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GAFAM : pourquoi tant de haine ?

par François Turenne
Les sociétés américaines Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft sont désormais les cibles à abattre. Certains les comparent aux firmes géantes et monopolistiques américaines de la fin du 19ème siècle comme le fut la Standard Oil company. La comparaison peut éventuellement tenir sur la taille mais pas en ce qui concerne la réalité du marché car si les Gafam en tiennent des parts conséquentes dans certains secteurs économiques, elles sont avant tout concurrentes entre elles et avec d’autres sur de nombreux segments. La France et l’UE ont bénéficié du rayonnement et du savoir-faire des Gafam pendant de nombreuses années pour être à la pointe de la technologie. Cependant, ce temps semble révolu. Bruxelles et Paris sont désormais en croisade contre elles. On ne compte plus les projets législatifs et les procès qui les visent.

L’Union européenne est en avant-poste dans la lutte contre l’emprise des GAFAM

Bruxelles a longtemps prôné le marché libre sur le numérique, se contentant de réguler à la marge le marché intérieur. Cependant, la Commission Von Der Leyen a opéré un tournant plus interventionniste et étatiste. Le Digital Market Act (DMA) et le Digital Service Act (DSA) en sont deux manifestations assez frappantes. La Commission dément cibler directement les Gafam mais nul n’est dupe des intentions de sa présidente et de Thierry Breton. Par exemple, le DMA doit s’appliquer aux firmes dont la capitalisation dépasse 75 milliards d’euros et qui réalisent un chiffre d’affaires de plus de 7,5 milliards dans l’UE. Le texte vise explicitement les entreprises ayant une base de 45 millions d’utilisateurs particuliers. La Commission aura un pouvoir réglementaire discrétionnaire pour désigner les entreprises concernées. En Europe, il n’en existe qu’une poignée qui cochent les cases et les Gafam en font partie. Le texte prévoit des sanctions lourdes pour les entreprises ne respectant pas la législation : elles peuvent atteindre 10% du chiffre d’affaires annuel mondial et 20% en cas de récidive.

Quant au DSA, il entend limiter la propagation des propos haineux et les fake-news sur les plateformes. Dans ce cas spécifique, faut-il blâmer la plateforme ou les utilisateurs, incapables de faire preuve de retenue et d’éducation en ligne ? Les Etats s’érigent désormais en objecteur de conscience en limitant la liberté d’expression et en dictant leur conduite à des entreprises privées. Il est difficile de comprendre le chemin que souhaite prendre l’Union européenne avec ces deux outils législatifs très interventionnistes. Les Gafam, se sentant ciblées, ont renforcé leur représentation à Bruxelles en vue de raisonner les décideurs publics européens. Apple a notamment annoncé l’embauche de nouveaux lobbyistes.

Par ailleurs, la Commission a lancé une nouvelle salve contre Apple. A la stupeur de nombreux observateurs, elle a dit plancher sur une directive visant à imposer un chargeur unique. Apple est la seule entreprise de smartphone dont le chargeur est spécifique. La Commission considère qu’au nom de l’impératif écologique et pour lutter contre le gaspillage, il faut qu’elle ait le même que Samsung, Xiaomi ou Oppo. Une telle disposition va à l’encontre de la liberté d’entreprendre, de l’innovation et du droit à la différenciation des entreprises. En outre, l’argument écologique est très fragile car Apple ne délivre maintenant plus de nouveau chargeur lors de l’achat d’un nouveau téléphone, contrairement à ses concurrents qui le font systématiquement. Cette boulimie de normes et contraintes n’est pas un bon signal envers les investisseurs étrangers et pour l’attractivité de l’UE.

