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Le FMI se trompe : le libéralisme a bien diminué la pauvreté et les inégalités

Le FMI, souvent accusé d’être l’officine internationale du « néolibéralisme », du consensus de Washington et des politiques d’austérité, cherche apparemment à redorer son image dans un article de trois économistes influents de son département de recherche où ils attaquent frontalement ce qu’ils appellent « l’agenda néolibéral », qui serait « survendu ». Si le terme de néolibéralisme ne veut pas dire grand-chose, l’histoire économique récente ne va clairement pas dans leur sens : les inégalités régressent et jamais la pauvreté n’a connu un tel recul dans l’histoire.

Selon le FMI, les politiques néolibérales reposent sur deux éléments : (I) l’intensification de la concurrence, en poursuivant des réformes visant à la déréglementation de l’activité et à l’ouverture des marchés domestiques à la concurrence étrangère, et (II) la limitation de l’intervention étatique, en multipliant les privatisations et en cherchant à réduire les déficits budgétaires et la dette publique. La thèse principale de l’article est que sans apporter la croissance promise, le « néolibéralisme » n’aurait fait qu’accroître les inégalités tout en aggravant la persistance des crises financières qui viendraient empêcher l’expansion durable de l’économie.

Le recul de la pauvreté et des inégalités mondiales des revenus

Pourtant, même les auteurs reconnaissent au détour d’une phrase que jamais la pauvreté n’a autant reculé que depuis les années 80. Selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (moins de 1,9 $ par jour) serait passé de près de 2 milliards en 1990, à 702 millions en 2015, soit de 37,1 % à 9,6 % de la population mondiale en seulement 25 ans dans un contexte de croissance démographique exponentielle.

De plus, l’économiste espagnol Xavier Sala-i-Martin[1], reconnu comme un spécialiste international de l’économie de développement, a montré que les inégalités de revenus ont énormément diminué depuis les années 70, à la fois entre les pays et entre les hommes. Ces recherches sont également confirmées par Glenn Firebaugh[2], un des plus grands chercheurs sur les inégalités de revenus : il a montré que les inégalités mondiales de revenus entre les individus décroissent à l’échelle mondiale depuis les années 1970 malgré une hausse des inégalités entre les individus d’un même pays. La principale erreur des chercheurs sur les inégalités consiste à ne pas pondérer les données en fonction de la population des pays. Ainsi, la baisse considérable de la pauvreté en Chine et en Inde, les deux pays les plus peuplés du monde, a entraîné une chute importante des inégalités de revenus entre les pays et entre les hommes au niveau mondial. Enfin, les pays les moins inégalitaires du monde sont quasi-exclusivement des économies de marché dynamiques, ouvertes à la concurrence internationale, avec un marché du travail flexible et un degré relativement faible d’intervention de l’État dans l’économie (pays scandinaves, Autriche, Pays-Bas, Allemagne, etc.).

Ce succès remarquable de l’économie mondiale est principalement le résultat de l’ouverture des économies à la concurrence internationale, de la suppression progressive des restrictions sur les flux internationaux des capitaux, de la déréglementation du marché des biens et des services et du renforcement de l’État de droit et des droits de propriété privée. Alors que la pauvreté est en phase d’être définitivement éradiquée (objectif de la Banque mondiale d’ici 2030), ce dont le socialisme n’aurait jamais pu se targuer, on peut affirmer définitivement que non, le capitalisme libéral n’est pas survendu. On pourrait même dire qu’il manque de reconnaissance.

Les effets contrastés de l’austérité

Restent les critiques sur l’austérité et la récurrence des crises financières. La consolidation budgétaire serait susceptible, selon le FMI qui fait volte-face sur le sujet depuis quelques années, d’accroître les récessions économiques et de ralentir le processus de reprise économique. Plusieurs critiques peuvent être émises à cette analyse :

1. Comme l’ont montré Alesina et Giavazzi[3], les politiques d’austérité ont un effet récessif surtout lorsque la réduction du déficit budgétaire passe par des augmentations de la pression fiscale, car la fiscalité a un rôle incitatif majeur sur les comportements. Mais les réductions de dépenses publiques ont des effets globalement positifs. Cela s’explique car les hausses d’impôt réduisent la production globale en détournant les ressources de leur allocation optimale. Mais le niveau élevé des dépenses publiques a souvent des effets négatifs sur la croissance de long terme car celles-ci détournent les ressources du secteur privé vers des activités inefficientes ou peu rentables.

