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Pour baisser le chômage, s’attaquer à l’emploi des jeunes !

L’emploi en France continue sa dégringolade, malgré une reprise dynamique dans les pays européens comparables comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Le taux de chômage a atteint en 2015 son plus haut niveau depuis 1997, soit 10,2 % de la population active – 3,6 millions de chômeurs de catégorie A en métropole.

Il a même pris environ trois points depuis la crise de 2008 où il venait d’attendre les 7,4 %. Sur la même période, le taux de chômage allemand est passé de 7,4 % à moins de 5 % en Allemagne en 2015, et alors qu’il a connu une augmentation conséquente au Royaume-Uni (5,6 % en 2008 à 8,1 % en 2011), les Britanniques se rapprochent progressivement du plein-emploi (voir graphique).

Taux de chômage au sens du BIT

Taux de chômage au sens du BIT

Cette situation déplorable est la conséquence d’une faible croissance qui ne compense pas les gains de productivité, d’un ensemble de rigidités sur le marché du travail et d’un manque d’outils adaptés pour la formation et l’insertion des jeunes sur le marché du travail. Mais, surtout, cela est dû à la situation de l’emploi des jeunes, qui sont les premières victimes des fluctuations économiques dans les pays qui manquent de flexibilité sur le marché du travail.

Le chômage des jeunes : la clef pour la baisse du chômage

Le coût horaire du travail en France est l’un des plus élevés d’Europe, avec la Suède et la Belgique : il est notamment supérieur au coût horaire du travail allemand de 8 % alors qu’il lui était inférieur de 7 % en 2000. Les cotisations sociales et les taxes sur salaires représentent 48 % de la masse salariale totale, tandis que ce niveau est de 27 % en Allemagne. Cette réalité économique impose aux entreprises françaises de maximiser la productivité horaire de la main d’œuvre afin de compenser le coût élevé du travail. Et les premières victimes de cette contrainte budgétaire sur les entreprises sont les catégories de main d’œuvre relativement plus coûteuses pour les entreprises en termes de formation, de masse salariale et de ratio productivité / coût salarial : les jeunes et les seniors.

La priorité de François Hollande, lors de la campagne présidentielle de 2012, portait justement sur le chômage des jeunes, qui concerne environ un jeune actif sur quatre en France – un chiffre trois fois supérieur à l’Allemagne (7 %) ou à la Suisse (8,5 %) et presque deux fois supérieur au Royaume-Uni (13,5 %). Dans l’Union européenne, le chômage affecte environ 20 % des jeunes de moins de 25 ans. La France fait donc partie de la moyenne haute du taux de chômage des jeunes en Europe depuis plus d’une dizaine d’années, comme cela est observable sur le graphique ci-après. L’Allemagne a réussi pourtant à résorber le chômage des jeunes malgré la crise économique : elle est même passée de 15 % en 2005 à 7 % en 2015, soit une baisse par deux du taux de chômage des jeunes.

Taux de chômage des jeunes (-25 ans) au sens du BIT

Taux de chômage des jeunes (-25 ans) au sens du BIT

Les solutions au chômage des jeunes

Pour résoudre ce fléau que constitue le chômage des jeunes, il faut donc s’inspirer du modèle allemand, dont le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est le seul à être inférieur à la barre des 10 % en Union européenne. Comment l’Allemagne s’y est-elle prise pour quasiment résorber le chômage des jeunes, dans une période de situation économique incertaine ?

> Ce modèle est caractérisé tout d’abord par un marché du travail flexible et incitatif : les procédures de licenciement ont été facilitées, les prélèvements sociaux sur le travail ont été fortement réduits, l’indemnisation chômage a été raccourcie, les revenus de transfert ont été baissés, les contrats à temps partiel ont été facilités, et la modération salariale a été négociée cas par cas par les partenaires sociaux pour éviter les licenciements de masse.

> La deuxième cause majeure est l’ampleur du système de formation par alternance qui favorise la formation professionnelle des jeunes, et leur insertion dans le marché du travail. L’Allemagne compte ainsi plus de trois fois plus d’apprentis qu’en France : 1,5 millions (16 %) contre 440 000 jeunes (5 %). Le modèle d’apprentissage est d’ailleurs caractérisé par un taux de pré-embauche à l’issue du contrat d’alternance deux fois plus élevé (66 % contre 33 %), une meilleure répartition des contrats dans l’ensemble des secteurs économiques (industrie et services) et dans les entreprises (TPE-PME, ETI, grandes entreprises contre TPE), ainsi qu’un temps de contrat d’apprentissage plus long, et des apprentis plus âgés.

> Enfin, l’absence de salaire minimum interprofessionnel fédéral garantissait jusqu’alors une meilleure adéquation de la rémunération du travail à la productivité des travailleurs, au coût de la vie locale, et aux marges brutes des entreprises en fonction des branches professionnelles. Le niveau des salaires était ainsi beaucoup plus proche du niveau de productivité, tandis qu’en France, la progression des salaires a été supérieure aux gains de productivité depuis la crise, ce qui exerçait une pression à la baisse sur l’offre d’emploi. Toutefois, l’Allemagne vient d’introduire depuis 2015 un salaire minimum fédéral qui risque d’augmenter les coûts salariaux pour les entreprises et de ralentir la création de nouveaux d’emplois. Cela reste cependant à relativiser car le niveau de ce SMIC reste moins important qu’en France par rapport au salaire médian, même si cette mesure risque d’avoir des conséquences difficiles pour l’Allemagne de l’Est, où le coût de la vie et les salaires sont plus faibles.

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Messages (1)

Ah le fameux modèle allemand !

le 8 janvier, 13:51 par seagat

Lorsqu’on regarde les indicateurs de l’OCDE on s’aperçoit que la rigueur du marché du travail en France est la même que celle de l’Allemagne (respectivement 2.82 et 2.84) !

Il n’y a pas de secret pour réduire le chômage seul une diminution du temps de travail peut fonctionner c’est d’ailleurs ce que vous reconnaissez à demi-mots lorsque vous parlez de « faciliter le travail à temps partiel ». il y a cependant deux manières de procéder : soit en appauvrissant les gens comme en Allemagne (je rappelle que le taux de pauvreté en Allemagne est celui qui a le plus augmenter depuis les années depuis après la Roumanie et la Bulgarie !), il a dépassé celui de la France ou bien en menant une réforme à la Française comme les 35h qui ont permis une hausse de l’emploi (d’une ampleur jamais égalée depuis 30 ans) tout en maintenant le niveau des salaires.

la différence entre l’Allemagne et la France c’est qu’en Allemagne considère qu’embaucher un jeune est une chance alors qu’en France on lui demande son expérience pour son premier emploi ! C’est une différence de mentalité. C’est aussi une différence de gouvernance des entreprises : ennAllemag,ne les syndicats participent bien plus à la gestion de l’entreprise, à la construction de sa stratégie et ont des pouvoirs bien plus grands qu’en France. S’il faut copier le modèle allemand qui réussit, c’est vers cela qu’il faut se tourner.

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