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Le programme des Ecologistes aux européennes : le totalitarisme vert

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Marie Toussaint a présenté à la presse le programme des Ecologistes aux élections européennes. Mis en ligne, le document de 29 pages vaut le détour. Il s’intitule « Pour un État providence écologique européen » et son sous-titre est « Sauver le climat et faire face à l’urgence sociale ». L’objectif est donc clairement d’étendre l’État providence français à l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne, tout en le peignant beaucoup plus en vert. Quant aux propositions, elles reviennent à mêler de manière indissoluble écologie et social.

Après un éditorial de la tête de liste Marie Toussaint, le programme comporte une première partie générale « L’heure est venue de construire une autre Europe », puis une seconde, bien plus ample, « 10 combats des Ecologistes pour la justice et le vivant (sic) », et il se clôt par « 10 mesures urgentes pour changer l’Europe ».

L’éditorial de Marie Toussaint

L’éditorial peut être ainsi synthétisé : il existe un « danger climatique » qui est « la grande menace de notre temps » ; il convient en conséquence de mener en urgence une « transition climatique », laquelle doit être juste socialement (p. 2). Aussi faut-il ériger un « État providence écologique et européen » (p. 3) En effet, de deux choses l’une : soit la poursuite de « l’actuel modèle économique » (qui n’est pas dénommé, mais l’ignoble capitalisme est sans surprise visé), soit « Prendre soin des gens et de la planète au lieu de faire du profit la mesure de toute chose ». On aura reconnu une référence subliminale à la théorie du care, qui était à un moment l’apanage d’une partie des socialistes.

Le programme ne se prononce pas précisément sur le sort qui est fait à la croissance : s’agit-il d’un modèle « décroissantiste » ou plutôt d’une « a-croissance » ? Le lecteur ne le saura pas, sans doute afin de ne point froisser quelques susceptibilités au sein des Ecologistes, toujours prompts à se déchirer… A vrai dire, à lire les propositions, il n’y a aucun risque de créer une quelconque croissance…

Un projet constructiviste

Le titre de la première partie est là encore parlant : il s’agit de « construire » une autre Europe. Le projet est explicitement une ode au volontarisme politique dans tous les domaines. Le document parle d’une « sortie des énergies fossiles » (p. 5), mais étrangement aucune mention n’est faite du nucléaire, auquel il se réfère seulement dans la partie suivante avec l’objectif « 100 % renouvelables en 2040 » (p. 12).

Les Ecologistes ont un mantra : refuser le « retour (sic) » à l’austérité (p. 5), et cela pour plusieurs raisons dont la lutte contre le « populisme » (p. 6). La référence au populisme est assez piquante car les Ecologistes braconnent implicitement sur les terres de LFI à plusieurs reprises en mentionnant avec enthousiasme le « peuple » (p. 3) et le fait qu’on doive lui « rendre le pouvoir » (p. 24)…

Une nouvelle référence est faite à la croissance : « au lieu de chercher la pleine croissance (toujours l’ambiguïté sur le terme…), nous devrions rechercher la pleine santé des personnes et la pleine santé de la planète ». Les Ecologistes ne comprennent donc pas qu’en l’absence de croissance, ces deux objectifs n’ont aucune chance d’être remplis… Ils ajoutent qu’ils veulent « passer d’une économie qui détruit à une économie qui répare » (p. 6). Ils ne trouvent donc aucune vertu au capitalisme : nulle référence n’est bien entendu faite à la prospérité qu’il a amenée ; tout au contraire, le document ne fait que peindre en noir nos économies occidentales.

Deux grands thèmes développés dans la seconde partie sont annoncés. D’abord, la mise en place d’un « fédéralisme européen », destructeur de la subsidiarité, grâce à une « assemblée constituante européenne », et là encore l’inspiration est mélenchonienne puisqu’il s’agit d’étendre au niveau européen et au mépris des traités ce que le meneur de LFI a proposé pour la France au mépris de la Constitution ! Ensuite, la mise en place particulièrement dangereuse d’une union fiscale européenne avec la capacité de lever des impôts (p. 7), vieux rêve socialiste.

Dépenser, taxer, emprunter, intervenir, interdire, inventer de nouveaux droits

Résumons la dernière partie, consacrée aux propositions :

  1. Dépenser

Les propositions ruineuses s’enchaînent : plan d’investissements publics à hauteur d’au moins 260 milliards d’euros par an (p. 10) ; fonds européen de souveraineté écologique à hauteur de 100 milliards « pour que l’Europe devienne actionnaire majoritaire des entreprises pétro-gazières » (p. 13), prélude à leur nationalisation intégrale ou à leur faillite ! Ou encore un « ticket-climat indispensable à la justice sociale », un fonds pour l’adaptation au dérèglement climatique (p. 14), un fonds de transition écologique et de pêche (p. 16), un plan d’investissement massif dans la construction de logements sociaux et la rénovation des logements, au montant lui aussi indéterminé, un fonds territorial de sortie des « toxiques » (p. 19).

