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Le salaire minimum est-il un bon instrument de lutte contre les inégalités ?

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Le salaire minimum a été durant les années 2010 au cœur d’importants débats. Le Président Obama avait en effet soutenu en 2013 que les inégalités de revenu étaient le principal problème social de son pays et que le salaire minimum pouvait être un moyen de le résoudre. Dans le même temps, l’Allemagne introduisait en 2015 un salaire minimum et en 2016 le Royaume-Uni mettait en place un salaire de subsistance (living-wage) pour les salariés de plus de 25 ans.

La hausse du salaire minimum favorise une hausse du coût travail des travailleurs peu qualifiés

En France, le rapport Cahuc et al. (2008[1]) avait conclu qu’augmenter le salaire minimum ne réduisait ni les inégalités ni la pauvreté. Le taux de pauvreté[2] a même plutôt augmenté entre 2008 et 2020 alors que le salaire minimum a continué d’augmenter régulièrement. Un tel résultat paraît paradoxal, car logiquement un salaire minimum devrait redistribuer des hauts salaires, employés à forte productivité et à hautement qualifié vers les employés à faible productivité, à basse qualification. Le salaire minimum devrait avoir le même effet sur les inégalités qu’une hausse des impôts sur les hauts salaires et une baisse des impôts sur les bas salaires. Un tel résultat conduit aussi à affaiblir considérablement les arguments de tous ceux qui défendent l’existence d’un tel salaire plancher. Un tel salaire plancher ne serait pas seulement inefficient. Il serait aussi inefficace, i.e. incapable de réaliser l’objectif égalitariste et désormais aussi l’un de ses objectifs.

Un article récent de la prestigieuse revue Economica, de deux économistes néerlandais contribue à ce débat (Gerritsen et Jacobs 2020[3]). Ces deux économistes cherchent à répondre à la question suivante. Le salaire minimum est-il un bon instrument de redistribution, de lutte contre les inégalités ? Ils tentent de répondre à cette question en comparant les effets redistributifs d’une politique de revalorisation du salaire minimum et d’une politique fiscale traditionnelle.

Leur premier constat est qu’une politique de hausse du salaire minimum favorise une hausse du coût travail des travailleurs peu qualifiés. L’effet d’une telle évolution est une augmentation du taux de chômage sur ce marché. Les entreprises privilégient les travailleurs qualifiés aux travailleurs non qualifiés. Parmi les travailleurs les moins qualifiés, certains vont chercher à investir en capital humain pour revenir sur le marché du travail. D’autres vont rester chômeurs et être exclu. L’exclusion sociale est en ce sens aussi la conséquence de politiques bien intentionnées en faveur des actifs les plus productifs.

Les individus à basse qualification qui restent chômeurs paient moins d’impôts que ceux qui cherchent à s’insérer sur le marché du travail

Le second constat est que l’articulation d’une politique de salaire minimum et d’une politique fiscale redistributive a des effets pervers. Car si l’impôt est progressif, il augmente avec le revenu. Les individus à basse qualification qui restent chômeurs paient moins d’impôts que ceux qui cherchent à s’insérer sur le marché du travail en augmentant leur qualification. Il y a un coin fiscal, c’est-à-dire un écart entre ce que le salarié qui fait l’effort d’apprendre de nouvelles compétences aurait gagné sans un impôt redistributif et ce qu’il gagne effectivement. Cela crée une trappe à chômage. Le chômage provoqué par le salaire minimum favorise ainsi l’investissement en éducation uniquement si le gain marginal de cet investissement est suffisant pour compenser l’effort qu’il représente (perte d’utilité). On comprend ainsi que les choix de politiques publiques comme souvent ont des effets contradictoires. Ils sont pour cette raison le plus souvent contreproductifs. La réalisation de l’idéal de l’égalité des conditions par un impôt sur le revenu progressif empêche l’efficacité redistributive des politiques de hausse du salaire minimum. Car pour que le salaire minimum ait un effet négatif sur les inégalités, il faut que les gains de revenu des salariés qui ont réussi à retrouver un travail en apprenant de nouvelles compétences soient supérieurs aux pertes d’utilité de tous ceux qui ont été mis au chômage à cause de la hausse du salaire minimum.

[1] Pierre Cahuc, Cette Gilbert, André Zylberberg. Salaire minimum et bas revenus. 2008. ⟨halshs-00638149⟩

[2] Le seuil de pauvreté est fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de la population. Il correspond à un revenu disponible de 1 102 euros par mois pour une personne vivant seule et de 2 314 euros pour un couple avec deux enfants âgés de moins de 14 ans. En 2019, en France métropolitaine, 9,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire. Le taux de pauvreté est ainsi de 14,6 %. Cet indicateur n’inclut pas les personnes pauvres vivant en communauté ou dans les DOM, qui conduiraient à rehausser le nombre de personnes pauvres à 10,1 millions en 2018. En 2020, selon des estimations provisoires, le taux de pauvreté serait stable. Source : INSEE. Lien : https://www.insee.fr/fr/statistiques/5759045  (consulté le 20/01/2023)

[3] Gerritsen, A., and B., Jacobb 2019. Is a minimum wage an appropriate instrument for redistribution? Economica 87, 611-637.

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1 commenter

Obeguyx 26 janvier 2023 - 10:43

Le salaire minimum est un bon outil à 2 conditions : la 1ére est qu’on applique aussi un salaire maximum; la 2ème est que tous les élus, quels qu’ils soient et quelle que soit leur fonction soient rémunérés au salaire minimum plus remboursement de tous leurs frais sur justificatifs. Là, commencerait seulement un début de justice. La progression du salaire minimum deviendrait même très étonnante … Le reste n’est que de la philosophie politique, autant dire du blablabla …

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