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Agriculture : pourquoi les OGM seront indispensables

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L’agriculture affronte de multiples défis cruciaux à l’échelle planétaire : la population mondiale continue de croître, elle pourrait atteindre 11 milliards d’individus en 2100 selon l’ONU (elle était de 8 milliards en 2022 et de 2,6 milliards en 1950). Elle doit s’adapter à des conditions climatiques changeantes depuis plusieurs années, à une pression des maladies et des insectes ravageurs qui ne faiblit pas voire augmente. L’opinion publique la pousse à être plus vertueuse pour l’environnement en utilisant moins de produits phytosanitaires, parfois à raison. Aussi, pour répondre efficacement à tout cela, les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sont-ils pas qu’une simple option, mais l’occasion de prendre un tournant décisif.

Résistance aux maladies et aux ravageurs

La banane antillaise pourrait être sauvée par les OGM. Un champignon responsable de la maladie de la cercosporiose noire fait des ravages sur la variété Cavendish, qui représente 50 % de la production mondiale. De nombreux produits phytosanitaires existent pour lutter contre ce fléau, mais ils sont de moins en moins efficaces. Les pertes de rendement peuvent aller jusqu’à près de 50 %. Les entreprises israéliennes Rahan Meristem et Evogene travaillent sur la création d’une variété Cavendish génétiquement modifiée (GM) qui serait résistante à cette cercosporiose noire. Actuellement testée en champ, elle devrait être disponible fin 2024 ou début 2025. La production de bananes en Martinique et en Guadeloupe dépend de cette banane GM : l’Union européenne doit maintenant modifier sa réglementation afin d’autoriser les produits issus des nouvelles techniques génomiques. C’est toute une économie locale qui attend cette décision, et les répercussions seront mondiales.

Autre maladie, cette fois pour le sorgho, qui provoque une perte de 50 % des rendements : l’anthracnose. Pour elle aussi existe une solution GM. Des scientifiques du service de recherche agricole du département américain de l’agriculture et de l’université Purdue ont découvert, dans cette plante, un gène qui pourrait mieux la défendre. L’impact serait considérable : le sorgho est la cinquième céréale la plus produite dans le monde. Cette découverte permettrait de développer des variétés GM de sorgho résistantes à l’anthracnose, et donc de protéger, voire augmenter, les récoltes, en préservant une bonne qualité de grains. Toujours pour le sorgho, un partenariat public-privé intitulé Striga Smart Sorghum for Africa (SSSfA) a été créé fin 2022 au Kenya et en Ethiopie afin d’utiliser la technologie d’édition du génome CRISPR pour lancer de nouvelles variétés résistantes au Striga, plante parasite pouvant détruire entièrement une récolte. Beaucoup de pays africains, continent le plus touché par la malnutrition, s’intéressent de plus en plus aux OGM.

C’est aussi grâce aux OGM que l’on peut bonifier le profil nutritionnel de certains aliments. En Inde, désormais pays le plus peuplé au monde, l’Institut national des biotechnologies agroalimentaires travaille sur l’amélioration nutritionnelle des bananes afin de combattre l’anémie et la carence en vitamine A. Au Royaume-Uni, des biologistes de l’université de Bristol et de Curtis Analytics Limited travaillent avec la technologie CRISPR-Cas9 pour inactiver un gène impliqué dans la synthèse de l’asparagine. Cet acide aminé présent dans le blé cultivé en plein champ peut, quand il atteint 120 degrés, produire de l’acrylamide, agent classé comme « probablement cancérigène ». Les premiers tests notent une production d’acrymalide inférieure de 45 % quand on fait griller du pain, et donc une réduction du risque de cancer.

La nécessaire adaptation à l’évolution climatique

Dans ce qui suit, nous reprenons les propos de divers intervenants du colloque de l’Association française des biotechnologies végétales (AFBV) qui s’est tenu en octobre 2022.

Jacques Le Gouis, directeur de recherche à l’INRAE, attire l’attention sur le fait que les rendements moyens nationaux du blé stagnent depuis les années 1990. La cause est identifiée : « l’augmentation de la fréquence de conditions climatiques défavorables avec une faible disponibilité en eau et de fortes températures durant le remplissage du grain. » Il signale différents points auxquels la recherche doit s’intéresser et nous apprend notamment que des travaux sont en cours sur le développement du système racinaire et le recours à la mycorhization afin que le blé puisse mieux extraire l’eau et les élements minéraux du sol. Il se félicite de la commercialisation, en Argentine, d’un blé transgénique tolérant à la sécheresse, qui vient d’être autorisé pour la culture également au Brésil.

