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Retraite : faire de la France un pays d’actionnaires

Pas un jour ne passe sans que les actionnaires soient conspués dans les médias. Les inégalités sociales tant honnies de nos social-démocraties modernes proviendraient d’un partage de la valeur ajoutée déséquilibré entre le travail et le capital. On se souvient des conclusions de Thomas Piketty qui, dans son ouvrage intitulé Le Capital au XXIe siècle, attribue la croissance des inégalités au fait que le rendement du capital serait supérieur à la croissance économique.

En admettant même que cette situation soit avérée et problématique, on peut se demander si l’une des solutions à cet inconvénient ne résiderait pas dans une plus grande participation des travailleurs au capital des entreprises. En d’autres termes, ne convient-il pas d’imiter les actionnaires au lieu de les jalouser ? C’est là tout l’intérêt de la capitalisation qui, comme son nom l’indique, permet aux travailleurs de capitaliser le fruit de leur travail afin qu’ils goûtent eux aussi à l’élixir de l’actionnariat tout en finançant les entreprises productives.

À première vue, une telle solution pourrait aussi bien contenter les écoles de pensée socialistes que les libéraux. Depuis Marx et Proudhon, les penseurs socialistes ont toujours fantasmé sur le besoin de lier davantage la détention des capitaux et leur mise en œuvre par la classe ouvrière. D’où l’affection que les socialistes portent aux coopératives. Le dernier ouvrage de Piketty, Capital et idéologie, semble confirmer cette soif de participation à la gouvernance des entreprises. Piketty propose en effet d’accroître significativement le pouvoir des salariés au sein des firmes privées.

Toutefois, la participation qu’envisage monsieur PIketty ne semble pas impliquer une place plus grande accordée à l’épargne salariale et à la capitalisation. En 2008, il signait un ouvrage en faveur d’un système de retraite qui reposerait sur « des comptes individuels de cotisations financés par répartition ». Tout en prétendant s’inspirer du modèle suédois, il exclut explicitement le recours à la capitalisation, dans une note de bas de page : « Nous ne reprenons pas les comptes individuels en capitalisation mis en place en Suède sur une petite partie des cotisations de retraite ».

En septembre 2019, Thomas Piketty écrivait une tribune dans Le Monde sur un système de retraite juste, sans mentionner une seule fois l’hypothèse de la capitalisation. Autrement dit, la « participation » des travailleurs de Piketty n’est que le faux-nez d’une énième mesure d’expropriation. Thomas Piketty veut inventer l’actionnaire sans capital. L’actionnaire affranchi de la nécessité de mettre son patrimoine en jeu. L’actionnaire qui s’arroge un droit de regard sur les capitaux d’autrui en étant dispensé du risque financier qui légitime l’autorité de l’investisseur.

L’attitude des intellectuels français est symptomatique de la schizophrénie anti-capitaliste. Tantôt l’investisseur n’est qu’un rentier oisif dépourvu de mérite. Tantôt son métier est beaucoup trop risqué pour être accessible au commun des mortels. Enfin, chacun souhaite usurper ses privilèges sans la responsabilité qui les accompagne.

Il faut cependant rappeler qu’une grande partie des retraités ont de facto déjà recours à une petite part de capitalisation en dépit des prêches anti-capitalistes constamment véhiculés par une partie de l’intelligentsia française. Selon un sondage Odoxa, 82 % des retraités étaient propriétaires de leur résidence principale en 2014. Les chiffres de l’INSEE montrent que le patrimoine moyen des séniors s’élevait à 304 000 euros en 2015 (contre 266 000 euros pour les moins de 65 ans). Ces indicateurs prouvent que la constitution d’un capital sur le long terme demeure une préoccupation importante chez les actifs. Toujours selon l’INSEE, la part des revenus du patrimoine dans le revenu disponible des séniors excédait 18% en 2015 (tableau 1).

Tableau 1 : décomposition du revenu disponible pour les personnes de 25 à 64 ans et de 65 ans ou plus en 2015

Tableau 1 : décomposition du revenu disponible pour les personnes de 25 à 64 ans et de 65 ans ou plus en 2015

(Source INSEE)

Pourquoi ne pas donner aux Français la possibilité d’augmenter la part des revenus du patrimoine pour subvenir à leurs besoins durant leurs vieux jours ? Très peu d’opposants à la capitalisation sont capables de fournir un argument rationnel contre ce système au-delà des préjugés anti-capitalistes ordinaires. À l’heure où notre système de retraite est condamné par les lois de la démographie, sans doute faut-il se débarrasser des postures idéologiques stériles pour embrasser les vertus du seul système de retraite soutenable et productif.

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Messages (1)

Intéressant mais

le 22 octobre, 19:49 par Cédric

Je voulais savoir comment on peut passer d’un système de répartition à un système de capitalisation dans un pays où les retraités votent massivement.
Comment vont faire les actifs pour financer leurs retraites alors qu’ils cotisent pour les retraités actuels ?
Et en cas de passage de capitalisation, comment financer les retraités actuels ?

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