  1. Taxer

Compte tenu de l’ampleur des dépenses, il va bien falloir trouver des recettes et beaucoup : 130 milliards d’euros chaque année au niveau des Etats membres pour le plan d’investissements publics (p. 10) ; « étendre la taxe carbone aux frontières » et « établir une fair tax, c’est-à-dire une taxe sur les salaires indécents, sur les produits importés » dans une perspective protectionniste (p. 12), mesure d’une grande intelligence qui appauvrira les pays les moins développés ! Il faut aussi harmoniser par le haut l’impôt sur les sociétés, mettre en place une taxe sur les transactions financières, taxer les « super-profits » des entreprises et instaurer « une ISF climatique sur les 0,5% les plus riches » (p. 24) qui rapportera 210 milliards chaque année (p. 28). Bref, une purge fiscale !

  1. Emprunter

Toujours compte tenu de la masse des dépenses et même en ruinant les « privilégiés », cela ne suffira pas. Aussi les Ecologistes ont-ils la brillante idée de penser à un « nouvel emprunt européen » à hauteur de 130 milliards d’euros par an (p. 10), un emprunt qui pèsera sur les générations futures, mais à long terme nous sommes tous morts… Une nouvelle fois, il s’agit d’exporter sur le continent européen les ruineuses recettes françaises. Par surcroît, il faut un « emprunt européen de résilience (sic) », au montant d’ailleurs indéterminé, pour financer le fonds d’adaptation au dérèglement climatique (p. 14).

  1. Intervenir

L’interventionnisme est tous azimuts. Il ne reste aucune place à la liberté dans le domaine économique : introduire une « TVA verte et circulaire » et, pour garantir ses effets, introduire « des outils de régulation (en fait réglementation) des prix » (pp. 11-12). Ou encore un « plan pour les animaux domestiques » (p. 15), l’imposition de produits verts et locaux dans la restauration collective publique comme privée (p. 16), le plafonnement de la taille des exploitations agricoles lors de leur transmission (p. 17), l’instauration d’un « droit de veto social » au début du processus législatif communautaire, l’adoption d’une directive sur le revenu minimum, la tarification sociale et progressive pour les services publics (p. 18), une convergence vers le haut des salaires et une limitation des écarts de salaire de 1 à 20 au sein des entreprises (p. 20).

Plus généralement, il faut « accroître la démocratie en entreprise », traduisons : il faut politiser les entreprises et réduire corrélativement la sphère de la société civile ! Il convient également de créer un service public européen du médicament (p. 23) : pas un mot n’est dit sur les causes de la désaffection des entreprises pharmaceutiques pour la France notamment !

  1. Interdire

Vieille habitude des Ecologistes, les interdictions pleuvent et la liberté des individus se réduit comme peau de chagrin : interdiction des vols intra-européens « quand des alternatives de moins de 4h30 existent », interdiction des vols d’entreprises (si tant est qu’il reste encore des entreprises, du moins privées…), interdiction des vols de moins de 60 passagers (p. 13). Nous retrouvons certaines des propositions des Ecologistes qui ont fait scandale dans notre pays.

  1. Inventer de nouveaux droits

Dans la plus pure tradition socialiste, les écologistes inventent de nouveaux droits de l’homme au gré de leurs lubies : « plancher social matérialisé par le droit à une vie digne » (p. 10), instaurer un droit à la nature qui se décline en droit d’accès à des espaces naturels et en un… « droit à un jardin potager près de chez soi » (p. 14) ! Ou encore un droit à une eau de qualité, un droit à une alimentation saine et durable (p. 18), un droit à un logement sain (p. 19), un droit à la santé et un droit à une CMU européenne (p. 23), tant la CMU française a démontré ses bienfaits ! Enfin, garantir un « droit au développement » aux « pays des Suds », bénéficiaires du tiers de l’ISF climatique (p. 28). Une compensation sans doute à l’impossibilité pour ces derniers d’exporter leurs marchandises dans l’Union européenne, même si manifestement leurs habitants pourront y migrer à volonté (p. 28)…

Notons enfin, avec la novlangue habituelle des rouges-verts, que la « pauvrophobie » sera reconnue comme « discrimination socioéconomique » (p. 26) ! Une mesure opportune car, avec pareille politique, les pauvres risquent de se multiplier comme des petits pains…

En substance, économiquement nul et gravement attentatoire aux libertés et aux (vrais) droits de l’homme, le programme des Ecologistes verse dans l’utopie la plus sordide.

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