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Quand les travailleurs Uber boudent les syndicats

par Adélaïde Motte

Entre le 9 et le 16 mai, les chauffeurs de VTC et les livreurs à deux-roues pouvaient, pour la première fois, choisir leurs représentants syndicaux. Les thèmes mis en avant durant la campagne électorale étaient les conditions de travail, les garanties sociales et la rupture des relations commerciales, ainsi que la rémunération et la formation professionnelle. Le scrutin s’est terminé lundi, pour des résultats particulièrement décevants : moins de 4% des chauffeurs VTC et 2% des livreurs y ont participé. Pour des travailleurs supposément prisonniers de contrats précaires et exploités par des entreprises insuffisamment respectueuses des acquis sociaux français, c’est étonnant. Chez les chauffeurs VTC, les syndicats choisis sont spécialisés dans les indépendants : l’Association VTC de France a obtenu 42,81% des voix, l’Union des indépendants et l’Association des chauffeurs indépendants lyonnais 11%. Les livreurs, eux, ont choisi la Fédération nationale des auto-entrepreneurs et micro entrepreneurs (FNAE) qui obtient 28% des voix, contre 27% pour la CGT.

Choisir plus massivement des syndicats représentatifs des salariés aurait pu permettre à ces travailleurs d’obtenir un statut qui, à entendre certains militants, serait bien plus intéressant que celui d’auto-entrepreneur. Il faut croire que les livreurs, et les chauffeurs plus encore, ne sont pas intéressés par le salariat. Sans doute préfèrent-ils leur statut actuel, qui leur laisse une souplesse importante dans le choix de leurs horaires, leurs jours de travail et le lieu où ils exercent.

Les syndicats n’ayant pas l’habitude de prendre acte des faibles taux de participation aux élections syndicales, ils maintiendront leurs exigences plus ou moins farfelues. Certains militants demandent ainsi des primes, des congés maladies, des congés payés, des week-end… bref, les acquis du salariat. Pourtant, le succès de ces plateformes, donc la création d’emplois pour les chauffeurs et les livreurs, doit beaucoup aux prix concurrentiels pratiqués pour un service satisfaisant. Les acquis sociaux augmenteraient les prix et diminueraient la clientèle, les chauffeurs et livreurs le savent. Ils n’ont donc pas voté pour des syndicats de salariés qui risqueraient de faire disparaître leur gagne-pain.

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