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Plus d’entreprises, moins d’assistance : libérons la Martinique !

Nicolas Lecaussin dans Valeurs Actuelles

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manifestations en Martinique
Nicolas Lecaussin, directeur de l’Iref (Institut de recherches économiques et fiscales), analyse les raisons de la cherté de la vie dans les Antilles. Il faut revoir le modèle économique de la Martinique et la soustraire au joug administratif et fiscal.

La mobilisation contre la vie chère qui a agité la Martinique à la fin de l’année 2024, avec son lot d’émeutes et de destructions, a fini par désigner son bouc émissaire : les entreprises de la distribution et leurs “superprofits”. Un tour de force quand il s’agit d’une économie structurellement déficitaire et enclavée qui importe près de 90 % de ce qu’elle consomme… La réalité, c’est que la Martinique survit sous perfusion publique et que la baisse du coût de la vie qu’attendent justement les populations locales ne se fera pas sans un décollage économique préalable. Libération fiscale et rigueur budgétaire doivent être les deux piliers d’une refonte du modèle économique martiniquais.

Les entreprises : boucs émissaires de la “vie chère”

Le 13 janvier dernier, les acteurs de la distribution en Martinique ont été assignés en justice à la suite d’une plainte déposée au tribunal de Fort-de-France pour “entente” et “abus de position dominante”. Les quatre plaignants, des lanceurs d’alerte, avaient déjà fait montre de leur zèle militant quelque temps plus tôt en s’attaquant au groupe GBH — le leader de la grande distribution dans les outre-mer —, sommé de rendre publics ses comptes consolidés. Ainsi, le principal chef d’accusation de cette “plainte citoyenne” porte sur cette idée fantasmée selon laquelle la concentration du marché alimentaire martiniquais entre des groupes complices expliquerait la flambée des prix. Continuant à tirer sur cette ficelle, les mêmes détracteurs expliquent avec sérieux que la solution qui s’impose est la main dure de l’État. L’objectif est de jeter à bas ce pseudo-système inique de spoliation des biens des consommateurs.

Pourtant, un rapide examen des faits balaye ce réquisitoire. La cherté de la vie en Martinique, comme d’ailleurs dans le reste des outre-mer, s’explique d’abord par l’éloignement des sources d’approvisionnement et ensuite par le poids des taxes sur les importations. Pour une île qui ne produit presque pas ou très peu des produits alimentaires qu’elle consomme, l’écart de prix de 40 % avec l’Hexagone est généré par les surcoûts significatifs de la chaîne de valeur : transport, logistique, frais portuaires, taxes sur les importations, taxes sur le carburant… Un éloignement d’autant plus coûteux que le fret des produits alimentaires coûte marginalement plus cher que celui des autres produits. Le coût d’un conteneur étant le même pour des MacBook que pour des paquets de pâtes Panzani, il paraît évident que l’impact du coût d’acheminement est bien supérieur sur des marchandises alimentaires peu chères comparé à celui de marchandises dont la valeur est élevée.

Les marges nettes des distributeurs du même ordre de grandeur qu’en Europe

Quant aux accusations de marges excessives et de concentration soi-disant abusive des acteurs de la distribution sur le marché martiniquais, la situation antillaise se révèle au contraire comparable à celle de la France hexagonale. Avec un marché étroit de 350 000 habitants, la grande distribution martiniquaise est partagée entre sept acteurs — GBH détient 26 % des parts —, tandis que six se répartissent 90,5 % des parts de marché dans l’Hexagone (Leclerc, Carrefour, Les Mousquetaires, Coopérative U (Système U), Auchan, Lidl) —, Leclerc en détenant 25 %. Les marges nettes des distributeurs étant, elles aussi, du même ordre de grandeur qu’en Europe, il devient clair que cette vague de critiques n’est pas autre chose qu’une nouvelle manifestation de cette rengaine socialiste qui fait tour à tour du “patron”, des multinationales et des riches la cause première de tous les maux économiques. Une hostilité résumée par l’agressivité d’un Manuel Valls qui déclarait récemment à l’Assemblée : « De grands groupes très performants, voire un grand groupe très performant, jouent souvent un rôle d’étouffement de l’économie et du pouvoir d’achat […]. »

Les populations antillaises pâtissent moins de l’opacité chimérique des profits générés par les entreprises que du joug fiscal et administratif de l’État entravant toute compétitivité.

Il est donc urgent de revenir à un principe de réalité : les entreprises ne sont pas le problème mais la clé. Rien qu’au cours de l’année 2024, un groupe de distribution comme GBH a investi près de 90 millions d’euros en Martinique et fait travailler 2 100 employés localement. Est-ce une bévue ou une bonne nouvelle pour ce territoire ? En fait, les populations antillaises pâtissent moins de l’opacité chimérique des profits générés par les entreprises que du joug fiscal et administratif de l’État entravant toute compétitivité. Un récent rapport intitulé Les outre-mer, notre défi commun, et réalisé à la demande de l’Élysée, montre ainsi les “effets pervers” de la fiscalité et de la suradministration en vigueur dans les outre-mer tout en préconisant « une remise en cause radicale du modèle économique actuel, générateur d’inégalités profondes et principale cause d’un coût de la vie prohibitif ».

L’octroi de mer, une taxe qui date de 1670

Les chercheurs ont le mérite de mettre en évidence l’inanité d’une taxe comme “l’octroi de mer”, qui avait déjà fait l’objet d’une analyse au vitriol dans un rapport de la Cour des comptes de mars 2024. Créée en 1670, cette taxe rafle le titre de plus vieil impôt de France ! Elle sert d’une part à financer les collectivités locales, mais aussi, comme le note la Cour, « à compenser les surcoûts subis par les entreprises locales en raison des handicaps structurels des territoires ultramarins et à les protéger de la concurrence extérieure ». Une forme de protectionnisme interne, qui contribue à un surcroît de hausse des prix à la consommation, et qui touche majoritairement les produits alimentaires. Encore une fois, ce sont les ménages les plus modestes qui payent la facture de l’appareil fiscal. De son côté, la production locale ne s’en est pas mieux portée et reste confidentielle, tandis que les échanges commerciaux régionaux sont largement limités par les normes européennes sur certains produits.

Le poids accablant de la fonction publique

Pire encore, le rapport commandé par l’exécutif pointe du doigt la surrémunération des fonctionnaires ultramarins, bénéficiant d’une majoration de leur traitement indiciaire mensuel qui atteint 40 % aux Antilles et en Guyane.

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