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Le libéralisme est le seul vrai humanisme

Cet article a été publié dans le Journal des libertés (printemps 2022)

par Pascal Salin
Le discrédit dont souffre le libéralisme à notre époque, dans de nombreux pays, est un phénomène étonnant et regrettable. En réalité, ce discrédit repose sur des caricatures du libéralisme, complaisamment répandues par ceux qui ont intérêt à le combattre ou qui ignorent –parfois volontairement – ce qu’est le vrai libéralisme. Ainsi, on prétend que le libéralisme soutient les riches contre les pauvres, qu’il donne aux êtres humains pour seul objectif de rechercher des avantages matériels, qu’il prône l’égoïsme, etc. Rien n’est plus faux, et c’est pourquoi tous ceux qui aiment la vérité devraient se préoccuper de mieux connaître le libéralisme. Malheureusement, tout le monde a rarement l’occasion de faire ce réexamen intellectuel, et je suis frappé, par exemple, par le fait que tous les jeunes qui découvrent par hasard une explication correcte de ce qu’est le libéralisme sont stupéfaits de trouver sa cohérence intellectuelle et son fondement éthique.

Le libéralisme consiste à développer des idées basées sur le comportement individuel et les objectifs individuels pour analyser ou promouvoir le fonctionnement d’une société. Et c’est pourquoi le libéralisme doit être considéré comme un véritable humanisme, puisque l’humanisme signifie une façon de penser ou d’agir cohérente avec ce que sont les êtres humains. Par ailleurs l’humanisme peut être considéré comme le fondement de l’éthique puisque les actions et les pensées éthiques impliquent d’être respectueux de la nature même des êtres humains.

En effet, le libéralisme est à la fois une méthode d’analyse et une éthique. C’est une méthode d’analyse parce qu’il consiste à penser – et cela devrait être évident – que l’on ne peut comprendre le fonctionnement d’une société qu’en ayant une vision réaliste de ce qu’est un être humain, de sa nature profonde, de son comportement. Une société n’est pas une sorte de grande machine, mais un ensemble d’hommes et de femmes qui ont – chacun d’entre eux – leur propre individualité, mais qui interagissent les uns avec les autres et sont donc, de ce point de vue, nécessairement solidaires les uns des autres. Pour donner une illustration du problème, les économistes développent assez souvent des analyses de ce qu’on appelle la « macroéconomie ». Mais ils définissent éventuellement des concepts discrétionnaires – comme le « revenu national » – qui n’ont pas forcément de lien avec les comportements individuels. Ainsi, ils peuvent en déduire des propositions économiques qui ne respectent pas les comportements et les objectifs individuels, de sorte qu’elles ne sont pas efficaces et, surtout, qu’elles ne sont pas cohérentes avec l’éthique. Pour éviter de telles erreurs, de nombreux intellectuels sont favorables à ce que l’on appelle la praxéologie, c’est-à-dire la science de l’action humaine. C’est le cas, notamment, de Ludwig von Mises dans son ouvrage L’action humaine, et plus généralement de la théorie économique dite autrichienne (initialement développée par Carl Menger, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek). Les « autrichiens » considèrent à juste titre qu’il est nécessaire de commencer toute analyse sociale par des hypothèses réalistes sur le comportement des individus.

En ce qui concerne l’éthique libérale, elle implique qu’il existe un devoir universel de respecter les droits légitimes de chacun. Bien entendu, chacun d’entre nous a également ses propres principes moraux personnels concernant la manière de se comporter avec les autres. Ces morales personnelles sont hautement respectables, à condition toutefois qu’elles ne soient pas incompatibles avec l’éthique universelle du respect des droits légitimes d’autrui.

On peut dire que les valeurs libérales sont des valeurs chrétiennes ou du moins qu’elles sont pleinement compatibles avec elles. C’est le christianisme qui a permis l’émergence de la liberté individuelle dans le monde occidental et qui a, en outre, permis le décollage économique et la sortie de la pauvreté de masses innombrables. Avec le christianisme, comme avec le libéralisme, l’être humain n’est pas un simple rouage de la grande machine sociale, mais une personne qui mérite le respect en tant que telle.