2. Une croissance économique ne peut être durable dans un contexte de déficits budgétaires élevés. Il existe une relation importante entre un niveau faible de dette publique et de déficit budgétaire et un niveau élevé de croissance économique : si des coupes drastiques dans la dépense publique et des réformes structurelles profondes peuvent entraîner une récession limitée dans le temps, elles assurent une croissance plus élevée et durable sur le long terme. L’économie a besoin de temps pour assurer la réallocation de l’emploi et de l’activité du secteur public vers le secteur privé. Comme l’ont montré les exemples du Royaume-Uni, de la Lettonie, de l’Irlande ou de l’Espagne, la consolidation budgétaire intensifie la croissance économique de long terme, surtout lorsqu’elle est accompagnée de réformes structurelles, notamment dans le marché du travail ou dans la réduction du secteur public.

3. Une politique libérale signifie avant tout concentrer l’effort sur les réformes structurelles, l’ouverture des marchés à la concurrence internationale et le renforcement de l’État de Droit et de la liberté économique.

Quant au cycle économique, comme les libéraux le soulignent souvent, notamment au sein de l’école autrichienne, mais aussi de l’école de Chicago, les crises financières et bancaires sont principalement dues à la politique monétaire des banques centrales qui favorise des instabilités profondes en distordant la structure des prix relatifs et les taux d’intérêt naturels. La littérature libérale sur le sujet est pléthorique, sans doute la plus documentée dans la science économique : le FMI devrait peut-être en prendre connaissance avant d’affirmer de telles inepties sans comprendre les causes des cycles.

Rappelons donc au FMI, qui semble l’avoir oublié, que le libéralisme n’est pas la loi de la jungle. C’est une école de pensée qui donne une place importante au droit et aux institutions protégeant la liberté d’entreprise, les contrats et les droits de propriété contre les abus, la fraude et la violence. On ne peut pas survendre le libéralisme lorsqu’on le comprend bien.

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Messages (4)

Libéralisme

le 7 juin, 20:34 par brandenburg

Que je sache ni la Chine ni l'Inde ne sont des pays libéraux mais mercantilistes !Un pays ne devient "libéral" qu'après s'être enrichi par le mercantilisme comme l'Angleterre et les états désunis et alors l'impose aux autres pays par la force et l'échange inégal.Quant aux inégalités,elles ont explosé dans les pays libéraux avancés,en fait,en voie de décomposition:100 Millions d'américains sans travail-et non emploi ce qui ne veut rien dire ;20 % des familles américaines où personne ne travaille,45 millions d'américains vivant des bonss alimentaires fédéraux,un enfant sur deux pauvre,etc.Vous ne savez pas ce que vous dites !La réalité est toute autre,un système de marché-Etat avec les mêmes personnes qui passent de l'un à l'autre,une conjonction de keynésianisme intérieur et de libéralisme extérieur,bref,partout la contradiction et inévitablement l'explosion des dettes publiques et privées,par exemple 300 000 milliards de dettes obligataires au niveau mondial,plus qu'un PIB mondial d'ailleurs incalculable dans une économie tertiariséè,30 % des transactions financières internationales réalisées par des banques de l'ombre QUI SONT EN CHEVILLE avec celles ayant pignon sur rue,etc.
La vérité est ailleurs et bien définie par Jacques Rueff en sont temps ,notamment dans "Le pêché monétaire de l'occident"-"du néant habillé en monnaie".Pourquoi ?Parce que les banques centrales "sont en contact avec le marché" d'où les folies des uns et des autres,ce dont la soi-disant école autrichienne-souvent d'ex-marxistes comme hayek ou popper en philosophie des sciences- ou celle de Chicago ne se sont jamais occupées alors que c'est de là d'où vient tout le mal car ,malgré les jérémiades des libéraux,il faut bien qu'il y ait une banque centrale disposant du monopole d'émission et de régulation de la monnaie-"Seule mesure en matière d' économie" ( Saint Thomas d'Aquin )sinon tout le monde,dont les banques-Maurice Allais,prix Nobel d'économie-devient un faux monnayeur comme de nos jours avec les bitcoins,le comble de l'absurdité.
Bref la vulgate libérale ne vaut pas plus cher que la vulgate marxiste ou keynésienne dont le but final était de sauver le capitaliste libéral, après les dépenses militaires colossales de la guerre de 14,car toutes sont des idéologies et non des sciences du réel qui est complexe !.

