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L’art et l’écologie : quand les militants s’attaquent aux musées

par Morgane Afif
Depuis fin juin, un groupe de militants fait parler de lui outre-Manche en multipliant les actions au sein de grandes institutions culturelles britanniques. L’art est-il en passe de devenir le nouveau terrain des revendications de la lutte écolo ?  

« Qu’est-ce qui compte le plus : ce tableau ou notre avenir ? » lançaient face à la presse les deux jeunes membres du collectif Just Stop Oil, le 30 juin. Louis Mckechnie, 21 ans, et Emily Brocklebank, 24 ans, s’étaient alors fixé la main à l’aide d’une colle forte au cadre des Pêchers en fleurs de Van Gogh, tableau conservé à la Courtauld Gallery de Londres. « Désolé tout le monde, nous ne voulons pas faire ça, mais nous sommes collés à ce tableau, ce magnifique tableau, parce que nous le futur nous terrifie », avait alors expliqué Louis Mckechnie, dans un discours alarmiste sur l’avenir de la planète réclamant l’arrêt total de l’usage des énergies fossiles et l’arrêt des projets pétroliers et gaziers. La veille, une scène semblable s’était déroulée au cœur de la Kelvingrove Art Gallery de Glasgow, visant cette fois une toile de McCulloch, My Heart’s in the Highlands, alors que trois jeunes activistes venaient de taguer sur les murs de la galerie le nom de leur collectif à la peinture fluo. Le groupe ne s’en est pas tenu là : le 4 juillet, ce fut au tour de la prestigieuse National Gallery de Londres. Cette fois, les militants se sont attaqués au chef-d’œuvre de Constable, La Charrette de foin en le recouvrant d’un faux à l’allure apocalyptique. Même son de cloche le lendemain à la Royal Academy, où fut visée cette fois une copie datée de 1520 de La Cène de Léonard de Vinci, attribuée à Giampietrino, élève du maître, alors que les manifestants ayant aussi couvert le mur de la salle d’exposition de leur slogan « No New Oil ». En quelques jours seulement, cinq institutions britanniques ont été la cible de ce vandalisme militant, entre le happening et la manifestation, reprenant toujours le même procédé.

Ce n’est pas la première fois que les écolos s’attaquent au patrimoine. En mars 2017, l’ONG américaine 350.org avait organisé au Louvre une manifestation pour dénoncer le mécénat de Total, alors que le géant du pétrole avait participé à la restauration de la galerie d’Apollon en 2004 puis à l’ouverture du département des Arts de l’Islam et du Louvre-Lens en 2012. Au Royaume-Uni, ce qui aurait pu relever du fait divers est devenu un véritable mode opératoire pour les membres du collectif dont les musées sont devenus la cible depuis le début de l’été. « Les preuves scientifiques sont sans appel : le changement climatique menace le bien-être de l’humanité et la santé de la planète, explique Just Stop Oil, persistant dans cette ligne alarmiste qui triomphe dans les médias. Remettre le changement à plus tard fermerait définitivement la porte à tout espoir de rendre l’avenir supportable ». Dans la même veine, en mai dernier, un homme avait entarté le Joconde : « Tous les artistes, pensez à la Terre. C’est pour ça que j’ai fait ça. Pensez à la planète ».

Les stades et les musées au banc des accusés

Si les musées et autres institutions culturelles sont la nouvelle cible des écolos, ceux-ci ne se cantonnent pas à leurs portes closes. Début juin, une jeune femme s’était attachée par le cou au poteau du filet du court lors d’un match du tournois de Roland-Garros en expliquant : « Nous sommes en 2022 et il est temps de regarder la réalité en face, le monde vers lequel nous envoient les politiques est un monde vers lequel Roland-Garros ne pourra plus exister ». Le 9 juin au Canada, les membres de Save Old Growth, la branche canadienne du mouvement, s’étaient liés à la cage d’un but pour perturber un match de football au BC Place Stadium de Vancouver tandis que le 3 juillet en Grande-Bretagne, les militants de Just Stop Oil s’étaient assis sur la piste du circuit de Formule 1 du British Grand Prix à Silverstone. Début juillet, la branche française du collectif, Dernière Rénovation (en partie formée par d’anciens membres du groupe Extinction Rébellion), membre du même groupe international Réseau A22, avait quant à elle entamé une campagne de perturbation du Tour de France. « Nous ferons tout ce qui est pacifiquement nécessaire, explique le groupe sur son site. Pour protéger notre génération et toutes les générations futures. Tel est notre droit inaliénable, et notre devoir le plus sacré ». Depuis, la compétition de cyclisme s’est vue interrompue à de nombreuses reprises par les activistes, que ce soit lors de la dixième étape menant à Megève ; de la quinzième entre Rodez et Carcassonne et de la dix-neuvième entre Castelnau-Magnoac et Cahors. « Nous regrettons d’incommoder ainsi cette compétition sportive et nos concitoyens, expliquait alors le groupe dans un communiqué, nous devons faire plier le gouvernement afin qu’il respecte les engagements qu’il s’est lui-même fixés ».

Jusqu’à quand devrons nous supporter le harcèlement de minorités qui prétendent détenir la vérité ? Il ne s’agit pas de leur contester la liberté de s’exprimer, mais de les empêcher d’entraver la liberté des autres. Espérons que la police et la justice saurons réagir à ces actes contraires à la démocratie et au respect humain ?

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