Il n’y a pas que le blé dont les rendements ne progressent plus depuis les années 1990, d’autres cultures françaises sont aussi touchées. Il est évident pour Philippe Gate que « ce dérèglement climatique bouleverse la croissance des espèces que nous cultivons ». L’analyse de ces nouvelles et instables conditions permet toutefois d’identifier les traits génétiques à améliorer afin d’obtenir des plantes qui s’y adapteront. M. Gate l’affirme, « le seul levier génétique restera majeur mais malgré tout insuffisant ». Les  cultures GM devront être combinées à de nouvelles pratiques agronomiques, posséder des outils performants d’aide à la décision et se doter d’un meilleur accès à l’eau via la création de nouvelles ressources. Il est indispensable  de développer le recyclage de l’eau, secteur dans lequel la France est en retard par rapport à d’autres pays, notamment pour des raisons de réglementation.

La tolérance au déficit hydrique est un défi majeur. Christophe Sallaud rappelle que des approches biotechnologiques sont étudiées depuis une vingtaine d’années et que de nouvelles variétés tolérantes à ce stress ont été créées, tel le maïs OGM MON87460. Néanmoins, la recherche a encore beaucoup à faire vu la multiplicité des facteurs génétiques qui entrent en jeu.

Produire plus et mieux

Toujours lors du colloque de l’AFBV, Thierry Langin explique que « l’agriculture est confrontée à un double défi : s’adapter aux changements globaux de façon à garantir la sécurité alimentaire, tout en réduisant son empreinte environnementale ». Pour lui, « la sélection végétale représente un des enjeux majeurs » et les biotechnologies végétales ouvrent de nouvelles voies. Par exemple, les NGT (New Genomic Techniques) « représentent des outils puissants et complémentaires des outils classiques d’amélioration variétale, par leur capacité à générer une diversité génétique originale, à faciliter le transfert d’informations acquises sur des plantes modèles vers des plantes cultivées, à rendre possible la construction de génotypes difficiles à obtenir par des méthodes classiques. » Parfois, un gène qui permet de résister à un effet indésirable peut en provoquer un autre. Par exemple, pour plusieurs espèces végétales, le gène nommé mlo donne une résistance à l’oïdium mais la croissance est plus lente et les rendements inférieurs. Avec la nouvelle technologie CRISPR, il est possible de conserver une croissance et des rendements normaux tout en rendant la plante résistante à l’oïdium. Une grande avancée.

L’un des buts des OGM est d’augmenter les rendements des cultures tout en diminuant l’usage d’intrants. Dans un article publié dans European Scientist, Christophe Robaglia, professeur à l’université d’Aix-Marseille, donne des chiffres clés sur ce point. La culture des plantes GM « a permis d’augmenter le rendement du soja et du maïs de 330 millions de tonnes et de 595 millions de tonnes, respectivement, pour la période 1996-2020, conduisant à un bénéfice pour les agriculteurs de 261 milliards de dollars ». Qui plus est, cette culture de plantes GM a provoqué une baisse des intrants, c’est-à-dire un moindre usage des produits phytosanitaires, des engrais, de l’eau et des engins agricoles. En Inde, le coton GM résistant aux insectes ravageurs a contribué à une hausse comprise entre 44 et 63 % des rendements ; en Chine, grâce à ce même coton GM, on a pu diminuer de moitié l’usage des insecticides. Le professeur  rappelle également que la production de plantes GM « résistantes à l’herbicide glyphosate permet d’éviter le labour, générateur de GES [gaz à effet de serre] à cause de l’énergie fossile consommée et de la respiration des microorganismes. Ainsi, au Saskatchewan [au Canada], en 1991-1994, l’hectare moyen était un émetteur de carbone, alors que sur la période 2016-2019, il est devenu un puits de carbone, stockant 0,12 t/an du fait de l’abandon du labour et de l’augmentation de capture de CO2 due au rendement plus élevé. »

De nombreux autres exemples démontrent ce fait. Des chercheurs chinois ont identifié dans le riz un gène impliqué dans la photosynthèse et l’absorption de l’azote. Des plants disposant d’une copie supplémentaire de ce gène ont été soumis à diverses expérimentations en champ. On s’est aperçu qu’ils produisent plus de grains, de plus grosse taille: les rendements sont ainsi supérieurs de 41 à 68 %, et cela avec moins d’azote ajouté. Pour le sorgho, mentionné tout à l’heure, la version GM américaine rendrait la culture moins dépendante aux fongicides et réduirait ainsi les coûts de production. Car, rappelons-le ici, les produits phytosanitaires sont chers. Si les agriculteurs pouvaient s’en passer, ils le feraient sans hésiter.