7 juin, 23:28 - Floun

D'accord avec vous

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Austerité

le 7 juin, 22:24 par Torr Schmidlin

Vous avez raison. En plus l'argument du FMI que les politiques d'austérité provoque la récession est fausse. La référence à Ball et al. 2013 qui se focalise sur les effets sur la distribution et non la production devrait être dans la section sur la distribution. Bien que Ball et al. confirment un effet néfaste sur le GINI (court à moyen terme et non long terme !), ils ne parlent jamais d'un chiffre en particulier pour le chômage et tirent leur conclusions sur le chômage d'un autre ouvrage (Morsy 2011) ! En plus Ball et al. est suspect :
> Les données viennent de pays OECD qui ont réduit leurs dettes de 1% en moyenne ce qui signifie des politiques d'austérité très faibles et pas assez pour produire la croissance que les libéraux prédisent.
> Ils définissent la consolidation par des actions politiques comme les hausses d'impôts ou les baisses de dépenses plutôt que des bons résultats budgétaires. Donc une action peut annuler une autre et minimiser la croissance. Ils choisirent aussi cette méthode pour exclure les situations où l'austérité a été mise en place pour répondre à une pression de demande domestique, ce qui minimise aussi le rôle de l'austérité.
> Une de leurs principales conclusions est que les hausses d'impôts sont plus destructives que les baisses de dépenses, ce qui renforce l'argument libéral.

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Austérité

le 7 juin, 22:34 par Torr Schmidlin

Vous avez raison. En plus l'argument du FMI que les politiques d'austérité provoque la récession est fausse. La référence à Ball et al. 2013 qui se focalise sur les effets sur la distribution et non la production devrait être dans la section sur la distribution. Bien que Ball et al. confirment un effet néfaste sur le GINI (court à moyen terme et non long terme !), ils ne parlent jamais d'un chiffre en particulier pour le chômage et tirent leur conclusions sur le chômage d'un autre ouvrage (Morsy 2011) ! En plus Ball et al. est suspect :
> Les données viennent de pays OECD qui ont réduit leurs dettes de 1% en moyenne ce qui signifie des politiques d'austérité très faibles et pas assez pour produire la croissance que les libéraux prédisent.
> Ils définissent la consolidation par des actions politiques comme les hausses d'impôts ou les baisses de dépenses plutôt que des bons résultats budgétaires. Donc une action peut annuler une autre et minimiser la croissance. Ils choisirent aussi cette méthode pour exclure les situations où l'austérité a été mise en place pour répondre à une pression de demande domestique, ce qui minimise aussi le rôle de l'austérité.
> Une de leur principales conclusions est que les hausses d'impôts sont plus destructives que les baisses de dépenses, ce qui renforce l'argument libéral.

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Libéralisme et objectivité

le 8 juin, 09:48 par Dominique Michaut

Le libéralisme qui ne se fait pas un devoir d'objectivité économique là où elle existe se tire une balle dans le pied. En matière de rémunérations du travail, il y a bel et bien une loi d'airain. Pays par pays, le revenu total du travail fait l'objet d'une répartition, par la clé des égalités (il y en a et de toute évidence il en faut) et des inégalités (même remarque) de ces rémunérations. Les plus hautes de ces dernières réduisent celles qui leur sont inférieures. La gouvernance de cette répartition échoit à la subjectivité collective qui, par exemple, jugera faste qu'un chirurgien gagne en moyenne dix fois qu'une infirmière de bloc opératoire et néfaste que cette proportion soit nettement différente.
Une argumentation rigoureuse de ce point et une autre de l'évolution normale des revenus de placement par rapport aux revenus de placement se trouvent sur le site lecodemain.net.

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