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Roland Garros au défi du service public de l’audiovisuel

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Roland Garros n’a pas seulement été un grand cru sur le terrain cette année. Le plus important tournoi de tennis sur terre battue au monde a également été fertile en polémiques.

Roland Garros et le féminisme hystérique

Que n’avait dit, le 1er juin, la directrice du tournoi, l’ancienne championne Amélie Mauresmo ? « Le tennis masculin offre plus d’attraits ». Le microcosme parisien s’emballe aussitôt. Rétropédalage dès le lendemain : « Je suis une grande combattante pour l’égalité des sexes et le tennis féminin, les femmes en général ».

A vrai dire, on ne voit guère le rapport entre les deux phrases. Amélie Mauresmo a eu beau expliquer que ses mots avaient été sortis de leur contexte puisqu’il s’agissait de se prononcer sur des sessions de nuit à 90 % masculines -9 matchs sur 10 sur l’ensemble du tournoi au total. Et, comme elle l’a expliqué le 2 juin, à partir du moment où il n’existe qu’un match en nocturne, il est difficile, compte tenu de la probable durée des matchs et du prix des billets, de programmer une rencontre féminine. Argument parfaitement recevable, même si une majorité de matchs masculins s’est finalement jouée en trois sets seulement.

La directrice du tournoi avait d’ailleurs déclaré que le tennis masculin offrait plus d’attraits « en ce moment ». Mais même une telle phrase n’est pas politiquement correcte dans notre pays… en ce moment. Oser prétendre que suivre Novak Djokovic contre Rafael Nadal, ce dernier contre Alexander Zverev, le quatrième set de l’Allemand contre Carlos Alvaraz, offrait plus d’attraits que le tennis féminin à Roland Garros en 2022 est sacrilège.

Il ne s’agit pas en réalité d’égalité des droits mais, sur fond d’ignorance de la petite balle jaune, de féminisme hystérique, qui en devient ridicule à force de multiplier les énormités. Et puisque l’on parle du choc Djokovic-Nadal…

Roland Garros et l’antilibéralisme français

Décidément, Amélie Mauresmo semble avoir multiplié les bévues pour son premier Roland Garros à la tête du tournoi. Dès le tirage au sort, il était prévisible que le match de la quinzaine -tant en tennis masculin que féminin- serait l’immense confrontation dès les quarts de finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, 41 titres du Grand Chelem à eux deux. Une confrontation qui, pour le plus grand bonheur de tous, va bien avoir lieu, mais qui va provoquer un casse-tête pour les organisateurs de l’évènement : quand programmer le choc ? En journée, le match se déroulerait sur le service public, France 2 puis éventuellement France 3 ; en soirée sur une chaîne américaine privée, l’un des Gafa, Amazon.

Amélie Mauresmo va trancher en faveur de la session de nuit. Colère de la présidente de France Télévision, Delphine Ernotte le 31 mai : « Je trouve extrêmement choquant de privilégier un acteur américain au détriment du service public, surtout sur un évènement financé en tout ou en partie par de l’argent public (…). Cet évènement pose une nouvelle fois la question de la privatisation du sport au détriment de ceux qui n’en ont pas les moyens ».

Donc, d’un côté, le bon service public français à vocation monopolistique qui, au-delà d’une objectivité à toute épreuve, permet à tous, y compris les plus pauvres, de bénéficier de ses bienfaits grâce à la gratuité ; de l’autre, la méchante multinationale yankee qui ne permet qu’aux plus riches de suivre ses programmes.

C’est oublier que le service public, imposé à tous avec de l’argent qui provient des contribuables par le truchement du système fiscal le plus pesant de l’univers, peut être aisément remplacé par un système privé plus performant qui se trouve, lui, financé volontairement. Ajoutons que, en définitive, tout le monde a pu suivre gratuitement le match sur Amazon, sans parler du fait que des lieux privés ont diffusé la rencontre à moindre frais, par exemple des cafés ou des clubs.

Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports de France Télévision, en a pourtant rajouté une couche : « Une affiche aussi mythique que celle de Nadal-Djokovic constitue un bien patrimonial commun. Dans ces moments-là, Roland Garros appartient à tous les Français ». Traduisons : les grands évènements de sport, quels qu’ils soient, sont des biens communs par une sorte de communisme audiovisuel. Le secteur privé n’aurait donc aucune légitimité à les diffuser. On pourrait d’ailleurs aller plus loin : interdire aux ignobles chaînes privées de diffuser les plus grands films, du moins les plus médiatiques, et en assurer le monopole aux chaînes publiques qui, elles, représentent évidemment l’intérêt général.

Que cette énormité ait été prononcée par le fils d’un ancien grand président du groupe TF1 et que le directeur des sports soit lui-même un ancien salarié de haut niveau dans le secteur privé audiovisuel, participe de la mascarade. Le fait est que le service public n’est pas toujours -loin de là- au service du public et que, pour reprendre la phraséologie communautaire, les services d’intérêt général peuvent être fournis aussi bien par le secteur privé que par l’Etat, n’effleure manifestement pas les dirigeants de France Télévision.

Il est vrai que le contexte n’est pas anodin : la suppression annoncée et confirmée par le chef de l’Etat de la redevance audiovisuelle et la discussion parlementaire à venir au sujet du budget pluriannuel pour le financement de l’audiovisuel public…

Rappelons que les évènements sportifs dits d’importance majeure, en vertu d’un décret du 22 décembre 2004, concerne huit sports différents -par exemple, pour le tennis, les finales dames et hommes de Roland Garros- de même que les Jeux Olympiques, doivent déjà être suivis sur un service de télévision à accès libre et qu’une consultation est en cours depuis le début de l’année sur la « modernisation » du décret. Là encore, le contexte n’est pas anodin.

Il faut constater que, avec l’aiguillon de la concurrence et les ressources infinies de l’initiative individuelle propres à rendre le meilleur service aux consommateurs, le secteur privé est à même de diffuser non seulement aussi bien, mais bien mieux les évènements sportifs que le secteur public. La qualité de la diffusion par Canal+ et d’autres chaînes privées des compétitions sportives, par exemple dans le domaine du football et du rugby, n’est plus à démontrer.

Avec plus de hauteur de vue, il est permis de se demander à quoi sert France Télévision et, plus largement encore : à quoi sert l’audiovisuel public en France. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, le secteur public pourrait disparaître sans dommage et sans regret.

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3 commentaires

LINDEPERG 17 juin 2022 - 9:24

Tout à fait d’accord avec vos avis. Pour info : je ne supporte plus les bavardages des commentateurs des chaines publiques, ainsi je coupe le son, en particulier sur les transmissions de rugby, de football et même depuis peu sur les compétitions de vélos.

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montesquieu 17 juin 2022 - 10:44

Ce qui m’a choqué, ce sont les commentaires nettement anti Nadal d’un commentateur quasiment jusqu’au dernier match au moment où Nadal était certain de gagner.
Une telle partialité est une quasi première.
Quant aux matchs de nuit, c’est une initiative pas terrible sauf pour ceux qui travaillent dans la journée et pour les finances puisque le tarif était désormais fixé par match;
Tout se perd.
Enfin, on peut se demander s’il ne faudrait pas classer les joueurs par catégorie comme les boxeurs.

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Obeguyx 20 juin 2022 - 8:43

Excellent article qui met toute la lumière sur la diffusion du sport au niveau des chaînes publiques (il y en a très peu et en plus c’est mauvais). France télévision peut disparaître avec tout son audio visuel public. Quel soulagement et que d’économies. Vous avez évoqué le sport (avec le tennis qui se dope pour tenir), mais tout le reste et notamment les séries qui sont d’une qualité inférieure à la médiocrité, c’est à dire carrément « dégueulasses » où l’on retrouve tout le « gratin » privilégié qui n’ont rien d’acteurs, mais qui se gave de l’argent des contribuables. Disparition ? Les hommes politiques ne se priveront JAMAIS de cet « office » à leurs mains et leurs « bottes ».

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