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Les illusions perdues des cryptomondes

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A plusieurs reprises, nous avons mis en garde contre la futilité des marchés artificiels comme ceux du metavers, des cryptomonnaies ou des NFT. Les faits n’ont pas tardé à démontrer que nous n’avions pas tort.

Des mondes artificiels qui s’écroulent

Un an après être devenu Meta et avoir annoncé sa volonté de bâtir le monde virtuel de demain, Facebook déchante. Son premier monde numérique virtuel du web 3.0, Horizon Worlds, n’a pas séduit. L’action Meta a dégringolé de 69% sur un an et la suppression de 11 000 emplois, soit environ 13 % de ses effectifs, a été annoncée. M. Zuckerberg a sans doute oublié que les hommes vivaient dans un univers réel plutôt que dans ses nuages.

Par ailleurs, un an après des records de vente insensés, le marché des NFT s’était déjà effondré de plus de 90% début octobre 2022. Ces œuvres numériques uniques, censées être des œuvres d’art, authentifiées et sécurisées par la technologie blockchain, se vendaient sans égard à leur contenu et leur qualité, pour faire mode. De très nombreuses arnaques consistaient à associer le NFT à une autre collection connue, mais même les œuvres sans aucun intérêt trouvaient preneur dans la folie spéculative.  Les prix de ces objets numériques volatiles ont baissé d’autant plus qu’ils sont payés en monnaies numériques qui s’effondrent.

Les prix vont s’écrouler plus encore après le désastre qu’a connu la firme FTX qui était la vedette du monde des cryptomonnaies. Son fondateur, Sam Bankman-Fried, a créé son entreprise de trading sur les cryptomonnaies à 25 ans, en 2017, et son groupe était évalué début novembre à 16 Md$. Aujourd’hui, il est ruiné. Il avait construit sa fortune à Hong Kong et aux Bahamas pour la protéger de trop de réglementation et de fiscalité, mais il évitait les critiques en donnant beaucoup d’argent au parti démocrate américain et en jouant le chevalier blanc des entreprises du secteur en difficulté. Pourtant, la réalité est plutôt qu’il rachetait ainsi à vil prix des clientèles dont il utilisait l’argent pour le placer en cryptomonnaies dans ses propres affaires et faire des placements hasardeux au travers d’une kyrielle de sociétés qui pourraient avoir constitué une sorte de nouvelle pyramide de Ponzi rappelant un certain Madoff. La chute de FTX a été soudaine quand un autre acteur du secteur, Binance, a revendu subitement à perte tous ses jetons FTX. Certes, ce monsieur Bankman est probablement un voyou, mais le système des cryptomonnaies est lui-même vicié par son mode de fonctionnement en boucle entre acteurs d’un petit monde fermé qui se vendent les jetons entre eux pour en faire monter les prix ou du moins en entretenir la valeur. Là aussi le caractère artificiel de cette création monétaire ne pouvait qu’être inquiétant et l’écroulement des monnaies numériques en témoigne.

Mais une autre inquiétude est peut-être pire

Le nouveau Premier ministre anglais Rishi Sunak prépare un plan pour émettre une cryptomonnaie publique, le Britcoin, qui remplacerait le cash en circulation en livre sterling. Alors que les cryptomonnaies avaient pour grand avantage et intérêt de fonctionner de manière décentralisée, par leur enregistrement garanti mais privé sur une blochchain numérique, en dehors du regard de l’Etat, une monnaie digitale émise par une banque centrale sera étroitement contrôlée et administrée sur un registre centralisé qui supprimera tout anonymat. Sachant que l’Angleterre connaît une crise de ses fonds de retraite gérés imprudemment en période de taux bas, M. Sunak cherche sans doute à pouvoir limiter les retraits de cash, notamment en cas de panique bancaire. Le remplacement de la circulation des billets de banque par des crytomonnaies gérées par la banque centrale permettrait aussi de supprimer tout paiement hors la vue de l’autorité publique. La Chine ne s’y est pas trompée. Elle a créé sa propre monnaie numérique, le yuan numérique, pour affirmer sa souveraineté face au dollar, mais surtout disposer d’un outil supplémentaire afin de surveiller à la fois son économie et sa population.

En définitive, la chute des cryptos risque de conforter l’idée que toutes les monnaies doivent être sous le contrôle des banques centrales, à la plus grande satisfaction de tous les gouvernements du monde soucieux de leur monopole et au risque d’amoindrir encore la liberté des individus. Au demeurant, il ne faut peut-être pas enterrer définitivement les cryptomonnaies. Peut-être sauront-elles corriger leurs défauts et leurs excès et redonneront-elles confiance à ceux qui veulent les utiliser pour protéger leur autonomie. Mais il faut alors qu’elles trouvent le moyen de cesser d’être des outils de spéculation avant d’être des instruments monétaires.

5 commentaires

Picot 21 novembre 2022 - 12:18

Oui. Et l’euro numérique est en vue, ce qui veut dire une surveillance totale de tout ce que nous faisons. C’est un programme totalitaire. Il faut résister.

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Obeguyx 21 novembre 2022 - 3:40

Trop tard. Il fallait réfléchir avant. Que de « tables rondes » un peu partout en France ont disserté sur ce sujet depuis quelques années. Que reste-t-il de ces réflexions, de ces alertes ??? Rien. Comme d’hab’ on bavasse et on passe au sujet suivant sans jamais rien résoudre. Puis on se met à légiférer croyant ainsi soigner le problème. Est-ce que quelqu’un dans ce foutu pays sait encore ce qu’est un CADRE ? Hors du cadre t’es mort : c’est tout. Toute notre société doit s’y référer, c’est pourtant simple. Mais les philosophes et les idéologues (y compris les religieux) vont dire que nanani, nanana, patati, patata et encore et encore … Comme je dis, le cadre a des trous dans la raquette … Comprenne qui peut … Si peut-être Noah !!!

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Broussard 22 novembre 2022 - 7:30

pourquoi volatiles, avec un e,
à l’avant-dernière ligne du deuxième paragraphe ?

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Goufio 24 novembre 2022 - 11:01

Pensez donc aux futures pannes d’électricité et le(s) bazar(s) que cela va occasionner et je suis loin de lancer une vanne.

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Oncpicsou 27 novembre 2022 - 9:43

D’accord avec M. Delsol; Les cryptos n’ont pas encore dit leur dernier mot.
La blockchain est porteuse de décentralisation et de liberté.
Les problèmes actuels viennent, justement, d’une perversion de cette décentralisation par un escroc à qui des inconscients ont confié leur pouvoir (donc re centralisé!)… bien fait pour eux!
Les cryptos en sont encore à l’époque du « far west », la prospérité viendra quand une réglementation intelligente (je sais c’est pas gagné) nous aura débarrassé des « outlaws ». Ce sera le seul rempart contre les monnaies numériques des banques centrales.

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