Institut de Recherches Économiques et Fiscales

IREF Europe - Institut de Recherches Économiques et Fiscales

Pour la liberté économique
et la concurrence fiscale


par ,

Milton Friedman n’a rien à voir avec le revenu universel

Revenu universel, revenu de base, revenu minimum garanti, allocation universelle… toutes ces appellations recoupent l’idée que chacun aurait « droit » à un revenu minimum, soit de subsistance, soit d’existence. Et à vie ! Selon certains, même un économiste « ultralibéral » comme Milton Friedma aurait été pour.
La réalité est néanmoins sensiblement différente.

En novembre dernier, c’était le député Frédéric Lefebvre qui proposait une allocation universelle « sans contrepartie et dès la naissance » dans le but, tout à fait noble, « d’éradiquer la pauvreté ». L’autre objectif, tout aussi intéressant (quoique, sans doute pas pour tout le monde) est d’éradiquer du même coup « tout ce maquis de système d’allocations, d’aides sociales et (…) toutes ces administrations qui les gèrent, qui les contrôlent ». Le montant ? De 500 à 600 euros avant 18 ans, 800 à 1000 euros pour un adulte, selon notre député de droite. En janvier, c’est un rapport du Conseil national du numérique remis à la Ministre du Travail qui recommandait « d’expertiser les initiatives autour du revenu de base ».

Hors de l’hexagone la mesure est aussi à la mode. En juin prochain, ce sont les Suisses qui se prononceront, par votation, sur la mise en place éventuelle d’un revenu universel de 2500 francs suisses (2300 euros). La Finlande devrait expérimenter la mesure en 2017. Le revenu universel est depuis longtemps le « combat » du philosophe communauratien belge Philippe Van Parijs. Le revenu universel est d’ailleurs aussi le cheval de bataille d’un think tank français étiqueté comme libéral. Le projet semble donc rassembler droite et gauche, dans un bel unisson. Nombreux sont ceux qui d’ailleurs font remarquer qu’on peut faire remonter la mesure à l’économiste libéral Milton Friedman. Si même Friedman, apôtre du libéralisme au vingtième siècle, est pour la mesure, c’est bien qu’il y a consensus autour de la mesure !

Pourtant les choses sont sans doute un peu plus compliquées. Dans les années 60 l’économiste américain avait effectivement développé l’idée d’un impôt sur le revenu négatif. L’idée est assez simple : le revenu d’un foyer étant imposable à partir d’un certain seuil, Friedman propose un « impôt négatif » (un crédit d’impôt) sur la différence entre le revenu effectivement gagné par le foyer et le seuil qui se trouve au-dessus. A supposer que le revenu à partir duquel le foyer est imposable soit de 30 000 $ et que le foyer gagne 25 000 $, Friedman propose un taux de par exemple 50% sur le revenu négatif de 5000 (30 000 – 25 000). Le foyer se verra donc recevoir un impôt négatif de 2 500 $ (50 % de 5000). L’impôt négatif est donc une sorte de miroir de l’impôt « positif ».

Friedman proposait ainsi de facto un revenu garanti minimum (de x% de la différence entre zéro revenu et le seuil d’imposition), mais celui-ci n’était pas le seuil de revenu à partir duquel le foyer doit payer l’impôt. Ce n’était pas une allocation unique et universelle. La mesure visait à aider les pauvres à sortir de la pauvreté et d’éviter à la fois d’écorner la dignité des personnes (par de nombreuses démarches et justifications qu’elles doivent donner pour obtenir de l’aide) et l’expansion d’une bureaucratie de la redistribution. Son mérite était de tenter de mettre fin aux « trappes à pauvreté » qui sont créées par la multiplicité des aides et prestations diverses qui finissent par saper les incitations à sortir de la dépendance (même si la mesure de Friedman ne résout pas complètement le problème des incitations).

En outre, Friedman ne cachait pas que c’était aussi à la solidarité réelle, c’est-à-dire privée, volontaire et/ou mutualiste, de prendre le relais de la bureaucratie de l’État providence. Le système devait donc s’accompagner d’une implication de la société civile non marchande, tendant ainsi à maximiser la responsabilité des uns et des autres. C’est aussi en cela que la mesure était compatible avec son libéralisme.

Nous sommes donc très loin de l’essentiel des propositions actuelles qui visent à instaurer un revenu minimum inconditionnel et qui, en dépit de l’accent mis sur « la lutte contre la pauvreté », auraient pour conséquence la dépendance et l’assistanat. C’est là une nouvelle espèce de « droits sociaux » pour les individus à être pris en charge par l’État du berceau à la tombe. Philosophiquement nous sommes donc très loin du libéralisme, et plus près de 1984. Ensuite, on institutionnalise effectivement le « droit » de mon voisin à « choisir » de garder les pieds en éventail… en piquant dans ma poche : ce qui institutionnalise ainsi en réalité le conflit de droits. On détruit au passage un fondement de la civilisation, la responsabilité, tout en appelant cette destruction « autonomie ».

Enfin, les promoteurs du revenu de base insistent sur les économies en termes de bureaucratie de redistribution. Comme avec Friedman, l’argument a un certain poids. Malheureusement, la France n’étant pas exactement championne de la réforme, on voit assez mal des centaines de milliers, voire des millions de gens (si on comptabilise tous les postes dans les mairies, départements, régions, ministères en relation avec la dépense sociale, et pas juste les organismes variés de la Sécu) employés par le système redistributif lâcher leur emploi au nom de l’efficacité et de la justice (même si cela pourrait être souhaitable). Il y a donc fort à parier que le revenu universel de base minimum viendra simplement s’ajouter à la longue liste des « droits à » dont le financement impossible n’en finit pas de vider la société de son énergie.

Les mesures que défend l’IREF vont dans le sens d’un recul de la pauvreté mais certainement pas de la dépendance à grande échelle. Plus de cinquante ans plus tard, il semble que Friedman soit encore mal compris.

Partager cet article :

Autres lectures ...

Le dictateur Fidel Castro a rejoint le paradis ... socialiste

Revenu de base universel : 24 % du PIB français !
Une utopie impossible à financer


77 % : les Suisses disent NON au revenu de base universel

Mondialisation : les classes moyennes ont vu leurs revenus doubler depuis la fin du communisme



Un message, un commentaire ?

Afficher le formulaire

Messages (2)

Oooohhhhh !!! Ce serait le bonheueuuuurrrrr !!!!!

le 5 avril, 22:47 par Marc

Le salaire à vie ? Oui !
Les dirigeants politiques non élus mais tirés au sort ? Ouiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
L'outil de travail propriété du travailleur ?

Ohhh-ohhhhh !!!! Ce serait le bonheueuuuurrrrr !!!!!

- Répondre -

cqfd

le 15 avril, 18:45 par lhermitte

les petites mains du monde payé 1$/mois qui nous permettent d'acheter nos produits ,faudra les rémunérer combien si on leur donne un revenu de base de 100$/mois ?
Si donner un revenu de base a pour conséquence de faire flamber les prix ... on
revient au point de depart

- Répondre -

 css js

En continuant la navigation sur notre site, vous acceptez l'utilisation des cookies
F E R M E R

Newsletter hebdomadaire
Recevez gratuitement nos publications