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Précarité étudiante : un pléonasme

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Rentrée pour les étudiants, placée, selon les medias, sous le signe de la « précarité ». Certes pour ceux que leurs familles ne peuvent aider, ces années d’études sont difficiles. J’ai fait les miennes à la Sorbonne entre 1967 et 1970, époque lointaine où l’on restait moins longtemps au nid et où parler non plus de son « papa » et de sa « maman » mais de son père et de sa mère, marquait la sortie de la maternelle. J’étais en rupture complète avec mes parents mais l’administration, considérant qu’ils auraient pu financer mes études (ils étaient enseignants), ne m’a pas accordé de bourse. J’ai donc dû me débrouiller. Trouver une chambre : des coups de fil dans des cabines téléphoniques sur le trottoir, des files d’attente de plusieurs heures dans des escaliers, des jours de recherche… pour  12m2 avec seulement un évier et un camping-gaz, au 6ème étage  – sans ascenseur – d’un immeuble crasseux, WC sur le palier, loyer deux fois plus élevé que l’appartement de trois pièces mitoyen. La logeuse m’a fait signer des lettres de congé datées de trois mois en trois mois, qu’elle se serait envoyées en cas de problème. Interdiction de recevoir des garçons (la concierge était une espionne zélée). Trouver un travail : hôtesse dans le terminus d’une petite compagnie aérienne, place de la République. Seule parfois jusqu’au milieu de la nuit, une matraque sous le comptoir. Travail modestement payé, à temps plein, ce qui m’a contrainte à abandonner Sciences Po en seconde année, ne gardant que le doctorat d’anglais. Tellement accaparée, concentrée, fatiguée qu’il m’est arrivé de m’écrouler sur le lino un soir en rentrant et ne ressusciter de mon évanouissement que le lendemain en milieu de journée. Se nourrir : restau U, croque-monsieur bien gras, quiches, œufs durs, rarement des fruits ou des légumes. De quoi ne pas avoir trop faim, mais faire hurler un diététicien. Une amie volait tous les dimanches un rôti : son père, un célébrissime animateur de télé, ne désapprouvait certes pas son désir de devenir comédienne, il lui avait même offert le loyer d’un joli studio mais… pendant un an. Après, il estimait qu’elle devait survivre par ses propres moyens ; elle trouvait ça normal. Elle a donc déménagé dans un lieu encore plus sordide que le mien. Notre budget était serré : une fois le loyer payé, il restait l’équivalent d’à peine plus de 8€ par jour. Et pendant les vacances, la plupart d’entre nous travaillaient. Même si les conditions étaient dures.

La carte étudiant nous apportait quelques avantages, réductions diverses, sécurité sociale… On trouvait bien, surtout à Paris, des vêtements d’occasion, des restaurants végétariens ou des cantines « d’artistes » très peu chers ; mais ce que l’on nomme maintenant, un peu dramatiquement, la « précarité » était le lot de beaucoup. Ce mot avait le sens de « provisoire », sans aucune connotation victimaire. Evidemment, nous aurions sauté de joie si nous avions pu bénéficier de soutiens aussi développés et variés qu’ils le sont devenus : APL, bourses, allocations diverses, aides à la mobilité, programmes internationaux…

Si nous faisions des études, c’était justement parce que nous comptions bien en sortir. J’ai décroché, une année, un job dans un bureau où les employées passaient leurs journées à mettre des lettres dans des enveloppes ; j’étais là pour trois semaines, elles, pour tout le temps de leur vie professionnelle. Même si elles étaient probablement mieux logées et nourries que moi, j’ai apprécié ma chance.

