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Le souverainisme économique est une illusion

par Jean-Philippe Delsol

La mode est au souverainisme économique. Le désir d’être, comme nation ou comme peuple, moins dépendants des autres est justifié. Mais il ne peut pas s’agir pour un pays d’être totalement autosuffisant, de maîtriser tous ses besoins économiques, alimentaires, énergétiques, sanitaires… Un pays, surtout un pays petit ou moyen, ne peut pas satisfaire par ses propres produits à tous les besoins de sa population.

L’échange de produits et services avec le monde entier permet tout à la fois d’élargir le marché des entreprises audacieuses, de favoriser la concurrence et donc le consommateur, d’accélérer l’innovation et de la répandre plus vite. Ricardo déjà soulignait au XIXème siècle à juste titre que le libre-échange contribue à une meilleure allocation de ressources en :

  • favorisant la productionet la croissance économique,
  • augmentantla diversité des produits disponibles,
  • stimulant la recherche de gains de productivité.

Ce qui explique que l’accélération des échanges, depuis les années 1980, notamment après la chute du mur de Berlin, a favorisé la lutte contre la pauvreté. En quarante ans, avant la Covid, la grande pauvreté est passée de 40% à moins de 10% de la population mondiale qui avait pourtant augmenté dans le même temps de plus de 50%. Nous vivons dans un monde globalisé où nous avons tous quelque chose à vendre à d’autres et plus le marché est important, plus nous avons d’opportunités de trouver la contrepartie de ce que nous offrons. La variété et la complexité des biens que chacun de nous utilise quotidiennement supposent des fournitures en provenance du monde entier et permet au plus grand nombre de participer à cette immense chaîne de production.

Eviter la dépendance

Mais bien sûr, il ne faut pas élargir les échanges avec l’étranger en se rendant dépendant d’un fournisseur unique. C’est la bêtise qu’ont faite tant de pays européens qui se sont approvisionnés en gaz principalement auprès des Russes : l’Allemagne leur achetait 55% (contre 17 % pour la France) de son gaz devenu une source essentielle d’énergie après l’abandon du nucléaire.

Il n’est pas stupide de relocaliser certains produits ou une partie de leur production. Mais ça ne peut pas se faire de manière autoritaire, par décision gouvernementale. C’est un jeu subtil entre la volonté politique et les décisions des entrepreneurs. La mondialisation de ces dernières années a eu lieu parce qu’au niveau mondial (GATT/OMC) les pays sont convenus de réduire les freins au commerce que constituent toujours les droits de douanes et les réglementations particulières, ce qui a incité des entrepreneurs à développer des transactions transfrontalières. Mais le commerce mondial, note l’OMC, qui avait augmenté deux fois plus vite que le PIB mondial avant la crise financière, est retombé déjà, après celle-ci, sa croissance n’étant plus depuis lors qu’égale à celle du PIB, sans doute notamment du fait de la généralisation des contrôles et contraintes très stricts de toutes les transactions internationales qui l’ont entravé.

Les échanges internationaux sont moins ceux des nations, comme Ricardo le disait à tort, que ceux des particuliers. Si une grande partie des productions pharmaceutiques françaises ont été délocalisées, comme on s’en est aperçu lors de la crise Covid, c’est parce que les conditions de fabrication en France sont devenues trop onéreuses, particulièrement au niveau des charges sociales et fiscales comme au titre des contraintes réglementaires. La France fait payer à ses entreprises le coût de son modèle social qui est le champion du monde des dépenses : 33% du PIB. Pour que les productions reviennent en France, il ne suffira pas de multiplier des aides provisoires et insuffisantes à la relocalisation. Il faut une politique durable d’abaissement des coûts sociaux et de déréglementation.

