Accueil » Espoirs de la blockchain et désillusion des cryptos

Espoirs de la blockchain et désillusion des cryptos

par Jean-Philippe Delsol
La blockchain permet d’enregistrer les engagements ou titres de propriété des membres d’une communauté par voie numérique et sécurisée. Cette technologie se résume à un grand livre numérique où chaque transaction est enregistrée et ajoutée dans une chaîne continue d’opérations sans pouvoir être modifiée sauf accord des autres utilisateurs.

D’énormes potentiels

La blockchain a favorisé un nombre important d’innovations technologiques et notamment la création des monnaies virtuelles comme le bitcoin, mais aussi le métavers et les NFT (jetons non fongibles) qui sont des objets numériques représentant des objets réels. Elle permet aux utilisateurs  non seulement d’être des lecteurs et contributeurs, mais aussi de faire valoir des droits de propriété sur des biens divers et variés. Elle peut réduire le besoin d’intermédiaires et permettre d’en faire l’économie. Par exemple si nos titres de propriété immobilière pouvaient être enregistrés sur une blockchain, nous pourrions éviter le recours obligatoire aux administrations des hypothèques, voire à celui des notaires qui deviendraient des conseils en droit immobilier. Il en serait de même pour faciliter les contrats de séquestre ou la gestion des dépôts de garantie. Un autre exemple serait celui de la gestion des données de santé de chacun, qui pourrait se faire de manière sécurisée sur la blockchain. Celle-ci permettrait plus généralement de réduire les interventions administratives et le poids de la fonction publique et à chacun de nous de gérer ses propres données …

Le métavers est dangereux quand il transporte ses utilisateurs dans des mondes factices en leur faisant croire qu’ils sont réels. Mais il est aussi plein de promesses. Ces nouvelles techniques permettent de décentraliser des échanges ou la gestion des biens et droits enregistrés sur la blockchain. Le métavers peut déjà être utilisé par les entreprises pour vendre leurs produits. Un hôtel pourra être visité par ses clients, qui feront ainsi l’expérience virtuelle du confort de la literie ou de l’agrément du restaurant. Une firme de vêtements pourra les faire essayer à l’avatar de ses clients avant que ceux-ci ne les achètent, ou non…

Les monnaies virtuelles enregistrent aussi leurs transactions sur des blockchains. Malgré les possibilités de vol ou racket des codes d’accès, le système est relativement sécurisé et anonymisé, ce qui assure la confidentialité des transactions.

Des valorisations artificielles

Certes, quand Gucci vend sur Roblox un sac numérique plus cher que le même sac en magasin, on peut s’interroger sur l’intérêt du client. Bien sûr, il y a la mode, mais elle est éphémère. De même quand Christie’s parvient à vendre pour 69,31 millions de dollars l’œuvre NFT numérique The First 5000 Days du « crypto-artiste » Beeple lors d’une vente aux enchères. Ou quand de grandes entreprises achètent à prix d’or des locaux virtuels dans l’univers virtuel du métavers…

C’est peut-être parce qu’il se passe parfois n’importe quoi sur les actifs numériques que ceux-ci connaissent une immense volatilité. Les actions technologiques américaines ont subi une sévère correction ces dernières semaines. Mais n’est-ce pas aussi pour sanctionner le contrôle excessif de FaceBook/Meta sur les messages de ses utilisateurs ou l’idéologie genrée de Netflix qui réécrit l’histoire pour faire jouer des rôles inappropriés à des gens de couleur ou à des non-hétérosexuels  ?

En l’état, les monnaies virtuelles relèvent de la spéculation plus que d’un instrument monétaire. Elles ne sont pas productrices de valeurs durables. Leur création se fait en résolvant des algorithmes de plus en plus complexes avec des ordinateurs de plus en plus nombreux. La création de bitcoins consommerait chaque année autant d’énergie que l’Argentine ou la Thaïlande sans créer de vraie valeur. Certes, les Etats aussi émettent de la fausse monnaie qui ne repose sur rien, mais ça ne leur coûte rien. Si le seul intérêt des cryptos est de favoriser le financement des réseaux mafieux et djihadistes, ça n’est guère défendable. Ce qui explique aussi peut-être les fréquentes ruptures de marché des cryptomonnaies qui ont perdu les 2/3 de leur valeur depuis novembre 2021, entraînant la liquidation de nombreux opérateurs comme Three Arrows, ou du moins leurs difficultés (Celsius Network, BabelFinance, CoinFlex, Coinbase, Riot Blockchain…). Même s’il faut relativiser : certaines plateformes (FXT) ont amassé des profits considérables avant cette chute des cours. Et pour sa part le bitcoin, créé en 2009, ne valait encore presque rien en 2015 et 68.000$ en novembre 2021. Il vaut encore 20.000$ environ. Tout est relatif ! Mais ce qui artificiel est souvent vain.

Inutile donc de réglementer

delsAlors bien entendu, l’Europe se précipite pour administrer les produits de la blockchain avec un projet de règlement dit MiCA (Markets in Crypto-Assets) afin, avec un autre règlement dit TFR ( Transfer of Funds Regulation), de tracer les transferts liés aux crypto-actifs. Au prétexte de protéger les consommateurs, l’Europe veut surtout augmenter ses ressources fiscales et contrôler tous les moyens de paiement sur son territoire, au risque de faire fuir ailleurs les fonds en cryptos. Elle va aussi exiger que les acteurs du secteur fournissent leur empreinte environnementale et climatique! Il est vrai qu’en l’état, les NFT sont exclus du champ d’application de MiCA, mais elle réfléchit déjà à la mise en place d’un régime réglementaire spécifique pour ces produits.

Même si les cryptomonnaies ressemblent par certains égards à un casino financier, peut-être ont-elles aussi permis de tester la blockchain et de l’amener à une plus grande maturité dans d’autres domaines plus pertinents. Ce casino est d’ailleurs moins important que celui des États qui ne cessent de créer de la fausse monnaie et de faire des dépenses inutiles, notamment depuis 2008 et la ruse du quantitative easing. Au surplus, il s’agit d’un casino où ne jouent que des volontaires alors que les contribuables sont obligés de participer à celui des Etats.

Les innovations de rupture comme l’est la blockchain sont toujours anarchiques à leurs débuts parce qu’elles ont besoin de se développer en toute liberté pour générer leurs meilleurs fruits. Les risques qu’elles engendrent seront mieux gérés par le marché, qui saura séparer le bon grain de l’ivraie, que par les Etats dont l’intrusion dans ces technologies pourrait en éteindre les lumières.

You may also like

Laissez un commentaire