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9 commentaires

François Méar 14 septembre 2023 - 7:26

Bonjour,
Je me reconnais pleinement dans ce que vous écrivez. J’étais étudiant de 65 à 68 à Angers, sans bourse, mais avec la chance d’avoir obtenu une chambre dans une cité U toute neuve non encore pleine d’étudiants car ouverte après la rentrée universitaire. J’ai fait tous les métiers ( pompiste, promeneur de chien, garde d’enfants, veilleur de nuit, vendangeur et jobs d’été pendant 2 mois etc….) pour gagner quelques argents indispensable pour subvenir à mes besoins. Mes parents m’offraient le prix de ma chambre et 1 Franc par repas et par jour car ils avaient aussi les études universitaires de mes soeurs à supporter financièrement et c’était très très lourds pour eux. Bien sur pas de cinéma, pas de sorties sinon celles organisées par la promo car gratuites, pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas de voiture, pas de retour chez mes parents pour les WE, mais Restau U matin et soir et aussi, je l’avoue aujourd’hui vol de pain dans celui-ci pour le petit dej du lendemain!
Et je n’en suis pas mort, bien au contraire, j’ai appris ainsi par des privation le vrai coût de la vie et compris que dans la vie il fallait gagner son pain à la sueur de son front.
Alors les « marronniers » journalistiques pleurnichards de tous les ans en Septembre non merci !

Que les petits coqs de l’UNEF de l’époque, tous recasés dans la bourgeoisie 50 ans plus tard, s’en souviennent encore s’ils en sont capables aujourd’hui de se remémorer de leurs années « soixantehuitardes » dont les ETUDES qu’ils ont faites, comme moi ,leur a permis de devenir ce qu’ils sont aujourd’hui et que les étudiants du jour arrêtent de nous bassiner avec leur difficulté à vivre dans 9m², de ne pouvoir payer les factures de leur Iphone 15, l’essence de leur voiture , d’exiger une place de parking avec la location de leur 25m² ….. car on va en faire non de Hommes( ou Femmes) debout mais des avachis! Qu’on se le dise

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Maellys93 15 septembre 2023 - 12:14

@François Méar. Malgré tout le respect que j’ai pour votre parcours d’étudiant méritant, vous faites néanmoins partie d’une génération qui est largement responsable de la situation déplorable actuelle.
La génération des « boomers » a toujours voté pour des dirigeants leurs promettant plus de droits et moins de devoirs.
Forte de 17M d’électeurs, elle a encore persisté en 2022 en votant Macron.
Arrêtez de vous en prendre aux journalistes «soixante-huitards».
Ce ne sont pas eux les responsables.
En démocratie le RESPONSABLE, c’est l’électeur que vous êtes.

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montillot dominique 15 septembre 2023 - 7:42

moi, même période ; ( sces po aussi, jusqu’au bout ) 7ième étage par l’escalier de service, robinet d’eau sur le palier ; cuvette plastique; réchaud à pétrole ( pour chauffage et thé) . 50 ff par mois des parents, incluant le train tous les 15 jours paris caen . en gardant de 16h30 sortie d’école à 21h30, PARFOIS 22H30 ( je révisais ensuite, jusqu’à 1h du matin)les 2 gamines d’une …on dirait  » escort’girl » de nos jours ? DIVORCéE; j’avais le logement gratis ( après copieux nettoyage au départ) et parfois un diner avec les gosses ( lentilles ou riz ou pâtes; 1 pomme) Les we  » parisiens », j’achetais une boule de pain , 1 litre de lait, et une poignée de noix ou cacahuètes qui me faisaient mon weavec le nescafé (soit 4 repas). PARFOIS MA VOISINE DE « SOUS-TOITs » ( MèRE CéLIBATAIRE ACTIVE dans une société pétrolière) PARTAGEAIT AVEC MOI sa salade composée d’endives ou betteraves. jE NE ME SENTAIS PAS MALHEUREUSE / c’était  » l’Aventura » et la règle du jeu. évidemment , pas de bistrot ni de  » discothèque » !

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Picot 14 septembre 2023 - 7:41

Bravo. Tout est dit.

