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Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

mercredi 15 septembre 2021, par Romain Delisle

Depuis 1975, le temps de travail a baissé de 17%, soit 350 heures annuelles, principalement sous l’effet des mesures de réduction de la durée légale, pour atteindre 1609 heures par an en 2018, contre 1957 en 1975. Les deux baisses majeures sont intervenues sur la période 1975-1983 (-145 heures) et sur la période 1991-2003 (-210 heures) et n’évoluent plus depuis. L’explication de cette diminution est multifactorielle : généralisation du salariat, montée du travail à temps partiel, baisse de la durée légale à 39 puis 35 heures.

Les composantes de la baisse du temps de travail

Entre 1991 et 2003, 70% de la baisse du temps de travail est due à celle des salariés à temps complet, le taux de salariat, le recours au temps partiel et les évolutions du temps de travail des autres catégories d’actifs expliquant le reste, comme l’illustre le graphique suivant [1] :

Dans les années 70, à la suite d’importants gains de productivité du travail, le recours aux heures supplémentaires se réduit. Malgré le passage aux 39 heures en 1982, cette tendance se poursuit. Entre 2000 et 2003, au moment de la mise en place des 35 heures, la diminution du temps de travail observée, de 125 heures annuelles en moyenne, est entièrement due à l’activité moindre des salariés à temps complet.

Le salariat s’est imposé depuis l’après-guerre, atteignant 90 % de toutes les formes de travail au début des années 2000. La durée de travail des salariés étant en moyenne inférieure de 25 à 35 % à celle des non-salariés, le temps de travail global s’est infléchi. Cette expansion du salariat a contribué pour 14% (-50 heures) à la baisse du temps de travail entre 1975 et 2018 et pour 20 % entre 1975 et 1991 [2].

Le temps de travail des non-salariés a lui aussi baissé (de 17% entre 1975 et 2018), même si celui-ci reste largement supérieur à celui des salariés (2080 heures annuelles en moyenne contre 1609).

Une diminution inégale selon les catégories de travailleurs

En 1975, seuls 6,6 % des salariés occupaient un poste à temps partiel, contre près de trois fois plus (18,9 % soit 4,4 millions d’individus) en 2018, ce qui explique 28 % de la diminution du temps de travail, la proportion de salariés à temps partiel progressant de manière particulièrement forte entre 1975 et 1999 (+ 11 points). Notons que quatre emplois à temps partiel sur cinq sont occupés par des femmes, essentiellement pour des motifs personnels comme la garde d’un enfant (48 %) ou l’envie de disposer de temps libre (20%).

Les cadres travaillent en moyenne plus que les autres catégories de salariés (1850 heures par an contre 1650 pour les autres catégories de salariés) et leur temps de travail a bien moins baissé que celui des autres depuis 1975 (-75 heures contre -250 heures pour l’ensemble des salariés à temps complet). Sur une semaine de référence, entre 1982 et 1999, seuls 18 % des cadres travaillaient effectivement 39 heures, contre 43% pour l’ensemble des salariés à temps complet. En 2018, ils n’étaient que 9 % à travailler 35 heures, contre 28 % pour l’ensemble des salariés à temps complet ; en outre, 40 % des cadres, contre 5 % des non-cadres, bénéficiaient du régime du forfait jour. Les cadres au forfait jour effectuaient, en 2018, une moyenne de 1950 heures de travail par an contre 1760 pour les cadres à temps complet au régime horaire [3].

Le modèle français est-il soutenable ?

Si la durée moyenne hebdomadaire du salarié français (36,3 heures) peut sembler comparable à celle de son voisin d’outre-Rhin (34 ,8 heures) et d’outre-Manche (36,4 heures), un examen plus détaillé révèle des disparités notables. Si l’on ne considère que les temps complets, la durée moyenne se monte à 39,1 heures en France, 40,4 heures en Allemagne et 42,2 heures au Royaume-Uni. La durée légale ou conventionnelle hebdomadaire est en effet plus importante au Royaume-Uni (37,4 heures) et en Allemagne (37,7 heures), qu’en France (35,6 heures) [4].

Comme exposé par le tableau suivant [5], les Français coûtent plus cher que leurs homologues allemands et anglais (37,3 € de l’heure, contre 35,9 et 27,3 € de l’heure) mais sont moins payés que les Allemands. En cause, une durée de travail moindre et le poids exorbitant des charges sociales supportées par l’employeur (11,7 € de l’heure, contre 7,7 en Allemagne). Le deuxième enseignement à tirer est que, si la compétitivité structurelle est forte, comme l’industrie allemande sait le prouver, le coût du travail peut se renchérir sans douleur.