La France, le bon soldat du combat anti- GAFAM

Emmanuel Macron a démontré, durant son mandat, une volonté farouche de s’opposer aux Gafam. Par la voix de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, il a porté le projet d’une « taxe spéciale Gafam » au niveau européen dès 2018. Le gouvernement entendait instaurer une taxe de 3% pour les entreprises numériques dont le chiffre d’affaires dépasse 750 millions d’euros. Devant l’opposition américaine, la France a renoncé à son projet en échange de l’instauration d’un impôt mondial minimal sur les sociétés à hauteur de 15%. Macron a pourtant courtisé les géants de la tech en tentant de les convaincre d’investir chez nous, au travers des sommets Choose France. Une attitude ambivalente et très étatiste de la part d’un président réputé libéral.

Les Gafam sont accusées de tous les maux de notre société moderne : surveillance numérique, diffusion de fausses informations, manipulation de l’opinion. La loi Avia entendait contrer les propos haineux et les fausses informations, surtout sur Facebook et Twitter. Fort heureusement elle a été censurée par le Conseil constitutionnel, au motif qu’elle portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression. Les plateformes numériques servent ainsi de prétexte aux gouvernants pour essayer d’introduire des législations liberticides.

Cette croisade anti-Gafam est difficilement compréhensible, tant ces entreprises contribuent au progrès technologique et à la modernité de nos sociétés occidentales. Ces accusations répétées ne cacheraient-elles pas une forme de frustration de la part de l’UE et de la France, qui ont été incapables de faire émerger des géants de la technologie à même de concurrencer les entreprises américaines ? Les législations en cours d’adoption sur notre continent sont incontestablement des atteintes à la liberté d’entreprendre et ne peuvent qu’encourager les Gafam à se détourner du marché européen.

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3 commentaires

Teisserenc 19 avril 2022 - 9:22

Oui j’ai vu naître les premiers ordinateurs de bureau dont des ingénieurs éclairés ont immédiatement compris la fabuleuse avancée pour les gestions techniques et économiques. Des problèmes résolus en quelques heures et non plus semaines.
Par contre ces outils donnaient un pouvoir exceptionnel aux ingénieurs avisés pour vérifier, voire contrôler, des études faites par les ordinateurs géants des sièges dont on ignorait tout des données et paramètres introduits dans ces machines.
Mais les grands corps régissant l’industrie n’aimaient pas ce potentiel donné à la ‘base’ et regardaient avec méfiance cette nouvelle technologie. J’ai vu des ‘directeurs de l’informatique’ chargés de l’organisation de cette nouveauté ne sachant même pas faire fonctionner un ordinateur et en refusant le bref apprentissage.
Comment s’étonner qu’aucun système informatique n’ait été développé en France et en Europe et que les millions d’ordinateurs utilisés dans ces pays viennent des USA et d’Asie.
Cet échec industriel est choquant et surtout inquiétant pour l’avenir du continent. Et ces mesures proposées par l’Europe n’augurent rien de bon pour l’avenir.

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AlainD 19 avril 2022 - 12:53

Je m’étonne chaque jour que les destinées de l’Europe puissent être tenues entre les mains d’une poignée de « commissaires »(le terme fait un peu soviétique) non élus qui prennent des décisions à tort et à travers au gré de leur humeur du jour comme on a pu le voir avec la taille de ceci ou la forme de cela. C’est proprement exorbitant. Quant à Macron, il contredit à midi ce qu’il avait proposé à 10 heures…

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Obeguyx 19 avril 2022 - 11:49

Pour ce qui concerne les GAFAM, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous mêmes. Constamment des « niches » se font jour et aussitôt sont occupées. Lorsque l’informatique a pris son essor dans les années 1960, la France a occupé, avec d’autres, cette « niche » et a performé. Il a fallu l’arrivée de Giscard pour que tout soit galvaudé. Depuis, même lorsque ce furent des français qui découvraient dans tous les domaines de nouvelles « niches », ils étaient obligés de se tourner vers les US pour trouver une oreille attentive. Tout nous a échappé, donc maintenant il faut taxer pour s’en sortir. Mais cela ne suffira pas. Et l’oreille attentive est toujours ailleurs. Nos (sous) élites sont aveugles et se contentent de vendre nos fleurons (Alstom).

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