taxe ou redevance sur l’enlèvement des ordures ménagères. On peut donc se demander si les processus sont bien efficients.

Le recyclage est principalement géré par ce que l’on appelle les éco-organismes. Ils perçoivent des contributions publiques pour mettre en place les dispositifs nécessaires à leurs missions, ce qui implique de redistribuer une partie de leurs moyens financiers aux collectivités locales pour la collecte. En 2017, ils percevaient 1,4 milliard d’euros, dont 805 millions reversés. En 2019, ils redistribuaient 745 millions sur le 1,5 milliard perçu. Ces éco-organismes ne sont pas toujours bien perçus par les collectivités locales, à causes de demandes très chronophages et parfois redondantes. Un travail qui vient s’ajouter à une récupération rendue compliquée par une réglementation toute française. La mission d’évaluation de politique publique sur la gestion des déchets par les collectivités territoriales, menée en 2014, explique que « les modalités de collecte font l’objet d’un encadrement réglementaire plus strict que certains de nos voisins européens, non nécessairement justifié et susceptible d’empêcher certaines optimisations de service ». Elle recommande donc une liberté de choix dans ces modalités, avec des garde-fous garantissant un service de qualité.

Bien loin des photos de lieux naturels souillés, ce qui est au demeurant inacceptable, la France peut se réjouir de sa politique de gestion des déchets, bien qu’elle ait évidemment une marge de progression. Les ordures pouvant aujourd’hui être valorisées, générant au passage des emplois et des richesses, les Français n’ont nul besoin, s’ils ne le souhaitent pas, de se tourner vers des modes de consommation « sans déchet » qui, si on peut leur trouver certains avantages, impliquent des changements de comportement importants.

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