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Les inégalités reculent en France. Et voilà pourquoi il n’y a pas de quoi en être satisfait

Jean-Philippe Delsol dans Atlantico

par Jean-Philippe Delsol
Dans un nouveau rapport, l’Observatoire des inégalités montre que les inégalités reculent en France. Pourtant, il n’y a pas de quoi se réjouir de ces chiffres car le pourcentage de riches a plus diminué que la part de pauvres n’a augmenté. De plus, la France est l’un des rares pays de l’OCDE qui n’a pas connu de polarisation de sa population entre « riches » et « pauvres ».

 

Atlantico : L’Observatoire des inégalités publie un nouveau Rapport sur les riches en France. Cette étude montre que les inégalités reculent en France. Pourtant, il n’y a pas de quoi en être satisfait. Le pourcentage de riches a plus diminué que la part de pauvres n’a augmenté. Quels sont les principaux enseignements de cette évolution et les conséquences induites et paradoxales de ce recul des inégalités ? Quelles sont les leçons de ce nouveau rapport ?

Nous n’avons pas à être fiers de ces données. Il en ressort qu’en France 7,1% de la population, considérée comme riche par l’Observatoire des inégalités, dispose d’un revenu égal ou supérieur 3 673€ par mois (prestations sociales comprises et impôts déduits). Il y a de moins en moins de riches puisque ceux-ci ne représentent plus que 7,1% de la population en 2019 contre 8,6% en 2010.  Par comparaison 7,3% des Allemands vivent avec plus de 4 052€ par mois pour une personne seule. La France n’est pas riche. Pour autant, le coefficient de Gini, qui mesure la répartition des revenus entre individus, était, avant la crise Covid, moins élevé en Allemagne ( 31,7) qu’en France (32,7) signifiant que la France était moins égalitaire que l’Allemagne. Alors même que  les dépenses sociales françaises représentent près de 32 % du PIB, contre 25 % du PIB en Allemagne et que les prélèvements obligatoires allemands sont de 6 à 7 points inférieurs aux prélèvements français.

La leçon de ces chiffres est qu’il vaut mieux lutter contre la pauvreté que contre l’inégalité. Et pour ce faire, il faut favoriser la croissance plutôt que les aides sociales. Corrélation n’est pas toujours raison, mais il faut observer que plus il y a de distribution sociale et de prélèvements obligatoires, plus la croissance baisse, conformément à ce que rappelle une étude de l’OCDE : « le rapport des prélèvements fiscaux au PIB a une incidence négative sur la production – plus la pression fiscale est forte, moins il y a de croissance ». En moyenne au sein de l’OCDE, le PIB par habitant a été multiplié par 2,5 dans la décennie des années 1970, par 1,9 dans celle des années 1980, par 1,5 dans celle des années 1990 et par 1,4 dans celle des années 2000, tandis que toujours les dépenses publiques sociales s’accroissaient ! Or sans croissance, pas de lutte efficace contre la pauvreté.

La France compte 4,5 millions de riches, soit 7,1 % de la population si l’on fixe le seuil de richesse au double du niveau de vie médian, soit 3 673 euros par mois pour une personne seule, après impôts. Pour un couple, le seuil est fixé à 5 511 euros, pour une famille avec deux enfants à 7 700 euros. La France est l’un des rares pays de l’OCDE qui n’a pas connu de polarisation de sa population entre « riches » et « pauvres ». La moyennisation se poursuit mais non pas au détriment des élites mais des classes moyennes supérieures (revenus disponibles mensuels aux alentours de 3300€). Comment expliquer cette réalité ? Quelles sont les conséquences pour la classe moyenne ?

Votre question recèle la difficulté. Faut-il moyenner la population ? Oui, il faut une certaine égalité. Mais le plus important est l’égalité de droits qui permet à chacun d’accéder au meilleur niveau de compétence que lui permettent ses capacités. L’égalitarisme détruit l’homme et le trompe. Car il est généralement prétexte à de pires inégalités, injustifiées. En son nom, s’instituent de nouveaux privilèges accordés à ceux qui se sont proclamés les sauveurs du genre humain… En son nom, se légitiment toutes les violences et gonflent démesurément les pouvoirs de l’État et des nomenklaturas qui le dominent et savent s’y servir sans mesure. L’égalité illimitée n’est jamais qu’une chimère contre la nature des hommes qui sont dissemblables par naissance et fructifient de leur diversité. Les hommes sont différents et donc inégaux dans l’usage de leur liberté qui les conduit à travailler plus ou moins, à innover ou non, à épargner ou dilapider, à s’activer pour fonder des entreprises ou des cités ou à les saper sans merci et parfois sans raison autre que la bêtise ou la cupidité… L’altérité de chacun établit par elle-même des inégalités si naturelles et consubstantielles à l’être que les combattre tend … à anéantir l’humanité de la personne… Toute volonté de construire un monde sans pauvres, sans exploitation, sans oppression mène généralement à la pauvreté, à l’exploitation, à l’oppression et aux plus grandes inégalités au profit des apparatchiks.

Les fanatiques de la décroissance comme James Galbraith et Anthony Atkinson savent que leur égalitarisme peut favoriser la pauvreté . « A la limite, observe James Galbraith, les seules sociétés égalitaires possibles pourraient n’être que celles composées entièrement de pauvres ». Anthony Atkinson savait que ses propositions pouvaient entrainer une décroissance importante, mais disait-il « l’éventualité d’une réduction du gâteau à cause de mes propositions n’est pas un argument rédhibitoire contre leur mise en œuvre. On peut préférer un gâteau plus petit et plus équitablement réparti à un gros assorti des niveaux d’inégalité actuels ». Est-ce vraiment ce que nous voulons ? D’ailleurs, regardons autour de nous : ce sont les pays développés qui ont, globalement, réduits le mieux la pauvreté et l’inégalité. Les coefficients de Gini les plus élevés, donc les plus inégalitaires, sont dans les pays en voie de développement.

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Gilles LEMAIRE 24 juillet 2022 - 12:39

J’ai découvert avec stupeur en lisant votre article, à propos de notre pays « En 2021 son PIB par habitant, de 44 770 US $, la met au 28ème rang mondial derrière l’Italie (45 267 ), l’Allemagne ( 58 150), les Pays-Bas
(61 816) ou encore l’Irlande (111 359) et bien d’autres pays. » Pourriez-vous préciser d’où vous tenez ces chiffres qui ne correspondent pas à ceux que l’on trouve communément, par exemple sur Wikipedia. D’une manière générale, le PIB par habitant en France a toujours été largement supérieur à celui de L’Italie. Merci de me répondre, car cette grave assertion ne répond pas à la qualité de vos habituelles interventions.

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