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Vers un décalage du centre de gravité économique de l’UE en faveur de l’Europe du Nord et l’Europe centrale ?

par Alexandre Massaux

La crise sanitaire de la COVID a eu des effets économiques globaux dont l’ampleur exacte n’est pas encore connue. Néanmoins des tendances apparaissent déjà. Tous les Etats ne s’en sortent pas de manière identique : certains arrivent à limiter les dégâts en matière de récession et de chômage, tandis que d’autres plongent. A l’échelle de l’Union, force est de constater que l’Europe du Nord et l’Europe centrale ont réussi à éviter une situation trop catastrophique. Une dynamique qui pourrait pousser à un recentrage de l’UE autour de cette région au détriment de la France et du sud de l’Europe.

Des prévisions rassurantes pour l’Europe du Nord et l’Europe centrale, pessimistes pour le sud.

La Commission européenne a publié, début juillet, des prévisions économiques pour l’année 2020.
Les données mettent en lumière plusieurs éléments : les pays les moins touchés par la récession économique sur l’ensemble de 2020 sont, d’abord la Pologne, le Danemark et la Suède. A l’inverse les plus touchés sont l’Italie, l’Espagne, la Croatie et la France. En matière de chômage, l’Allemagne est le pays qui s’en sort le mieux dans l’UE, suivi de la République tchèque et du Danemark. La Grèce et l’Espagne qui possédaient déjà de forts taux de chômage en 2019 voient ceux-ci augmenter et sont suivis de la l’Italie, de la Croatie et de la France.

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On se rend compte que la crise de la COVID a accentué les problèmes économiques des pays du sud de l’Europe qui étaient déjà en difficulté avant celle-ci. Il faut espérer que les chiffres réels en fin d’année soient meilleurs. Mais l’écart entre les économies de l’Europe du Nord et celles de l’Europe du Sud semble difficile à éviter du fait des politiques menées par les gouvernements.

Une différence de mentalités et de priorités.

Plusieurs pistes peuvent expliciter ces différences. Les pays qui ont obtenu de meilleurs résultats économiques sont ceux qui ont évité d’opposer l’économie à la santé. Les pays d’Europe du nord et d’Europe centrale (comme la Pologne ou la République tchèque) ont fait des confinements moins restrictifs (comme les Pays-Bas) ou de courte durée (deux semaines en Pologne) voire pas de confinement (comme en Suède).
La réaction des gouvernements en matière économique révèle des différences symptomatiques d’une politique plus ou moins favorable à l’économie. Tandis que la France et l’Europe du Sud (Espagne et Italie) appelaient à une plus grande solidarité budgétaire européenne sur le long terme, le ministre allemand de l’Economie, Peter Altmaier, annonçait que l’Allemagne reviendrait à la rigueur budgétaire une fois la crise finie. Une position assez proche de celle des Frugal Four (Danemark, Suède, Pays-Bas et Autriche) qui ont affiché la ferme détermination de maintenir une gestion stricte de l’argent de leurs contribuables pendant les discussions sur le budget européen. La Première ministre danoise sociale-démocrate, Mette Frederiksen, a clairement déclaré vouloir protéger l’argent des Danois.
Quant à la Pologne, l’une des priorités du Premier ministre Mateusz Morawiecki est de réduire la bureaucratie. Une approche motivée par la situation politique : issu du parti « Droit et Justice », connu pour avoir une politique plus interventionniste et sociale que ses adversaires, le gouvernement craint être mis en difficulté par l’opposition. En effet, le parti au pouvoir fait face au parti « Plateforme Civique », réputé être plus libéral et pro-business, mais aussi au parti nationaliste Konfederacja, libéral économiquement (mais très conservateur socialement), qui attire une partie non négligeable de la jeunesse polonaise (23% des 18 / 29 ans ont voté pour lui à la dernière présidentielle et 20% aux dernières législatives).
Des paysages politiques qui contrastent avec celui de la France où l’ensemble des grands partis prônent un activisme étatique plus prononcé en matière économique. Cette surreprésentation de l’Etat dans les décisions politiques pénalise la France et l’empêche d’avoir une situation économique équilibrée.

Le risque d’une Europe divisée entre pays en stagnation et pays dynamiques

Cette division de plus en plus forte crée un risque : le centre de gravité économique pourrait migrer vers l’Europe du nord et l’Europe centrale. Ces régions présentent, d’ores et déjà, un environnement économique sain susceptible de rassurer les entrepreneurs. Ce n’est pas le cas des pays d’Europe du sud, qui vont devoir affronter le défi de ramener leurs économies à un bon niveau européen de compétitivité. Ce sera difficile, surtout pour ceux, comme l’Italie et l’Espagne qui comptent des populistes dans les coalitions au pouvoir (Mouvement 5 étoiles, Podemos). Il leur faudra du courage pour accomplir les réformes indispensables, mais ce n’est qu’à ce prix qu’ils pourront redevenir attractifs.

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