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L’écologisme, une mystification politique

Cet article a été publié dans le Journal des libertés no. 16

par Thierry Godefridi
Dans son troisième rapport (TAR), le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, IPCC en anglais, un organisme de l’ONU) aborda la question de la prédictibilité du climat dans les termes suivants :
“Predictability in a Chaotic System: The climate system is particularly challenging since it is known that components in the system are inherently chaotic; there are feedbacks that could potentially switch sign, and there are central processes that affect the system in a complicated, non-linear manner.
These complex, chaotic, non-linear dynamics are an inherent aspect of the climate system. In climate research and modelling, we should recognise that we are dealing with a coupled non-linear chaotic system, and therefore that the long-term prediction of future climate states is not possible.”

En d’autres termes, la prévisibilité dans un système chaotique tel que le climat est particulièrement difficile, dès lors que des composants du système sont intrinsèquement chaotiques ; il y a des rétroactions qui pourraient potentiellement changer de signe et il y a des processus centraux qui affectent le système d’une manière compliquée et non linéaire.

Conclusion du GIEC, textuellement : « Ces dynamiques complexes, chaotiques et non linéaires sont un aspect inhérent du système climatique. Dans la recherche et la modélisation climatiques, nous devons reconnaître que nous avons affaire à un système chaotique non linéaire couplé, et donc que la prédiction à long terme des futurs états du climat n’est pas possible. »

Dans ses Confessions of a Climate Scientist: The Global Warming Hypothesis is an Unproven Hypothesis, Mototaka Nakamura (un docteur en météorologie du MIT, le Massachusetts Institute of Technology, et chercheur spécialisé dans la dynamique du climat) confirme le constat du GIEC sur l’impossibilité de prédire les futurs états climatiques :

« Je tiens à souligner un fait simple : il est impossible de prédire correctement même le sens ou la direction du changement d’un système lorsque l’outil de prédiction n’a pas de représentation de processus non-linéaires importants et/ou les déforme grossièrement, les rétroactions en particulier, qui sont présentes dans le système réel. »

Le troisième rapport d’évaluation du GIEC datant de 2001, à moins que le climat ne se soit découplé de sa nature intrinsèquement chaotique et ne soit devenu linéaire entre-temps, les choses n’auraient-elles pas pu et dû en rester là ?

Ceux dont le climat est devenu la raison d’être en auraient perdu leur gagne-pain et l’opportunité de polluer les airs avec leurs prophéties et leurs déplacements (que l’on songe à cette conférence de la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques sur une île de l’Océan indien) ; les médias auraient laissé passer une occasion de se faire valoir en profitant du catastrophisme autour du climat ; les politiciens, celle d’enfumer leur monde et de dépenser l’argent des autres ; et quelques opportunistes, de s’enrichir de manière obscène.

Mais, comment en sommes-nous arrivés là ?

Le mythe de Prométhée

Monique Mund-Dopchie est docteur en philologie classique et professeur émérite de l’Université catholique de Louvain où elle a enseigné la littérature grecque et l’histoire de l’humanisme. A une époque où la vision « prométhéenne » du monde fait l’enjeu en Occident d’un débat idéologique de dimension civilisationnelle, cette spécialiste de la Grèce antique en retrace les contours en rappelant les origines et la portée du mythe de Prométhée dans un opuscule publié aux éditions de l’Académie royale de Belgique.

Le mythe, enseignait-on à ceux qui aux temps glorieux accomplissaient des humanités classiques, servaient aux Anciens à expliquer l’inexplicable, à comprendre l’incompréhensible. L’interprétation du mythe était ancrée dans le doute (rappelez-vous Socrate). L’unidimensionnel n’était pas encore de mode. Comment l’exprimerait-on mieux que ne le fait Mme Mund-Dopchie en citant en exergue de son ouvrage Albert Camus dans L’exil d’Hélène :

« La pensée grecque s’est toujours retranchée sur l’idée de limite. Elle n’a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison, parce qu’elle n’a rien nié, ni le sacré, ni la raison. Elle a fait la part de tout, équilibrant l’ombre par la lumière. »

Les textes à partir desquels les uns continuent à exprimer leur foi dans le progrès humain et d’autres développent une vision écologiste d’une interprétation qui leur est propre d’un monde prométhéen nous ont été transmis, rappelle Mme Mund-Dopchie, à plusieurs périodes et par quatre auteurs : Hésiode (VIIe s. avant J.-C., dans la Théogonie et Les Travaux et les Jours), Eschyle (Ve s. avant J.-C., dans la tragédie qui lui a été attribuée, Prométhée enchaîné), Platon (IVe s. avant J.-C., dans son dialogue Protagoras) et Lucien de Samosate (célèbre satiriste du IIe s. après J.-C., dans son dialogue Prométhée ou le Caucase).