La recherche dans les OGM est donc cruciale, d’un point de vue environnemental, humain et financier. La route est encore longue, mais l’avenir est prometteur. Il est primordial que l’Union européenne et la France revoient leurs copies et créent un climat propice à l’innovation végétale. Si quelques OGM sont autorisés à la commercialisation au sein de l’UE, seul le maïs MON 810 est cultivé, en Espagne et au Portugal. La France, elle, reste bloquée dans un principe de précaution inepte.

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10 commentaires

Aleteia 27 septembre 2023 - 6:11

L’article ne respecte pas la charte du journalisme et prône une certaine pratique.
Les « épreuves » que vous mentionnez
(Insectes ravageurs, manque d’eau, etc…)
Sont le résultat de la destruction de la biodiversité , de la destruction du cycle de l’eau verte,du gaspillage de l’eau, de l’utilisation de produits toxiques, etc…)
Méthode d’enrichissement pécunier des lobbys de l’agroalimentaire et de la chimie….qui sont liés.
Les OGM sont la catastrophe à suivre…venant d’eux, évidemment !
La solution se trouve dans la vie, en france vous pouvez aller rencontrer ceux qui savent cultiver sans produits chimiques, qui laissent les plantes s’adapter et qui utilisent des méthodes d’humidification de la terre optimiser.
(Malgré l’amende infligées si nous replantons nos graines….monsentos se croyant le droit de posséder notre base)
Mais bien sûr, vous ne ferez pas et continuez à faire la propagande des lobbys de la destruction….le pape sert la main à Mr 49.3 le pantin des lobbys, pas aux protecteurs du vivant !
Mais cel

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Albatros 3 octobre 2023 - 1:20

Ainsi, la « charte du journalisme » ce serait d’être d’accord avec vous ?
Donnez nous un seul exemple d’amende infligée à qqn qui « replante ses graines » s’il vous plaît.
Ce qui est interdit, c’est d’en faire commerce sans qu’elles soient conformes aux obligations d’une mise sur le marché d’une semence, quelle que soit la variété :
1. certification variétale qui garantit l’identité et la pureté variétales ;
2. certification technologique qui garantit la pureté spécifique et la faculté germinative des semences ;
3. certification sanitaire qui garantit l’absence ou la présence la plus faible possible d’organismes nuisibles.
Exigences auxquelles se soustraient les escrocs qui commercialisent n’importe quoi (je ne cite pas le leader de ces escrocs malfaisants) sous couvert de « naturel ».
Je le répète : un agriculteur a parfaitement le droit de re-semer ce qu’il veut (droit de propriété). Le plus souvent, il ne le fait pas parce que techniquement et économiquement inintéressant du fait de la dégradation de la qualité reproductive (dégénérescence pas du tout « programmée » mais naturelle et plus ou moins rapide selon les espèces).
Sincères salutations.
Et merci à l’IREF pour son travail remarquable qui n’est pas du journalisme dévoyé comme celui de la presse génétiquement subventionnée !

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Anne Chambaud-Benit 27 septembre 2023 - 6:42

Je ne suis ni agricultrice ni viticultrice et je vis dans une ville avec des séjours réguliers campagnards ( Limousin) .Dans le village 2 agriculteurs/éleveurs , juste à leur retraite sont morts d’un cancer au foie .Ces 2 messieurs n’étaient absolument pas des  » noceurs  » .Moi-même après des analyses d’urine je me suis retrouvée avec des pesticides alors que je fais attention à ma nourriture et lis toutes les étiquettes sans forcément acheter bio . Alors ceux qui sont pour les pesticides , je leur souhaite simplement de se retrouver d’en retrouver dans leur assiette

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Nicolas Lecaussin 27 septembre 2023 - 8:45

Mon beau frère est mort d’un cancer du foie. il était pompier et il ne buvait que des jus de fruits…
Cordialement

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PIERROT 27 septembre 2023 - 6:45

