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Guerre en Ukraine : de quel droit imposerait-on quoi que ce soit à des Etats souverains et des peuples libres ?

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Plus de 20 % du territoire ukrainien est occupé par les Russes. Des villes et des villages détruits, des milliers de victimes, des millions de réfugiés… Et pourtant, le service après-vente de Poutine fonctionne toujours.

La thèse d’une OTAN se précipitant, dès la fin de la guerre froide, pour s’étendre à l’Europe centrale et orientale ne correspond pas aux faits historiques

Le maître tout-puissant du Kremlin a décrété que l’Ukraine et la nation ukrainienne n’existaient pas ? Fadaises. Intox. Et de toute façon ce n’est pas le plus important. Le plus important – et là, on nous sert une fois de plus la farce préférée de l’ancien lieutenant-colonel du KGB – c’est que les Etats-Unis ont promis à la Russie, en 1990, après la chute du mur de Berlin, que l’OTAN « ne s’étendra pas d’un pouce vers l’est », selon les traductions consacrées.

Or, c’est faux. Mikhaïl Gorbatchev, à l’époque encore président de l’URSS, l’a dit on ne peut plus clairement : « L’expansion de l’OTAN n’a jamais été discutée durant ces années-là… le seul sujet abordé a été la présence des troupes de l’OTAN sur le territoire est-allemand après la réunification ». Son traducteur d’alors, Pavel Palajcenko, maintenant chef du département des relations internationales de la Fondation Gorbatchev, l’a récemment et non moins clairement confirmé.

C’est aussi ce qui ressortait du discours de l’ancien secrétaire de l’OTAN, Manfred Wörner, le 17 mai 1990. Il y était question de la présence des troupes de l’Organisation (à l’exception des soldats ouest-allemands) en Allemagne de l’Est pour une certaine durée. Cela n’avait rien à voir avec les pays de l’Est et l’élargissement de l’OTAN. D’ailleurs, la thèse d’une OTAN se précipitant, dès la fin de la guerre froide, pour s’étendre à l’Europe centrale et orientale ne correspond pas aux faits historiques. En premier lieu, cette alliance – défensive – n’est pas un Politburo : elle appartient à ses États membres qui prennent leurs décisions par consensus. Plus encore, en 1997, le président Bill Clinton a refusé, plusieurs fois, l’offre de Boris Eltsine d’un « gentlemen’s agreement » selon lequel aucune ancienne république soviétique n’entrerait dans l’OTAN : « Je ne peux pas prendre d’engagements au nom de l’OTAN, et je ne suis pas dans la position de mettre mon veto, contre aucun pays quel qu’il soit, à son expansion, et encore moins de vous laisser, vous ou n’importe qui d’autre, le faire… L’OTAN fonctionne par consensus ». Enfin, l’entrée de pays d’Europe centrale et orientale n’est intervenue qu’en 1999, soit une décennie après la chute du mur de Berlin et, avant l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014, les forces de combat terrestres de l’OTAN stationnées dans ces pays étaient insignifiants. Au moment de l’invasion de l’Ukraine en février, il y avait moins de 8 000 soldats de l’OTAN stationnés dans les pays membres, de la mer Baltique jusqu’à la mer Noire. Pas vraiment une menace pour la Russie…

Faut-il rappeler aussi qu’en diplomatie (comme en justice), une « promesse » n’a strictement aucune valeur ? Seuls les accords écrits et signés en ont. Comme par exemple le Mémorandum de Budapest (1994) que nos vendeurs de mensonges poutinistes oublient de citer. Pourtant, la Russie l’a bien signé, reconnaissant l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qui en échange renonçait à son arsenal nucléaire. Faut-il rappeler d’autres documents dans lesquels la Russie fut associée à l’élargissement de l’OTAN, obtenant des contreparties notables : le Partenariat pour la paix (1994), l’Acte fondateur OTAN-Russie (1997) et un Conseil OTAN-Russie (2002), avec un champ de coopération élargi ? Sans oublier que, lorsque les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN décidèrent de déployer une défense antimissile, ils proposèrent à la Russie de coopérer. C’était en en 2013. Poutine avait refusé.

Par quelle étrange morale, surtout quand on est soi-même bien au chaud sous protection, s’offusquerait-on de ce qu’un pays menacé cherche à se défendre ?

Prétendue promesse donc au sujet de l’OTAN et vrai mensonge. Il s’ajoute aux autres, censés « justifier » l’envahissement de l’Ukraine. Mais c’est un leurre qui voudrait nous détourner du problème de fond : de quel droit empêcherait-on, et même voudrait-on empêcher, des pays indépendants, démocratiques, souverains et des peuples libres d’adhérer à l’OTAN, ou d’ailleurs à toute autre organisation internationale ? Par quelle étrange morale, surtout quand on est soi-même bien au chaud sous protection, s’offusquerait-on de ce qu’un pays menacé cherche à se défendre ? De quelle curieuse éthique peut-on se réclamer pour approuver le dépeçage d’un Etat, comme l’a fait un vieil embaumé de la politique, l’ancien Secrétaire d’Etat américain, Henry Kissinger, soutenant que l’Ukraine devrait céder une partie de son territoire ? A-t-on déjà oublié que la « doctrine Kissinger » n’a fait que revigorer l’impérialisme de l’URSS qui, durant les années 1970, s’est imposé encore plus durement en Asie, en Amérique latine et en Afrique ? Alors que, comme l’explique très bien Thierry Wolton dans son « Histoire mondiale du communisme », M. Kissinger a renforcé la dictature chinoise en lui livrant des secrets militaires et des informations satellitaires ? Comment nos poutinolâtres réagiraient-ils si Kissinger disait trouver normal que l’Italie revendique la Corse, que l’Allemagne veuille récupérer l’Alsace… et que la France, ne lésinons pas, débarque en Louisiane pour y rétablir ses droits ?