La baisse du temps travail n’a pas été équitable pour toutes les catégories de travailleurs, les cadres en ont moins profité que les autres, le recours au temps partiel s’est accru et les non-salariés continuent de travailler bien plus que les autres alors qu’ils bénéficient de moins d’avantages.

Conjugué à la baisse du temps du travail, le poids des charges sociales a fini de laminer une industrie française (pourtant plus créatrice d’emplois et plus sensible au progrès technique que le secteur tertiaire) qui ne peut ni jouer sur la compétitivité structurelle, hormis dans quelques domaines d’excellence, ni sur la compétitivité prix, d’où un chômage de masse que l’on ne parvient pas à maîtriser.

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Les-effets-de-la-diminution-du-temps-de-travail-depuis-1975

[1Charles Raffin, Hatiz Yildiz, « Quarante ans d’évolution de la société française », éclairage, DARES, p.29.

[2Ibid, p.33.

[3Ibid, p.32.

[4Claire Létroublon, Sandra Zillonic, « Comparaison européennes des durées de travail", document d’études, DARES, N°220, p. 9 et 17.

[5« Emploi, chômage, revenus du travail », Collection Insee Références, édition 2020, p. 169.

Vos commentaires

  • Le 16 septembre à 04:32, par HELLEF En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    Il est une chose importante que cette étude néglige. Avec la réduction du temps de travail, beaucoup de salariés peuvent pratiquer un deuxième job à temps partiel. C’est manifeste dans le secteur de l’entretien de jardins, mais aussi dans le démarchage d’assurance, etc. Sans parler évidemment des travaux qu’on fait soi-même chez soi au lieu de faire appel à des extérieurs.
    Bien entendu, l’alourdissement des prélèvements sociaux et fiscaux a aggravé la situation.
    Ils ont donc capté une partie des emplois d’autres catégories. Pour caricaturer, on pourrait dire qu’une moitié des travailleurs aura deux emplois tandis que l’autre moitié n’en aura plus.

  • Le 16 septembre à 09:22, par Obeguyx En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    Ce que j’aimerais savoir, c’est si dans les salariés sont inclus ceux de toute la fonction publique, territoriale, politique et associative et entreprises publiques. Si c’est le cas, je doute que les calculs produits soient justes. Et la 5ème semaine de congés payés a-t-elle été prise en compte ?

  • Le 16 septembre à 09:23, par Aristide Wargos En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    Article clair, à faire étudier en cours d’économie en seconde !

  • Le 16 septembre à 14:31, par gaston79 En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    Lorsque l’on diminue le temps de travail à salaire égal, on réduit intantanément la productivité dans les mêmes proportions, c’est mécanique. Le passage aux 35 heures a fait perdre 14 % de productivité jamais rattrapés depuis.

  • Le 19 septembre à 12:05, par Mandataire En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    de l’article.
    Pouvez-vous, s’il vous plaît, ôter un doute : le début d’article concerne bien la FRANCE ?
    Par avance merci pour le retour.

  • Le 19 septembre à 17:39, par MOINIER DANIEL En réponse à : Les effets de la diminution du temps de travail depuis 1975

    Bonjour,
    J’ai écris 5 livres sur ce sujet et lancé des alertes à tous nos gouvernements, élus, etc depuis plus de 20 ans.
    Avant le Covid il manquait 25% de PIB pour que la France soit au minimum en équilibre soit 25% d’heures travaillées en moins puique c’est proportionnel. Cela représente un manque de 11500 h par salarié sur la durée d’activité. Pour rattraper, il faudrait que les salariés du privé passent à 40h et partent à 65 ans en retraite, ce qui n’est pas énorme au regard de nombreux pays qui sont presque tous à plus de 65 ans. L’Allemagne vient d’arriver à 67 ans et vient de voter les 68 ans. Elle n’était plus en déficit depuis 6 ans avant Covid et a diminué sa dete de près de 30%.
    Un salarié au Smic gagnerait 222€ de + en passant de 35h à 40h. Hors fonctionnaires par an cela ferait plus de 100 millards par dans l’économie et remonterait le niveau de la France de 14,5%. D’où baisse du chômage, caisses état, retraites, Sécu, Assedic, marge des entreprises sauvées, y compris les paysans. Alors qu’attendons-nous ? www.danielmoinier.com

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