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Suppression de l’ENA
Entre anti-élitisme primaire et lutte légitime contre les privilèges

Le constat d’une défiance toujours plus grande entre les Français et la notion même d’élitisme est désormais un lieu commun. Comme s’il n’était plus légitime, pour une société, de se doter de cadres spécialisés dans les fonctions dirigeantes. Comme si l’horizontalité absolue était synonyme de vertu et de bonne gouvernance. L’ENA fait donc les frais de cette utopie.

Cependant, le fait que toutes les sociétés un tant soit peu complexes et développées recourent à une élite dirigeante n’est pas un prétexte pour lui conférer un blanc-seing. Encore faut-il que cette élite rende des comptes et soit employée à des fins productives. Or, au-delà des arguments discutables sur la diversité des profils sociaux, le problème de la productivité et de la responsabilité des hauts fonctionnaires mérite toute notre attention.

La question de la diversité des profils sociaux

L’ENA fut officiellement créée pour démocratiser l’accès à la haute fonction publique. On ne compte cependant plus les études qui montrent que cet objectif n’est pas atteint. Dans une note datant de 2005, le sociologue de la fonction publique Luc Rouban rappelle le constat suivant :

« Quels que soient les modes de calcul, le recrutement ne s’est pas démocratisé durant les soixante-dix ans et l’ENA n’a pas réalisé le brassage social espéré par Michel Debré en 1945. La proportion d’élèves ayant un père exerçant une profession supérieure, après avoir oscillé autour de 45% dans les décennies 1950 et 1960 (Bodiguel 1978 ; Kessler, 1985), alors que le projet institutionnel était encore jeune, puis avoir atteint un niveau situé entre 55% et 65% à partir des années 1960, a encore grimpé autour de 70% entre 2005 et 2014 (Larat, 2014), une proportion toujours bien plus élevée que la moyenne des catégories socioprofessionnelles supérieures dans la population active (environ 15% dans les années 2010) ».

Bien sûr, l’homogénéité sociale au sein d’une profession ne suffit pas à caractériser une discrimination. Quelquefois, elle peut résulter d’autres facteurs culturels, comme les choix de carrière des uns et des autres. Toutefois, le fait que la haute fonction publique se définisse par une diversité sociale bien plus faible que les autres métiers supérieurs dans le secteur privé interpelle. D’autant plus que les critères d’admission dans la fonction publique sont définis politiquement, contrairement à ceux qui prévalent dans un secteur privé plus méritocratique en apparence.

Si la diversité sociale des professions supérieures est un idéal honorable, il faut faire attention à ne pas évaluer tous les problèmes de la France sur ce critère. La qualité, bonne ou mauvaise, des services publics n’est pas réductible aux origines sociales des administrateurs. Qui d’ailleurs ferait le lien entre la bonne gestion d’une entreprise et les origines sociales des cadres qui la dirigent ?

Plus significatifs sont les systèmes de récompense et le régime de responsabilité qui encadrent l’action des dirigeants. Or c’est précisément sur ce point que l’ENA et la fonction publique posent problème.

Le problème n’est pas tant l’ENA que la nature même de la fonction publique

En effet, ainsi que l’atteste le tableau ci-dessous tiré des travaux de Luc Rouban, les énarques se destinent principalement à la haute administration et fréquentent peu ce que l’auteur appelle « le secteur économique » (qui inclut aussi bien les entreprises publiques que les entreprises privées)[1].

Tableau 1 : la position occupée à ENA + 10 dans le secteur économique par chaque cohorte
51-52-53 58-59-60 69-70 79-80 89-90 99-2000
3% 3% 8% 18% 15% 12%
Source : enquête, L. Rouban, 2015

(Pourcentage d’énarques dans le secteur économique (entreprises publiques ou privées)

Dans une étude publiée par François Denord et Sylvain Thine, on apprend que 78% des énarques n’ont jamais exercé de responsabilité en entreprise entre 1985 et 2009. Toujours dans la même période 8% des énarques environ ont « durablement quitté l’État » . Ces chiffres peuvent être mis en parallèle avec une étude réalisée par l’IREF qui comparait la proportion d’agents publics passés par le privé en France et aux États-Unis dans certains ministères.

Autrement dit, les énarques français occupent davantage des fonctions bureaucratiques à la productivité incertaine - car rémunérées par l’impôt – qu’ils n’exercent de métiers utiles à la société dans le secteur privé.

Cette improductivité est d’autant plus insupportable pour les contribuables qu’elle est couplée à de nombreux privilèges et protections indues, notamment révélés par l’enquête de Vincent Jauvert sur « Les Intouchables d’État ».

Si l’ENA était une école de droit commun tournée vers le secteur marchand, nul doute qu’elle ferait l’objet de moins de critiques. Au travers de l’ENA, c’est la fonction publique (et la haute fonction publique) qui est mise en cause. Ce n’est pas en se contentant de supprimer cette voie d’accès qu’on résoudra les anomalies de l’administration française. La question est aussi celle du statut qui entrave la mobilité. Au demeurant, il n’y pas de raison que les serviteurs de l’Etat, les civil servants comme disent les Anglais, ne suivent pas les cursus de ceux qui vont trouver du travail dans les entreprises. D’ailleurs, les civil servants viennent majoritairement, au sommet de l’administration, de Cambridge et Oxford qui forment tous els cadres du pays. Une autre forme de diversité est ainsi assurée et c’est le moyen d’éviter la constitution de castes comme celles de l’ENA.

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