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« L’autre art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs », de Benjamin Olivennes

vendredi 18 juin 2021, par Philbert Carbon

Il en va de l’art contemporain, comme de bien d’autres sujets – réchauffement climatique, immigration, PMA et GPA, etc. –, ne pas adhérer à la doxa officielle vous range d’emblée dans la catégorie des ignares, des ringards, des réacs, voire des fachos ou des fous.

Il faut aujourd’hui un peu de courage pour dire ouvertement que vous n’appréciez pas Jeff Koons, que vous trouvez inepte le veau dans le formol de Damien Hirst, choquant le « Piss Christ » d’Andres Serrano, obscène le « Tree » de Paul McCarthy, ou vaine la « Fontaine » de Marcel Duchamps. Benjamin Olivennes, malgré son jeune âge (31 ans), fait donc preuve d’un certain courage, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de lucidité, quand il qualifie l’art contemporain d’escroquerie.

Ni œuvre, ni beauté, ni représentation du monde

Olivennes rassure ceux qui restent hermétiques à cette forme d’expression en martelant : « Ne vous y trompez pas : pour reprendre le nom du malheureux qui est devenu le symbole de tout ce système, personne ne trouve aucun intérêt à Jeff Koons. Personne. Personne n’a jamais été ému, bouleversé, épaté, admiratif, devant une de ses œuvres, non plus que devant les œuvres de la plupart des ‘artistes’ qui dominent aujourd’hui. Ils n’ont d’intérêt et de valeur que pour les milliardaires qui s’arrachent leurs objets comme preuve de leur appartenance au monde des milliardaires, avec la villa sur la Côte-d’Azur et le jet privé ; et pour ceux d’entre nous qui sont intimidés par des prix aussi faramineux et se disent qu’ils doivent louper quelque chose » (p. 11).

Le livre est donc, on l’aura compris, une critique de ce qu’on désigne sous le nom d’art contemporain et qui est avant tout, selon Olivennes, une idéologie entretenue par les collectionneurs les plus riches, le ministère de la culture et ses musées, les écoles des beaux-arts, les critiques, etc. Un art contemporain qui fait disparaître l’admiration pour l’objet singulier qu’est l’œuvre. « Les artistes du passé dont le nom est parvenu jusqu’à nous suscitaient l’admiration, et cette admiration se portait sur les œuvres qu’ils étaient capables, et eux seuls, de produire » (p. 20). Ainsi, en rencontrant une œuvre, on se demande, « mais qui a peint cela ». Alors qu’avec le prétendu art contemporain, il faut qu’on nous dise que « tel bidule auquel on ne prêtait pas attention et qui n’avait aucun intérêt » est signé untel pour qu’on y jette un œil. Les œuvres deviennent secondes. Elles disparaissent même complétement parfois, à l’instar de « Girl with Balloon » de Banksy qui s’est partiellement autodétruite juste après avoir été adjugée plus d’un million d’euros chez Sotheby’s.

Benjamin Olivennes adopte résolument un point de vue « classique » pour lequel « l’art repose sur deux pôles inchangés depuis Lascaux : l’observation de la réalité sensible, et sa mise en forme par l’intelligence ; le monde, et l’œuvre ; la vérité, et la beauté ; le monde en trois dimensions, dans l’espace et dans le temps, et sa recréation en sculpture ou sur une surface plane. Cette opération, que les Grecs appelaient la mimésis, et que nous pourrions appeler la représentation, ou la figuration, permet une circulation entre l’œuvre et le monde : l’œuvre n’est pas le monde, mais elle le représente (en le stylisant) ; et par l’œuvre j’apprends à retrouver le monde » (p. 25). Une définition de la beauté excluant – on pourra le regretter – l’abstraction qui ne serait que « le plaisir des sens, l’harmonie des formes et des couleurs, la petite sensation ».

Quels sont les vrais artistes contemporains ?

Mais Olivennes ne se contente pas de critiquer l’art contemporain, ce que beaucoup d’autres ont fait avant lui. Il propose aussi, et surtout, les artistes qui, selon lui, aujourd’hui méritent l’attention de l’amateur éclairé.

La lignée dans laquelle il inscrit ses choix est claire : « Bonnard, Vuillard, Morandi, Hopper, Balthus, Giacometti, Freud, et Picasso et Matisse bien sûr, forment l’histoire véritable de la peinture au XXe siècle ; une histoire où Kandinsky, Malevitch, Dali, Magritte, Pollock, Rothko comptent mais un peu moins qu’on le croit ; et où Warhol (graphiste de talent, certes), Beuys, Manzoni, Fontana, Yves Klein, etc., je dois le dire, ne comptent pas du tout » (p. 56).

Benjamin Olivennes cite beaucoup d’artistes, mais neuf retiennent particulièrement son attention : « Cinq nés avant-guerre, et désormais tous morts : Music, Mason, Truphémus, Arikha et Szafran. Quatre nés après, et bien vivants : Sécheret, Desmazières, Chiara Gaggiotti, Denis Monfleur » (p. 86).

On sent que Sam Szafran est son préféré. D’abord parce qu’Olivennes a choisi un tableau de cet artiste pour illustrer la couverture de son livre. Ensuite, parce qu’il affirme qu’une « exposition rétrospective de son œuvre à Beaubourg par exemple, dans les années 1980 ou 2000, aurait stupéfié le monde entier, et aurait rendu instantanément à la France son rang dans le monde des arts » (p. 103). Rien de moins !

