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Modéliser un mythe : le problème avec Diamond et Dybvig

Cet article est extrait du Journal des libertés n°20 (printemps 2023)

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Y-a-t’il eu un travail théorique sur les banques plus influent que l’article de Douglas Diamond et Phillip Dybvig paru en 1983 dans le Journal of Political Economy, intitulé « Bank Runs, Deposit Insurance, and Liquidity » [Ruées bancaires, assurance des dépôts et liquidité]*? Si c’est le cas, je ne vois pas lequel. Avec plus de 12 000 citations sur Google, cet article figure certainement parmi les plus cités en économie, sans parler de la sous-discipline de l’économie monétaire.

L’influence de cet article n’a pas non plus été purement académique. Loin de là : les décideurs politiques le citent régulièrement pour justifier l’intervention des pouvoirs publics dans le secteur bancaire et, en particulier, la mise en place d’un système national explicite de garantie des dépôts. Le fait que le nombre de pays ayant adopté de tels systèmes ait plus que quadruplé au cours des deux décennies qui ont suivi la parution de l’article — passant de 20 à 87 pays — doit très certainement quelque chose à l’influente publication de Diamond et Dybvig. Cette influence s’est aussi retrouvée dans la réflexion des experts du FMI et d’autres agences internationales qui ont présenté l’assurance des dépôts comme étant le meilleur remède aux crises bancaires[1]. Hélas pour Diamond et Dybvig et les citoyens des pays qui les ont suivis, on ne peut pas dire que les résultats pratiques de ces conseils d’experts aient été universellement bénins[2].

Aucune surprise en revanche à ce que le modèle Diamond-Dybvig soit devenu si populaire dans les cercles politiques. Pour de nombreux décideurs politiques (et pour plus d’un économiste), il démontre « rigoureusement » que les systèmes bancaires ordinaires (c’est-à-dire, à réserves fractionnaires) sont intrinsèquement instables et que l’assurance des dépôts, un prêteur en dernier ressort vigilant et efficace ou une autre forme d’intervention, comme celle consistant à limiter l’activité bancaire à la gestion des dépôts (narrow banking)[3], sont nécessaires pour les stabiliser. Demandez à un expert qui préconise l’une de ces solutions de vous prouver qu’elle est nécessaire, et il y a de fortes chances qu’il finisse par vous dire, en substance, « Voir Diamond et Dybvig (1983). » C.Q.F.D.

Il n’y a qu’un seul problème : Diamond et Dybig (1983) ne démontrent rien de tel.

Bien que j’aie l’intention de critiquer le modèle de Diamond-Dybvig plutôt que d’en faire l’éloge, je n’ai aucune envie pour autant de l’enterrer. Je suis tout à fait d’accord avec Ricardo Cavalcanti lorsqu’il écrit que ce modèle a constitué une avancée conceptuelle et méthodologique significative dans l’étude des accords bancaires. Sa contribution méthodologique a été l’utilisation de la théorie du mechanism design plutôt que l’ancienne stratégie, encore répandue dans les manuels et dans certaines macroéconomies, consistant à plaquer un secteur bancaire sur un modèle d’échanges marchants[4].

En effet. Si le modèle de Diamond et Dybvig est si souvent cité, c’est en partie parce qu’il a été critiqué et affiné à maintes reprises, chaque critique et chaque amélioration ajoutant, ne serait-ce qu’un tout petit peu, à notre compréhension des véritables causes des crises bancaires systémiques[5]. Ce n’est donc pas Diamond et Dybvig en soi que je critique. Je m’attaque à ceux qui prétendent que leur modèle fournit des raisons suffisantes pour l’intervention du gouvernement dans le secteur bancaire. La vérité, mise en lumière depuis longtemps par les experts, et qu’il n’en est rien et j’expliquerai ici pourquoi.

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