Cet article manque d’objectivité et de preuve scientifique indépendante. Je me permets juste de poser quelques questions pour réfléchir et susciter la recherche d’informations indépendantes :
– la baisse de rendement ne serait-elle pas aussi la conséquence d’un développement de culture industrielle prônée par ceux qui aujourd’hui prônent le développement des OGM.
– le développement de cultures protéagineuses dans une partie des pays n’est-elle pas le fruit de quelques volontés financières dans le cadre de l’OCM ?
– la conduite en mono-culture ne montre-t-elle pas depuis longtemps une détérioration du sol et de l’environnement?
– l’utilisation de la nature au mieux de ses capacités et de son potentiel ne présente-t-elle pas une meilleure productivité (à court et surtout à long terme) en minimisant l’utilisation de phytosanitaires et d’intrants externes avec des coûts industriels et de transports incohérents (avec une consommation d’énergie et d’eau que l’on devrait limiter?).
– pourquoi les terres riches en matière organiques sont-elles plus résistantes aux évolutions climatiques que les terres où il n’y a que de la monoculture depuis des décennies?
– le raisonnement d’essayer de faire croire que l’on peut avoir des plantes qui consomment moins d’eau et moins d’intrants pour une même quantité de matière sèche, matière minérale, énergie et protéines ne relève -t-il pas d’une grande ignorance ou d’une volonté de faire croire à un miracle ?

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Cardonne Yves 27 septembre 2023 - 12:08

Question : les “graines” génétiquement modifiées peuvent-elles servir de semences où seront elle stériles ? Et alors … attention au double danger, celui d’une dépendance irréversible envers le fournisseur , et un autre, plus grave à mon avis, et dont on ne mesure pas toutes les conséquences en terme de transgression d’une barrière génétiques absolue entres les espèces vivantes (animales et humaines qui en consommeront) que dame nature dans son infinie sagesse a mis des millions d’années d’évolution a élaborer.

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Maellys93 27 septembre 2023 - 12:41

Si j’ai bien compris : il faudra toujours produire plus de nourriture pour nourrir la population mondiale qui pourrait dépasser prochainement les 10 Mds.
En fait Mr Beylaud nous dit que la faim (dans le monde) justifierait tous les moyens!!
Et peu importe lesquels!
Maintenant « Nourrir l’humanité » serait devenu un DEVOIR, une MISSION pour les « nouveaux agriculteurs ».
Le problème c’est que ces « nouveaux bienfaiteurs de l’humanité » doivent recourir aux trusts agro-alimentaires pour écouler leurs productions.
Trusts, que je sache, qui ne sont pas des ONG et pas des organismes désintéressés quand je constate les dividendes distribués à leurs actionnaires.

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Nicolas Lecaussin 27 septembre 2023 - 1:10

Pourquoi vous mangerez à votre faim et pas d’autres ?

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Maellys93 27 septembre 2023 - 2:11

Bonne remarque.
Étant donné que je suis de culture occidentale, effectivement, je devrais avoir honte et me culpabiliser au même titre que pour la colonisation.
Cependant, Il y a une question que des élites comme vous pourrait se poser.
Est ce que le phénomène de SURPOPULATION (quadruplement des terriens l’espace de la vie d’un « boomer ») aura été un BIENFAIT pour l’humanité? Est ce que cela a contribué à une amélioration du bonheur de tous?
En première analyse il me semble que le bilan est plutôt négatif:
– dilapidation des ressources naturelles car chacun aspire à se chauffer, se nourrir, à voyager, au confort de vie, au plaisir matériel …
– accroissement des CONFLITS violents et des GUERRES résultant des migrations des populations défavorisées vers des contrées plus clémentes
Ce phénomène étant souvent aggravé par des PULSIONS IMPERIALISTES de dirigeants ayant trouvés grâce à la SURPOPULATION une nouvelle chair à canon
– accroissement des INEGALITES en matière de SANTE et ESPERANCE de vie. .
Cela fait en définitive quelques milliards de « PERDANTS »
A contrario (et toujours en première analyse), il me semble que les grands «GAGNANTS», pendant cette même période, ont été les industries de l’armement, les industries minières, «big pharma,
… et les industriels de la transformation alimentaire.
Bref une minorité !!!
Sans oublier toutes ces ONG mondiales qui surfent sur le BUSINESS de la « misère et du malheur» en nous donnant en échange de quelques centaines d’euros des certificats de bonne conscience.

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Regnault-Roger Catherine 28 septembre 2023 - 2:34

La notion d’OGM est une notion réglementaire Ce qu’on appelle OGM dans le vocabulaire courant est aujourd’hui en fait des organismes génétiquement modifié par transgenèse., une technique du XXè siècle. Cette technique qui est toujours pratiquée est dépassée par des techniques simplifiées, moins chères et plus précises comme CRISPR, et plus globalement les techniques NGT (new génomiques techniques) . Les produits qui en sont issus sont appelés produits d’édition du génome. Et ce sont elles qui font/feront face aux défis de l’agriculture et de la santé du XXIè siècle.

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