On laissera le lecteur se faire lui-même son opinion, car il semble qu’une rétrospective pourrait se tenir dans les années prochaines à Paris, sans doute au musée de l’Orangerie. D’ici là, internet permettra de (re)découvrir l’artiste, et les autres qu’Olivennes distingue.

L’art français détruit par l’État

Pour terminer, Benjamin Olivennes soutient l’idée qu’il existe bel et bien un art français, et que c’est pour lui que nombre d’artistes sont venus en France : Picasso, Van Gogh, Soutine, etc. Un art français qu’il conviendrait de retrouver, de magnifier. Car tous les grands artistes qui ont conquis le marché de l’art l’ont fait « parce qu’ils étaient de quelque part, et qu’ils faisaient de ce quelque part l’un des sujets de leur art. Tous ces artistes ont fait naître du nouveau en se nourrissant de l’ancien. Ils se sont inscrits dans un héritage, et ils ont augmenté cet héritage. Ils ont regardé vers le passé, et ce faisant créé une œuvre qui rend notre présent digne d’être aimé. Ils ont été novateurs parce qu’ils se savaient héritiers » (p. 150). Tout le contraire donc des pseudo-artistes qui cherchent à déconstruire et à provoquer.

A ce sujet, on pourrait penser que la promotion de l’art français soit une tâche dévolue au ministère de la Culture. Il n’en est rien. Olivennes constate au contraire que « le triomphe de l’art contemporain chez nous et l’éclipse de l’art français dans le monde coïncident étrangement avec la naissance du ministère de la Culture en 1958, et son expansion jacklangienne en 1981 » (p. 35). Le déclin de l’art français aurait donc tout à voir avec l’expansion de l’État. En effet, écrit Olivennes, « la peinture française domine le monde entre 1870 et 1940 », à l’époque de la IIIe République. Sans doute parce que « dans une démocratie parlementaire libérale, la politique n’est pas au cœur de la vie, et l’État n’est pas partout, ce qui donne du temps à la société civile pour s’occuper de littérature, de peinture, de musique, et d’inventions technologiques (avion, téléphone, radio, automobile, cinéma, construction d’Eiffel…  » (p. 164).

Le livre de Benjamin Olivennes prend à revers le politiquement correct, ce qui est toujours réjouissant. Il nous fait découvrir des artistes, ce qui est enrichissant. Il prend clairement position, ce qui est stimulant même si on ne partage pas toujours ses vues.

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Vos commentaires

  • Le 19 juin à 05:17, par gaston79 En réponse à : « L’autre art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs », de Benjamin Olivennes

    Méfions-nous de ceux qui, comme ici Mr Olivennes, tentent d’enfermer dans des références, des définitions ou des catégories qu’ils érigent eux-mêmes et veulent imposer aux autres en parfait terroriste de la culture administrée, leurs goûts et préférences personnelles tout en disqualifiant tout le reste.
    Le débat sur "est-ce de l’art" ou n’en n’est ce pas n’a strictement aucun intérêt par rapport aux réactions émotives, culturelles, intellectuelles, ou simplement amusées ou étonnées que chacun peut avoir spontanément devant une "oeuvre", fût-elle celle d’enfants ou de fous comme par exemple dans l’art brut.
    Une oeuvre n’a pas besoin de reconnaissance sociale ,i de blanc seing pour exister pour le créateur solitaire qui l’a achevée.
    Pour le reste et là comme ailleurs, c’est le marché qui dit la vérité de la valeur d’une oeuvre, à court terme si elle entre dans l’air du temps, et à long terme si elle entre dans l’histoire pérenne.
    En bref, à chacun ses goûts..

  • Le 19 juin à 15:40, par Shep En réponse à : « L’autre art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs », de Benjamin Olivennes

    1/ on a le droit de préférer Szafran à Koons. Personnellement je ne connaissais pas Szafran mais depuis que j’ai vu la couverture du livre je n’ai aucun regret et oui, il y a des oeuvres de Jef Koons que j’aime , par exemple ses oeufs ou le bouquet offert à la Ville de Paris pour commémorer le massacre du Bataclan. Je connais d’autres personnes dans ce cas, avec une sensibilité artistique. ;Alors il n’est pas vrai que personne n’y trouve d’intérêt.

    2/ certes, je n’aime pas tout le contemporain et je raffole de Bonnard par exemple, et de beaucoup d’anciens ou de modernes. Il y aura du déchet dans le contemporain. Le tri se fera avec le temps.

    3/ il n’y a aucun courage à écrire ce livre, vu que Olivennes s’inscrit dans un courant de pensée, certes anti "mainstream" mais pas inexistant ni cryptique ;
    Et bien des critiques "mainstream" détestent Jeff Koons.
    J’attends avec impatience que sa cote s’écroule pour espérer en acheter un...
    Alors merci M. Olivennes s’il y parvient (mais j’en doute, hélas)

    4/ ce n’est pas à l’Etat (il ne manquerait plus que ça !) de promouvoir l’"art français" qui n’est pas une école particulière, tout au plus un lobby qui n’arrive pas à percer sur les marchés internationaux

    5/ un des plus grands artistes contemporains, Anselm Kieffer, a choisi de vivre et peindre en France et c’était vrai de la grande Joan Mitchell

  • Le 20 juin à 11:04, par Shep En réponse à : « L’autre art contemporain. Vrais artistes et fausses valeurs », de Benjamin Olivennes

    Et au fait merci à gaston79 d’avoir signalé l’art brut à M. Olivennes. C’est un art hors de prix mais si on veut l’admirer pour pas trop cher il y a le magnifique musée d’art brut de Lausanne, qui abrite les oeuvres données par Dubuffet... et dont la France n’a pas voulu !!!

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