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Un tournant de l’Allemagne vers l’Europe centrale au détriment de la France ?

mardi 24 août 2021, par Alexandre Massaux

Le programme de la CDU/CSU pour les élections de septembre révèle des choix politiques qui vont dans le sens d’un rapprochement avec l’Europe centrale, confirmé par l’attitude pro-polonaise du candidat à la chancellerie Armin Laschet. Une Ostpolitik qui risque d’entrer en désaccord avec la politique française.

Les élections législatives allemandes vont se dérouler le 26 septembre. Les sondages donnent une avance à la CDU/CSU (ou « Union ») qui se retrouverait avec un score avoisinant les 25% des voix. La droite allemande serait alors en position de force pour former une coalition et appliquer son programme. Ce dernier a été dévoilé fin juin et donne de précieuses informations sur le projet que la CDU/CSU souhaite impulser. Si les dispositions du manifeste sont mises en œuvre, des changements vont avoir lieu par rapport aux mandats de la chancelière Merkel : un tournant à droite de l’Union, visant à contrer la montée de l’AfD, pourrait rassurer l’Europe centrale et les Etats-Unis mais aussi l’éloigner des objectifs européens voulus par le président Macron.

Un programme centré sur l’Est

Dès le début, le manifeste insiste sur la politique étrangère de l’Allemagne. En matière d’axes de coopération européens, trois pays ressortent : la France, la Pologne et la République tchèque (p. 18). Si le moteur franco-allemand est cité, la mention des deux pays d’Europe centrale démontre que Paris n’est plus le seul interlocuteur privilégié. Le souhait de renforcer la coopération économique et scientifique avec l’Europe centrale est un des principaux objectifs de la CDU afin de fortifier les Landers de l’ex-Allemagne de l’Est (p. 127 et 128).

L’OTAN reste l’outil privilégié pour la défense allemande et européenne (p. 8). Il est vu à la fois comme une alliance militaire et une communauté de nations partageant les mêmes valeurs. Le manifeste insiste sur l’importance du flan oriental de l’OTAN composé des anciens pays du bloc soviétique. Le parapluie militaire américain est explicitement cité (p. 9). Cette position atlantiste s’aligne sur les politiques des pays d’Europe centrale (et particulièrement la Pologne). Mais elle risque d’aller à l’encontre du souhait français d’une défense européenne indépendante des Etats-Unis.

Enfin, la Chine est désormais considérée comme la principale menace pour l’Allemagne (p. 11). Même si la coopération économique n’est pas exclue, le manifeste pointe les menaces posées en termes de dépendance technologique et d’influence. Une position proche de celle du gouvernement polonais.

L’importance de l’Europe centrale dans l’économie allemande

Selon les données de l’Observatory of Economic Complexity pour 2019, les principaux partenaires européens de l’Allemagne étaient la France pour les exportations (7,97% du PIB) et les Pays-Bas pour les importations (9,15%). Néanmoins, en prenant le groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Hongrie et Slovaquie) comme un ensemble unique, on constate que l’Europe centrale occupe une place majeure dans le commerce allemand. Ce groupe représentait 11,21% du PIB pour les exportations et 15,7% pour les importations. Il dépasse de peu le Benelux (9,67% pour les exportations et 15,07% pour les importations) et les principaux partenaires non Européens : les Etats-Unis et la Chine.

On comprend que Berlin, de par sa politique économique fortement liée à son industrie, se doit d’entretenir de bonnes relations avec le groupe de Visegrad et le Benelux. Enfin, l’importance géopolitique de la Russie dans les relations politico-économiques allemandes lui impose de tenir compte des politiques des pays d’Europe centrale et des Etats-Unis.

Une volonté commune de rapprochement au niveau des dirigeants politiques

Le candidat à la chancellerie Armin Laschet montre lui aussi, personnellement, sa volonté de se rapprocher de l’Europe centrale. Il a été un partisan de l’entrée de la Pologne dans l’UE en 2004. Fin juillet, il a participé, en Pologne, aux cérémonies commémorant l’insurrection de Varsovie en 1944 et a mis en avant la responsabilité historique de l’Allemagne. Une posture qui va dans le sens d’un apaisement des tensions avec le gouvernement polonais. « Je pense que nous avons besoin des Hongrois et des Polonais dans l’Union européenne. Je ne veux pas qu’ils dérivent vers la droite radicale », avait-il déclaré fin janvier.

Cette volonté d’ouverture semble être partagée par les pays d’Europe centrale. Si le Fidesz hongrois et le parti Droit et Justice polonais ont signé une déclaration commune avec des partis nationalistes en Europe comme le Rassemblement National, ils se sont gardés d’inviter l’AfD allemand. Ce choix montre bien qu’ils souhaitent maintenir de bonnes relations avec les grands partis allemands tels que la CDU/CSU.

Il faut espérer que ce rapprochement et cet apaisement des relations seront effectifs. Personne ne serait gagnant en cas de radicalisation des positions et le libéralisme en serait la première victime.

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