Le libéralisme et le christianisme partagent une base commune en termes de valeurs universelles. Mais, bien sûr, à l’intérieur de ce cadre général, chacun peut développer ses propres concepts moraux. Ainsi, le christianisme considère l’altruisme comme une vertu. Mais cela n’est pas incompatible avec le libéralisme. En effet, un libéral doit être intransigeant avec le devoir universel de respecter les droits d’autrui, mais il ne prétend pas suggérer une conduite particulière aux êtres humains, par exemple suggérer – ou, encore moins, imposer – un comportement altruiste ou égoïste envers telle ou telle personne ou catégorie de personnes. Il considère qu’il s’agit là d’une question de responsabilité personnelle et qu’il est de son devoir de respecter cette éthique personnelle tant qu’elle ne contredit pas le devoir universel de respect des droits d’autrui. C’est pourquoi il est absurde de dire que le libéralisme soutient l’égoïsme. Fondé sur un respect absolu des individus, le libéralisme s’abstient de porter des jugements sur la conduite et les opinions des individus, à moins qu’ils ne portent atteinte aux droits légitimes d’autrui. Ainsi, il considérera le comportement généreux d’une personne comme parfaitement respectable. Mais il contestera la prétention de l’État à redistribuer les ressources en recourant à la coercition, ce qui constitue en soi une atteinte à la liberté et aux droits des individus. La solidarité est digne de respect lorsqu’elle est volontaire ; elle ne l’est pas lorsqu’elle est obligatoire. Dans ce dernier cas, d’ailleurs, elle est d’autant moins une valeur morale qu’en réalité elle est le plus souvent utilisée comme un moyen pour les hommes politiques de servir leurs intérêts personnels : Ils obtiennent des voix aux élections en distribuant les ressources qu’ils ont prises de force à certains contribuables. Et ceci est d’autant plus contestable que de nombreuses personnes supportent le poids des impôts sans le savoir.

En se donnant un quasi-monopole dans l’exercice de la solidarité, l’État détruit la solidarité naturelle. Il détruit les incitations à travailler, à épargner, à innover et à entreprendre pour créer des ressources (puisqu’il prélève une grande partie des fruits de tous les efforts), ce qui compromet la prospérité de tous et nuit en particulier aux plus pauvres. Mais dans le même temps, il détruit la propension des individus à faire preuve de générosité, car ils sont amenés à considérer que ce rôle est joué par l’État.

Cela montre combien il est faux de prétendre que le libéralisme est attaché à des valeurs matérielles, qu’il défend les riches contre les pauvres, les puissants contre les opprimés. C’est au contraire un interventionnisme étatique qui, en privant les individus du plein exercice de leur liberté, provoque une guerre de tous contre tous. Comme l’a si bien dit le célèbre économiste français Frédéric Bastiat au début du XIXe siècle, « l’État est la grande fiction par laquelle chacun cherche à vivre aux dépens de tous les autres ». Il ne faut donc pas s’étonner si, dans un pays comme la France, on a le sentiment que la plupart des citoyens sont aigris, exigeants, frustrés : leur sort ne dépend plus que marginalement de leurs propres efforts et de leur sens des responsabilités, il dépend de ce que l’État va leur prendre et leur donner dans cette guerre de tous contre tous.

Quel contraste avec ce que serait une société parfaitement libérale, fondée sur la liberté de chaque individu et donc sur la responsabilité individuelle ! Une telle société, totalement respectueuse des droits de chacun, serait pacifique et prospère. Elle permettrait à chacun de vivre selon ses propres principes moraux, ses propres objectifs et ses propres décisions. Ne pourrions-nous pas alors faire confiance aux êtres humains pour construire, par leurs interactions, la société pacifique que chacun d’entre nous désire profondément au sein de sa société ? Et ne faut-il pas s’étonner que les citoyens remettent tant de décisions concernant leur vie à des hommes et des femmes qui ne sont pas choisis pour leur sens de l’éthique ni d’ailleurs pour leurs compétences, mais le plus souvent pour les promesses qu’ils font et qui sont financées par la captation de ressources qu’ils n’ont pas créées et qui ne leur appartiennent donc pas ? Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner non plus que dans ce monde immoral construit par les hommes d’État, on trouve toutes sortes de scandales de corruption et d’enrichissement illicite à travers le monde. Ce sont évidemment les mêmes qui partent en guerre contre le libéralisme parce qu’il menace leurs privilèges et leurs spoliations. Ils n’hésitent pas à travestir la réalité et à présenter le libéralisme comme ce qu’il n’est pas. Dans ce monde terriblement politisé dans lequel nous nous trouvons malheureusement, la confusion des idées atteint un niveau incroyable. On en vient à reprocher aux politiques dites libérales (qui ne le sont pas) les échecs dus à l’interventionnisme étatique. Et on en vient même parfois à prétendre que le libéralisme est un totalitarisme, alors qu’il est et a toujours été le seul véritable ennemi du totalitarisme !

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