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Maellys93 15 septembre 2023 - 10:08

Beau témoignage d’une personne incarnant une génération travailleuse, opiniâtre et résistante face aux difficultés de la vie.
Une génération pour qui la GRATIFICATION IMMÉDIATE n’était pas l’alpha de l’oméga.
Le paradoxe c’est que cette génération de « boomers » porte une grande responsabilité quant à la situation actuelle de la France.
Car c’est elle qui a toujours voté pour des dirigeants leurs promettant plus de droits et moins de devoirs.
C’est également cette génération qui a été déterminante dans leurs votes pour une immigration massive pensant ainsi épargner à leurs enfants et petit-enfants les travaux pénibles.
En 2022 cette génération ‘(17M d’électeurs), en votant pour Macron, a encore refusé une politiques courageuse portée par le Z.
Les « papy-boomers » doivent arrêter de se lamenter sur la situation actuelle,
car cela devient indécent!
Il y a des élections européennes en 2024.
Au lieu de s’apitoyer bêtement sur les réseaux sociaux ou au bistrot du commerce, ils peuvent encore inverser le cours des choses.
Car nous sommes encore en démocratie.

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montillot dominique 15 septembre 2023 - 7:49

désolée !  » boomeuse » mais pas idiote ! jamais voté pour la gauche ! Gaulliste puis RN dès 1981 … ( NB: sortie diplômée « brillamment » ( félicitations du jury) , la pré ENA ME BARBAIT ; SUIS ALLéE BOSSER DANS LE PRIVé : JAMAIS DEVENUE RICHE ! mais pleine d’espérances de 73 ( 1ier job pérenne) jusqu’en 2014

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PhB 16 septembre 2023 - 10:43

Bonjour ED
Merci pour votre témoignage que j’aimerais compléter par celui de mon vécu personnel.
En 1976, je suis parti de Strasbourg à Nancy pour continuer mes études supérieures dans une école d’ingénieurs après avoir commencé à la Fac.
Issu d’un famille assez aisée, mon père architecte en profession libérale, j’ai quitté le foyer familial avec « fracas », mon papa très sévère avec toute la fratrie (six enfants) mais juste, ayant perdu brutalement la vue six mois avant.
J’ai du me débrouiller sans bourse d’études la première année, le temps que la reconnaissance d’invalidité permanente de mon père soit reconnue par l’Administration.
Heureusement j’avais quelques petites économies suite à des travaux pendant les vacances. Avec l’éloignement et le manque de revenu j’ai eu droit, dès la rentrée, à la chambre en « Cité U »
Une de mes sœurs terminant son doctorat à Poitiers m’a également aidé les premiers mois.
Les premiers temps ont été un peu durs au début, je ne rentrais en Alsace que deux fois par trimestre.
J’ai appris à « faire les comptes » en notant toutes les dépenses et quelques recettes dans un petit carnet. Pour manger à midi il y avait le Resto U, le soir, c’était souvent « nouilles et pain » et riz et pain ». A l’époque on pouvait récupérer du pain au Resto U.
Le WE on se faisait un « plus » comme du cœur de bœuf qui n’était pas trop cher, sur la plaque électrique de la petite cuisine de l’étage.
Quand la bourse est arrivée (échelon 9) j’avais 900F par mois. C’était « suffisant » pour payer les 300 et quelques pour la piaule et 300 à 400 de tickets RU.
Comme je faisais aussi des petits dépannages électroniques au potes puis leurs connaissances (à l’époque les appareils se réparaient plus facilement), j’arrivais à compléter avec 100 à 200F chaque mois.
Mes loisirs étaient principalement, les promenades à pieds ou en vélo (un vieux vélo qu’un ancien avait laissé à la Cité U), allant parfois jusqu’à Saint Nicolas de Port le dimanche après midi. Pas de sortie en boite ou cinéma pour économiser.
Avec le recul, ces quatre ans ne m’ont pas été pénibles, au contraire, ça a été une bonne expérience, ils m’ont forgé le caractère et appris a être indépendant.
Je précise qu’à l’époque avec 900F par mois de bourse, en étant étudiant, c’était suffisant pour vivre sans être obligé de travailler.
En continuant à travailler comme technicien en électronique pendant les vacances suivantes, j’ai pu pendant mon avant dernière année d’études passer le permis.
Ce passage à Nancy m’a permis de m’ouvrir aux autres, moi qui était casanier entièrement centré sur l’électronique ma passion.
Merci de m’avoir lu
PhB

