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Le gouvernement a trouvé la solution pour maintenir Air France au fond du trou

lundi 29 juin 2020, par Philbert Carbon

Si l’on en croit le FMI, la France sera sur le podium des pays les plus touchés par la crise économique en 2020, avec une baisse de son PIB de 12,5 %, derrière l’Italie et l’Espagne (- 12,8 %). Restreindre volontairement l’activité économique devrait, en toute logique, être la dernière chose à faire. Tel n’est pas l’avis du gouvernement qui, par la bouche de son secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a annoncé la suppression des lignes aériennes intérieures si le train permet de réaliser le trajet en moins de 2h30. Cette mesure est imposée à Air France en contrepartie des aides octroyées par l’État pour tenter de sauver la compagnie.

Non-sens ou politique politicienne ?

Air France annoncera début juillet le nombre de postes qu’elle envisage de supprimer. On parle de 8 000 à 10 000, soit 18 % des effectifs du groupe. Il semble que le gouvernement ait envie d’en rajouter. Car la suppression d’une partie des vols intérieurs ne devrait pas contribuer à redresser l’entreprise.

La mesure s’appliquera à l’ensemble des compagnies aériennes, pas seulement à Air France qui aurait alors été victime d’une « concurrence déloyale ». Aux suppressions de postes de la compagnie nationale, il convient donc d’ajouter de probables licenciements chez d’autres opérateurs. Les sous-traitants, fournisseurs et partenaires des transporteurs aériens devraient également pâtir de la situation, au premier rang desquels Paris-Aéroport et les autres aéroports de province, comme ceux de Bordeaux, Lyon ou Nantes. Orly qui a rouvert vendredi dernier (26 juin) avec moins de 10 % de son trafic normal espère retrouver un tiers de son activité fin juillet et 40 à 45 % fin août.

Ajouter, en pleine récession, des licenciements aux dizaines de milliers déjà annoncés d’une part, et vouloir sauver Air France en réduisant son marché d’autre part, relève assurément du non-sens ou de la folie. L’un étant souvent proche de l’autre d’ailleurs.

À moins, au contraire, qu’il ne s’agisse d’une mesure bassement politicienne et mûrement réfléchie. Il est, en effet, raisonnable de penser qu’à travers cette disposition le gouvernement ait cherché à :
• s’attirer les votes de quelques écologistes à la veille des élections municipales ;
• donner des gages à la convention citoyenne pour le climat. Celle-ci a, en effet, présenté 149 propositions délirantes parmi lesquelles figure la fin des vols intérieurs d’ici 2025 lorsque le trajet équivalent sur rail est inférieur à quatre heures et l’interdiction de construire de nouveaux aéroports ou d’agrandir des aéroports existants. Il aura donc fallu moins d’une journée pour que le gouvernement commence à mettre en œuvre les propositions de cette convention citoyenne. De quoi rassurer les participants sur leur utilité et le sérieux de leurs travaux ;
• privilégier la SNCF, qui devrait être la grande gagnante de l’opération, et ainsi peut-être amadouer certains syndicats au moment où il entend poursuivre sa réforme des retraites.

Les citoyens premiers pénalisés

Quoi qu’il en soit des calculs politiciens, cet arrêt d’une partie des vols intérieurs va nécessairement pénaliser les voyageurs.

Il est d’abord permis de se demander si la SNCF est en capacité d’absorber le flux de passagers. La liaison Orly-Bordeaux compte dix vols aller-retour quotidiens avec 550 000 voyageurs par an. Sur Paris-Lyon, les usagers de l’avion sont 600 000.

Ce monopole accordé à la SNCF sur ces liaisons aura pour effet une augmentation probable du prix des billets de train. Aujourd’hui l’avion peut-être moins cher que le train, et c’est ce qui fait que certaines lignes aériennes perdurent malgré la concurrence déjà forte du rail. Demain, il n’y aura plus d’obstacles à la toute-puissance de la SNCF… et de ses syndicats. En cas de grève, les personnes désirant se rendre à Lyon ou Bordeaux ne pourront plus se tourner vers l’avion. Il leur restera la voiture ou les cars Macron !

Une mesure qui vise à réduire la pollution pourrait donc avoir comme première conséquence de mettre davantage de véhicules sur les routes. D’ailleurs, certains de ceux qui prennent l’avion pour se rendre à Bordeaux le font peut-être parce qu’ils résident plus près de l’aéroport d’Orly que de la gare Montparnasse. Et inversement, il peut être plus pratique à certains Girondins de se rendre à l’aéroport de Mérignac qu’en centre-ville pour prendre le train. Ces centaines de milliers de voyageurs viendront donc s’ajouter à la circulation déjà dense des centres-villes que l’on cherche par ailleurs à réduire par tous les moyens.

Enfin, c’est oublier que Paris n’est qu’une simple escale pour un voyageur sur deux. C’est même 80 % des passagers arrivant à Roissy-Charles-de-Gaulle de Rennes, Nantes, Lyon ou Bordeaux, qui sont en correspondance pour un vol international. Toutes ces personnes devront-elles prendre le train pour se rendre à Paris, puis un véhicule (taxi, VTT, car) pour se rendre à Roissy ? C’est assurément bien pratique, surtout pour les personnes âgées ou à mobilité réduite qui auront à transporter leurs bagages de la gare à l’aéroport.

Les hommes d’affaires qui viennent du monde entier à Bordeaux alimenter le commerce du vin, un des fleurons français, privilégieront-ils toujours la capitale bordelaise s’ils perdent tout leur temps dans les embouteillages parisiens ? Ne préfèreront-ils pas aller dans la Napa Valley ou en Toscane ?

Car les réunions à distance, via Zoom et autres Teams et Skype seront de peu d’utilité pour goûter aux vins primeurs dont le millésime 2019 vient d’être mis en vente. D’autant plus qu’un rapport sénatorial sorti mercredi dernier (24 juin) sur l’empreinte environnementale du numérique nous apprend que le digital représente en France 2 % des émissions de gaz à effets de serre, et qu’il devrait monter à 7 % en 2040, soit davantage que l’aérien, responsable de 5 % des émissions.

Vouloir restreindre les déplacements en avion des Français qui n’aspirent qu’à davantage de mobilité au sortir du confinement n’est déjà pas très malin. C’est surtout une aberration économique et, a priori, aussi écologique.

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