Quand on ne voit plus les peuples, leurs existences, leurs souffrances que comme des accessoires pour se faire un nom dans l’Histoire, quand toute compassion a disparu (rappelons que le mot signifie « souffrir avec » et non avoir pitié) dans l’âpreté des ambitions ou la glaciation des tactiques politiques, quand on ne fait que calculer sans plus rien sentir, on devient un robot de la politique et un ennemi des peuples.

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15 commentaires

Bernard 9 juin 2022 - 5:59

Concernant l ‘Otan et la Russie , cet article contredit les déclarations de Roland Dumas…
https://m.youtube.com/watch?v=uDyfjfbfSyo

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Nicolas Lecaussin 9 juin 2022 - 9:00

Tout à fait. Il n’était question que d el’Allemagne d el’Est… De plus, il faut se rappeler, Mitterrand était contre la réunification… Et, comme je le dis dans mon article, de quel droit décidaient ils à la place des Etats libres ?

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Bernard 9 juin 2022 - 6:14 Répondre
Nicolas Lecaussin 9 juin 2022 - 8:58

The Guardian n’est pas vraiment ma lecture préférée, il est à gauche. Mais c’est vrai que l’option militaire aurait été préférable…
Cordialement

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Daniel 1945 9 juin 2022 - 7:42

l’Ukraine brûlé et l’Europe, le monde, l’OTAN, l’ONU regardent sans bouger le petit doigt

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Nicolas Lecaussin 9 juin 2022 - 8:55

Tout à fait ! C’est très inquiétant !

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Daniel 1945 9 juin 2022 - 7:43

Lire brûle

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REMI 9 juin 2022 - 8:20

Depuis que le monde est monde, il y a eu des conquérants ou des envahisseurs et des conquis… !
Comment les pays ont-ils trouvé leurs frontières à travers leurs Histoire… ?
Découpages et redécoupages définis par les conquérants qui soumettent les envahis… tout Simplement…!

C’est l’Histoire du monde qui se perpétue tout simplement…

Les « Institutions » et autres « Organisations mondiales » ne sont que des structures séquentielles qui n’ont aucune action sur le circonstanciel géré par les dirigeants de chaque pays….
Alors :
Que l’on arrête en 2022 de vouloir refaire l’Homme Politique, Le Dirigeant pour qu’il obéisse à des règles organisationnelles qui ne le concerne pas…

Pourquoi l’Homme politique de 2022 devrait-il être différent de ces prédécesseurs…?

Nous nous faisons beaucoup d’illusions à travers l’influence opérationnel de nos « Machins » comme les définissaient le Générale de Gaulle…

L’Histoire à sa mémoire et ses constances… L’HOMME de 2022 a une fâcheuse tendance à vouloir l’oublier !

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Nicolas Lecaussin 9 juin 2022 - 8:55

Dites-le aux Ukrainiens ! Ou en ’40 aux Français et autres peuples !

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Dudufe 9 juin 2022 - 10:17

Bravo au sujet de la signification exacte du mot COMPASSION. Merci de cette précision.

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VERMERSCH 9 juin 2022 - 3:34

J’ai un peu de mal à comprendre le parti-pris de l’IREF dans cette affaire. Depuis des décennies les Américains et leurs vassaux s’immiscent dans la gestion d’états souverains et on trouve cela normal (l’attaque de l’OTAN sans mandat de l’ONU contre la Serbie en 1999 restara dans les annales). Mais quand il s’agit des russes alors c’est un scandale. Deux poids, deux mesure, l’IREF est dans l’air du temps.

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Nicolas Lecaussin 10 juin 2022 - 8:33

Ce sont les Européens qui ont demandé l’aide de l’OTAN en Serbie pour arrêter les massacres ethniques. Ce qui a été le cas. Je ne vois pas vraiment des vassaux mais plutôt des pays qui veulent être protégés ! La Suède et la Finlande souhaitent-ils devenir des vassaux en adhérant à l’OTAN ??Soyons sérieux…

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Picot 9 juin 2022 - 4:44

Pas vraiment une menace pour la Russie? Sans doute mais alors que faisaient ici les soldats de l’OTAN? Du tourisme? Dans le fond vous avez raison, on ne voit pas pourquoi les Russes n’installeraient pas des bases militaires au Mexique, même avec peu de militaires. Vous croyez vraiment que l’oncle Sam ne dirait rien?

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Nicolas Lecaussin 10 juin 2022 - 8:30

Pourquoi, les Américains ont envahi des territoires appartenant au Mexique ? Ils ont installé des missiles orientés vers le Mexique ?

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Mesnil 10 juin 2022 - 8:18

J’ai passé un certain temps dans divers pays de l’est. Le pire est de laisser faire. Mr Lecaussin a raison. Malheureusement, E. Macron n’est pas à la hauteur de la situation ni par sa personnalité ni par ses connaissances qui manquent cruellement d’expérience et de compréhension ni par une vraie vision d’avenir. Tout le monde ne peut pas être De Gaulle même lorsqu’ils s’en réclament pour épatet la galerie.

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