De ce mythe aussi riche que l’est celui de l’âge d’or, inévitablement plein de rebondissements, l’auteur s’est bien entendu concentrée dans son essai, compte-tenu du contexte politique dans lequel elle situe son analyse, sur l’aspect du don du feu et des techniques qui y sont associées, don que son héros fit à l’Homme et qui valut à Prométhée, alors qu’il était lui aussi un dieu dans la mythologie grecque, la suprême colère et la cruelle vengeance de Zeus, le dieu suprême.

Monique Mund-Dopchie juge avec raison que l’emploi de l’adjectif « prométhéen » et du concept de « prométhéisme » ont un effet réducteur par rapport à la richesse du mythe et relève que l’image d’un Prométhée promoteur de la science en tant que connaissance s’est transformée en promoteur du progrès matériel et du perfectionnement technique, au point qu’un Maurice Thorez s’en est servi en faveur du communisme dans la fantasmagorie duquel science et progrès étaient censés apporter la richesse et le bonheur pour tous – sauf, bien sûr, pour ceux qu’il terrorisait, assassinait ou envoyait au goulag.

Mais, un autre événement acheva de dépoétiser l’image d’un Prométhée déchaîné, le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki. Alors que le président américain Harry Truman et la presse de l’époque, américaine, anglaise et française, se répandirent en propos lyriques sur les mérites de cette horreur, Monique Mund-Dopchie laisse ici aussi à fort bon escient la parole à Albert Camus qui le 8 août 1945, dans un éditorial dans la revue Combat, écrivit : « Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. »

Le Principe responsabilité

Camus voudra néanmoins continuer à croire au message de Prométhée, « ce héros qui aima assez les hommes pour leur donner en même temps le feu et la liberté », « <qui> enchaîné maintient dans la foudre et le tonnerre divins sa foi tranquille en l’homme » et la peur de l’énergie atomique s’atténuera en fonction de son usage civil à l’égard duquel même un Hans Jonas – pourtant, nous le verrons, l’un des penseurs qui inspira l’écologisme contemporain – témoigna d’un a priori favorable dans une lettre adressée le 2 mai 1977 à son ami Günther Anders.

Günther Anders est né allemand le 12 juillet 1902 à Breslau en Silésie (l’actuelle Wroclaw) et mort autrichien à Vienne le 17 décembre 1992. Il fut le premier époux de Hannah Arendt. Philosophe de formation, il estime que la philosophie, plutôt que de s’intéresser à elle-même, devrait s’intéresser au monde et en particulier à ce qu’il considère comme les deux événements majeurs du XXe siècle : Auschwitz et Hiroshima. Son sujet de préoccupation est le risque d’une destruction de l’humanité.

L’usage de l’arme atomique lui fait considérer que l’humanité a atteint sa date de péremption en 1945 et, non sans prémonition par rapport à notre quotidien, que l’Homme, devenu « le bouffon de son propre parc de machines », est – c’est le titre de deux de ses ouvrages – en voie d’obsolescence. Critique de la technoscience et pionnier du mouvement antinucléaire, Günther Anders s’enorgueillit de ce qu’on le traitait de « semeur de panique » car pour lui la principale tâche morale consisterait à faire précisément comprendre aux hommes qu’ils doivent s’inquiéter et proclamer leur peur.

Hans Jonas emboîte le pas à son ami quand il réclame en 1979 dans Le Principe responsabilité une éthique pour la civilisation technologique afin que « le Prométhée définitivement déchaîné », auquel la science confère des forces jamais encore connues et à l’économie son impulsion effrénée, ne devienne une malédiction pour l’homme lui-même.

Une éthique de la sobriété librement consentie étant vouée à l’échec face à l’égoïsme à courte vue de l’Homme, Hans Jonas préconise d’y inciter ce dernier au moyen d’une heuristique de la peur, plus effective selon lui que la raison pour ébranler les foules, et il admet qu’elle sera plus facile à instiller dans un régime autoritaire que dans un régime libéral.

Avec Anders et Jonas, nous plongeons au cœur de l’idéologie mortifère, collectiviste et planiste de l’écologisme qui vise à affaiblir, voire anéantir, ce que nous sommes et nous rompons radicalement avec les vertus de connaissance, d’accomplissement et de dépassement de soi que suggérait le mythe de Prométhée.

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