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François Méar 17 septembre 2023 - 8:23

Désolé Maellys93 je ne fais pas partie de ceux qui comme vous le laissez entendre ont maintenu au pouvoir et Chirac et Sarko mais non plus ni Hollande et surtout pas Macron.
Laissez s’il vous plait le droit aux papyboomers le droit de s’exprimer ….car nous sommes encore en démocratie mais pour combien de temps et vos propos outranciers marquent bien votre appartenance à une certaine caste qui ne permet plus d’avancer !

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PhB 17 septembre 2023 - 3:24

Bonjour ED
Merci pour votre témoignage que j’aimerais compléter par celui de mon vécu personnel.
En 1976, je suis parti de Strasbourg à Nancy pour continuer mes études supérieures dans une école d’ingénieurs après avoir commencé à la Fac.
Issu d’un famille assez aisée, mon était père architecte en profession libérale, j’ai quitté le foyer familial avec « fracas », mon papa très sévère avec toute la fratrie (six enfants)
mais juste, ayant perdu la vue brutalement six mois avant.
J’ai du me débrouiller sans bourse d’études la première année, le temps que la reconnaissance d’invalidité permanente de mon père soit reconnue par l’Administration.
Heureusement j’avais quelques petites économies suite à des travaux pendant les vacances. Avec l’éloignement et le manque de revenu j’ai eu droit dès la rentrée, à la chambre en « Cité U »
Une de mes sœurs terminant son doctorat à Poitiers m’a également aidé les premiers mois.
Les premiers temps ont été un peu durs au début, je ne rentrais en Alsace que deux fois par trimestre.
J’ai appris à « faire les comptes » en notant toutes les dépenses et quelques recettes dans un petit carnet. Pour manger à midi il y avait le Resto U,
le soir, c’était souvent « nouilles et pain » et riz et pain ». A l’époque on pouvait récupérer du pain au Resto U.
Le WE on se faisait un « plus » comme du cœur de bœuf qui n’était pas trop cher, sur la plaque électrique de la petite cuisine de l’étage.
Quand la bourse est arrivée (échelon 9) j’avais 900F par mois. C’était « suffisant » pour payer les 300 et quelques pour la piaule et 300 à 400 de tickets RU.
Comme je faisais aussi des petits dépannages électroniques au potes puis leurs connaissances (à l’époque les appareils se réparaient plus facilement),
j’arrivais à compléter avec 100 à 200F chaque mois.
Mes loisirs étaient principalement, les promenades à pieds ou en vélo (un vieux vélo qu’un ancien avait laissé à la Cité U),
allant parfois jusqu’à Saint Nicolas de Port le dimanche après midi. Pas de sortie en boite ou cinéma pour économiser.
Avec le recul, ces quatre ans ne m’ont pas été pénibles, au contraire, ça a été une bonne expérience, ils m’ont forgé le caractère et appris a être indépendant.
Je précise qu’à l’époque avec 900F par mois de bourse, en étant étudiant, c’était suffisant pour vivre sans être obligé de travailler.
En continuant à travailler comme technicien en électronique pendant les vacances suivantes, j’ai pu pendant mon avant dernière année d’études passer le permis.
Ce passage à Nancy m’a permis de m’ouvrir aux autres, moi qui était casanier entièrement centré sur l’électronique ma passion.
Merci de m’avoir lu
PhB

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