 La diversification peut être préférable à la relocalisation

Au demeurant, nous nous protégerons mieux des risques internationaux comme les pandémies ou les guerres en diversifiant nos ressources plutôt qu’en voulant tout faire nous-mêmes. Ce serait d’ailleurs impossible. « Les politiques de relocalisation d’activités pourraient exposer davantage les économies aux ruptures d’approvisionnement et non pas moins. » observe Pierre-Olivier Gourinchas, le chef économiste du FMI. C’est une question de dosage. Oui, il serait astucieux de développer nos gisements de gaz de schistes, avec les précautions écologiques utiles, plutôt que de s’y refuser par principe.  Mais nous ne disposons sur notre sol ni de toutes les matières premières (métaux rares, minerais…) ni de toutes les ressources humaines nécessaires pour satisfaire à nos besoins. Ou alors, comme certains le souhaitent, il faudrait vivre plus frugalement, voire très pauvrement ! Mais quoi qu’en disent les Rousseauistes nostalgiques, les gens ne le souhaitent pas et ceux qui le veulent en reviendraient sans doute bien vite. Il ne s’agit donc pas de rompre les chaînes de valeurs mondiales, mais de les diversifier, pour ne pas mettre nos œufs dans le même panier, et de les équilibrer pour éviter des drames.

Continuons donc plutôt de goûter aux richesses du monde avec tempérance et de rêver avec Baudelaire qui nous invitait au voyage : « Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. »

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5 commentaires

Henri+de+Richecour 2 mai 2022 - 6:15

Je suis souverainiste et de plus en plus. Mais exactement selon votre définition c’est à dire soyons moins dépendant, multiplions le sources d’approvisionnement, « goûtons aux richesses du monde avec tempérance ». Je regrette profondément cette caricature que vous avez tendance à faire sur le souverainisme. Sauf chez certains maximalistes, il n’a jamais été question de tout faire chez soi. C’est évidemment absurde. Il est à croire aujourd’hui que l’on ne puisse exprimer une opinion sans que celle-ci ne soit entendue/traduite que dans son sens extrême. J’entends que cela sert ceux qui veulent critiquer l’opinion en question mais assurément cela ne sert pas à améliorer les choses.
Donc exactement comme vous l’expliquez vous-même (exemple du gaz russe), la mondialisation actuelle a eu pour effet de créer une série de sur-dépendances. C’est ce que je reproche. Ce n’est pas la mondialisation en tant que telle. C’est l’excès de mondialisation. Cela vaut en sens inverse pour le souverainisme. Penser que l’on peut tout faire soi-même est évidemment absurde. Le titre de votre article « LE SOUVERAINISME ÉCONOMIQUE EST UNE ILLUSION » est donc pour moi une caricature. J’oserais dire titre tristement journalistique. On peut faire demain une titre équivalent « LE LIBERALISME ÉCONOMIQUE EST UNE ILLUSION » qui ne rendra pas davantage grâce aux vertus certaines d’un libéralisme organisé (état de droit).

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Gues 2 mai 2022 - 9:47

Le souverainisme economique est une illusion. Soit. Mais le libéralisme absolu que vous prônez est une bëtises et a abouti, avec les trop fortes charges dont vous parlez au résultat d une part de l’industrie de 9% fu PIB au lieu de 20% moyenne européenne. Toute règle appliquée de façon absolue est une grave erreur. Le discernement et la vision strategique sont le simple usage de la raison. Liberalisme absolu: alors il faut payer nos ouvriers 500€ par mois pour 60h travail, ainsi nous serons competitifs. Absurde? Oui, comme l’application sans discernement de tout principe.

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Nicolas Lecaussin 2 mai 2022 - 11:04

mais les pays qui ont une part d el’indutrie à 20 % voire plus sont plus libéraux que la France !

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en fait 2 mai 2022 - 9:53

OUI, il est cohérent de partager votre analyse. Cependant, compte tenu des connaissances économiques des Citoyens de France, osons tout de même évoquer  » Maman les petits bateaux qui vont sur l’eau ont-ils des jambes » ?. OUI, l’échange supprime pas à pas la grande pauvreté.
OUI, Ricardo a oublié la productivité  » textile vs vignes  » aussi, le textile a racheté les importateurs du Portugal.
OUI, notre modèle  » a- social » marche sur la tête, d’autant plus, qu’ uniquement 52 % de la valeur ajoutée produite en France vient des entreprises.
OUI, il peut sembler utile des regarder vers d’autres outils, afin de résoudre ces contradictions, baisse relative du niveau de vie par habitant – 27 ° rang mondial – et fortes augmentations des diverses dettes des uns et des autres.
Pour les dettes un quasi un x4 vs PIB  » global » et un x8 vs valeurs ajoutées des entreprises.

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FEDYCJI 2 mai 2022 - 4:25

liberté que de crime commis en ton nom et ECONOMIE que de sottises de dites
n’oubliez jamais votre réel !!! la violence n’arrive a rien

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