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Les chiffres fallacieux du chômage

Le chômage baisse en France et c’est évidemment très satisfaisant. Il est vraisemblable d’ailleurs que ces résultats sont en partie dus aux réformes du droit du travail engagées depuis deux ans et peut-être aussi à l’institution du PFU, la flat tax française à 30% sur les revenus mobiliers qui a encouragé l’initiative. Aussi imparfaites que soient les orientations de la présidence d’Emmanuel Macron, dont le libéralisme d’Etat repose sur cet oxymore et relève d’une incongruité inquiétante, elles ont infléchi la politique en faveur des entreprises.

Toutefois le chômage reste élevé par rapport aux autres pays les plus développés de l’OCDE

L’OCDE calcule des taux de chômage harmonisés en considérant comme chômeurs les individus en âge de travailler mais sans travail, disponibles sur le marché du travail et qui ont accompli des démarches spécifiques pour en trouver. Le taux est ainsi égal au nombre de personnes au chômage en pourcentage de la population active et est désaisonnalisé. La population active est définie comme le nombre total de personnes au chômage plus la population active civile occupée. Sur cette base, le taux de chômage de la zone OCDE était stable à 5.2% fin 2019 quand il était encore à 8,4% en France, à des niveaux de plus de 2 à 3 fois supérieurs à ceux des Etats-Unis (3,5%), du Japon (2,2%), du Royaume Uni (3,5%) ou de l’Allemagne (3,2%). Seuls quatre pays de l’OCDE font moins bien que la France : l’Italie, l’Espagne, la Turquie et la Grèce.

Pour la France, l’OCDE ne décompte que 2 486 000 chômeurs de catégorie A fin 2019 par rapport à une population active de 29,558 millions, soit un taux de chômage estimé à 8,4%. Mais en réalité le nombre de chômeurs recensés par Pôle emploi à la même période en catégorie A est de 3,308 millions, soit un taux de chômage de 11,19% voire de 18,4% si on inclut dans les chômeurs les catégories B et C, ce qui ne paraîtrait pas anormal au regard de la définition de ces catégories qui concernent toutes des personnes en recherche d’emploi :

Catégories de demandeurs d’emploi

Catégorie A :
Personne sans emploi, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi, à la recherche d’un emploi quel que soit le type de contrat (CDI,CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier)
Catégorie B :
Personne ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi
Catégorie C :
Personne ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Le taux d’emploi en France est relativement l’un des plus modestes des pays développés

L’importance du chômage, et plus largement du non-travail en France, est d’ailleurs avérée au travers des chiffres de taux d’emploi qui mesurent l’utilisation des ressources de main-d’œuvre disponibles. Ce taux est calculé en divisant le nombre d’actifs occupés (les personnes de 15 ans et plus qui, durant la période de référence, déclarent avoir effectué un travail rémunéré pendant une heure au moins ou avoir occupé un emploi dont elles étaient temporairement absentes) par le nombre de personnes en âge de travailler, soit celles de 15 à 64 ans. Cet indicateur est désaisonnalisé et est mesuré en milliers de personnes âgées de 15 ans et plus, et en pourcentage de la population en âge de travailler Or le taux d’emploi en France est relativement l’un des plus modestes des pays développés :

Selon les statistiques de l’OCDE, fin 2019, les taux d’emploi étaient :

• Dans l’Union européenne (28 pays), T3-2019 : 69.3 % de la population d’âge actif ;

• Portugal, T3-2019 : 70.8 % ;
• Aux États-Unis, T4-2019 : 71.7 % ;
• Lettonie, T3-2019 : 72.7 % ;
• Lituanie, T3-2019 : 72.9 % ;
• Royaume-Uni, T3-2019 : 75.0 % ;
• Allemagne, T3-2019 : 76.8 % ;
• Suède, T3-2019 : 77.0 % ;
• Nouvelle-Zélande, T4-2019 : 77.3 % ;
• Japon, T4-2019 : 78.1 % ;
• Pays-Bas, T3-2019 : 78.2 % ;
• Suisse, T3-2019 : 80.5 % ;
• Islande, T3-2019 : 82.7 % ;

• France, T3-2019 : 65.2 %.

La richesse est en large partie fonction du travail productif de la population et le taux d’emploi souligne le niveau d’activité des uns par rapport aux autres.

Il faudrait encore prendre en compte et comparer le nombre moyen d’heures annuelles travaillées, désignant, pour une période annuelle donnée, le nombre total d’heures effectivement travaillées divisé par le nombre moyen de personnes ayant un emploi. Or ce ratio est relativement faible dans les pays de la vieille Europe qui travaillent peu. Certes, il faudrait en même temps relativiser ce temps de travail avec le niveau de développement de chaque pays et la productivité moyenne du travail dans chacun d’eux. Il reste que l’écart est important entre pays qui devraient être proches : l’Allemagne et la France avaient respectivement en 2018 un nombre d’heures moyennes ouvrées par travailleur de 1363 et 1520, tandis que ces mêmes indicateurs étaient sur la même année de 1708 au Canada et 1786 aux Etats-Unis.

Nous ne travaillons plus beaucoup en France, et nous cherchons à le cacher. Mais les chiffres ne mentent pas et ils expliquent nos faiblesses. Le retour de la croissance ne se suffira pas de minuscules réformes pour libérer l’économie et la société.

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