Voilà une lettre qui fait couler beaucoup d’encre. Ces derniers jours, plusieurs entreprises françaises (mais aussi espagnoles, britanniques, allemandes…) ont reçu un courrier de l’ambassade des Etats-Unis leur enjoignant de renoncer à toute forme de discrimination positive si elles souhaitent continuer à pourvoir répondre aux appels d’offres de l’État fédéral américain.
En fait, il est demandé à ces entreprises de se conformer au décret 14.173 et de déclarer officiellement qu’elles n’ont « aucun programme faisant la promotion de la diversité, de l’équité et de l’inclusion » (DEI).
Aussitôt des voix se sont élevées pour protester. Le ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, a parlé d’« ingérences américaines ». Le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi évoque une « atteinte à la souveraineté ». Patrick Martin, son homologue du Medef, a jugé la lettre « inadmissible ». La CGT a demandé au gouvernement qu’il s’assure que « les entreprises ne mènent pas de politique contraire à l’égalité entre les femmes et les hommes, ou à la lutte contre le racisme ».
Tout cela amène plusieurs commentaires. Le premier est que les Etats-Unis se comportent ici de la même manière que l’Union européenne et ses États membres qui, avec la directive CS3D par exemple, rendent responsables leurs entreprises des manquements sociaux et environnementaux de leurs fournisseurs, même s’ils sont établis à l’autre bout du monde. Cela ne revient-il pas à imposer au sous-traitant indien ou colombien d’une entreprise européenne de se conformer à la législation communautaire ?
Deuxième commentaire : le client est roi. Après tout, si l’État fédéral américain exige que ses fournisseurs se comportent de telle ou telle manière, c’est son droit. Aucune entreprise française n’est contrainte de répondre aux appels d’offres de Washington surtout quand ses exigences lui paraissent exagérées. En tant que consommateur, j’exige par exemple que les commerçants que je fréquente soient aimables avec moi. Sinon, je vais chez le concurrent.
Troisième commentaire enfin : laissons les entreprises recruter qui elles veulent. En France, la loi oblige les grandes entreprises à nommer au moins 40% de femmes au sein de leur conseil d’administration et de surveillance. Elle contraint aussi les entreprises à employer 6% de personnes handicapées. Aux Etats-Unis, Trump veut désormais que les entreprises cessent de recruter en fonction de la couleur de peau ou de l’orientation sexuelle. A vrai dire, personne ne devrait dire aux entreprises comment et qui recruter. Elles ne devraient pas être contraintes de respecter un quota de femmes ou de personnes noires, en France comme aux Etats-Unis.
D’ailleurs, comme nous l’avons montré, les entreprises françaises ne discriminent pas les femmes, pas plus que les personnes d’origine étrangère. Elles cherchent avant tout des compétences.