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La liberté d’entreprendre est-elle menacée en France ?

par Philbert Carbon
Une grande enquête mondiale (44 400 personnes interrogées dans 55 pays) menée par sept organisations dont, pour la France, la Fondapol, un think tank proche du parti Les Républicains, vient de paraître. Intitulée « Libertés : l’épreuve du siècle », elle traite d’une multitude de sujets : des menaces extérieures (notamment chinoise, russe et turque) aux enjeux sécuritaires intérieurs (délinquance, terrorisme, immigration, islamisme), en passant par la peur du déclassement économique ou celle des Gafam, mais aussi la solidité de l’idéal démocratique, le rejet des partis politiques, etc.
La liberté d’entreprendre est également abordée et les chiffres de l’étude sont plutôt rassurants. A la question « En matière de politique économique, diriez-vous qu’il faut limiter le rôle de l’État dans l’économie et renforcer la liberté des entreprises ou qu’il faut renforcer le rôle de l’État dans l’économie et limiter la liberté des entreprises? », la première proposition a été préférée à 58 %.

Près d’un million d’entreprises créées en France en 2021

Chez les Français interrogés, la proposition en faveur de la liberté des entreprises recueille 57 %. Un chiffre qui n’est pas une surprise quand on voit combien l’entrepreneuriat a du succès dans notre pays. L’Insee a, en effet, révélé vendredi 14 janvier que le total des créations d’entreprises s’est élevé, en 2021, à 995 868, soit 17,4 % de plus qu’en 2020. Un nouveau record historique.

Parallèlement, le président de la République a célébré sur Twitter la 25ème licorne française, s’en attribuant presque le mérite. L’objectif d’avoir 25 licornes en France fixé par Emmanuel Macron pour 2025 a donc été atteint avec trois ans d’avance. A cela doivent être ajoutés les 11,6 milliards d’euros levés par les startups françaises en 2021, selon le baromètre EY du capital-risque. Un chiffre en hausse de 115% par rapport à 2020. Enfin, n’oublions pas les 4 milliards d’euros d’investissements étrangers, pour 21 projets, annoncés, là encore, par Emmanuel Macron la semaine dernière.

La France serait devenue un paradis pour les entrepreneurs, une véritable « startup nation » pour reprendre les propos présidentiels. Certes, Emmanuel Macron et ses gouvernements ont mis en œuvre des réformes favorables aux entreprises – ordonnances travail, réforme de l’assurance chômage, baisse de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production – mais celles-ci sont encore insuffisantes pour transformer réellement le pays.

Des chiffres en trompe l’œil

Par ailleurs, sans vouloir jouer les rabat-joie, force est de constater que les chiffres mis en exergue par l’Élysée doivent être relativisés.

A propos des créations d’entreprises, il faut préciser que près des deux tiers d’entre elles (641 543) sont le fait d’autoentrepreneurs. Avant la pandémie, en 2019, 68,4 % des autoentrepreneurs généraient un chiffre d’affaires et parmi ceux-ci, près de 25 % ne dégageait que 1 000 euros de revenus de leur activité. Le revenu moyen des autoentrepreneurs était, toujours en 2019, de 6 082 euros ! Autant dire que beaucoup  ne vivent pas de leur activité et rien ne dit qu’ils y arriveront un jour, ni qu’ils créeront des emplois.

Concernant les licornes, précisons d’abord que le terme a été inventé en 2013 par Aileen Lee pour désigner une startup, non cotée en bourse et non filiale d’un grand groupe, valorisée à plus d’un milliard de dollars. Il conviendrait de tenir compte de l’inflation et d’augmenter le chiffre de 20 %. Si l’on ne prend donc en compte que les licornes françaises valorisées plus de 1,2 milliard de dollars, il n’en reste plus que 17. Par ailleurs, si les licornes se multiplient en France (et en Europe), c’est en partie sous l’effet des milliards dépensés pour soutenir l’économie pendant la pandémie et de ceux qui ont été injectés par la Banque centrale européenne depuis des années. Toutefois, s’il semble que nous ayons désormais dépassé l’Allemagne en nombre de licornes (tout en restant derrière le Royaume-Uni), n’oublions pas que notre voisine d’outre-Rhin a 2,6 fois plus d’ETI (entreprises de taille intermédiaire) que la France, des entreprises à l’actionnariat familial solide et ayant fait la preuve de leur résistance, ce qui n’est pas encore le cas des licornes.

Sur les levées de fonds – 11,6 milliards d’euros en 2021 –, précisons qu’au Royaume-Uni les startups ont levé 32,4 milliards (+155% vs 2020) et en Allemagne, 16,2 milliards (+209%). Par ailleurs, les montants investis ont été de 7,61 milliards d’euros en Suède (soit 1,5 fois moins que la France pour 6,5 fois moins d’habitants) et de 5,86 milliards aux Pays-Bas (soit 1,9 fois moins que la France pour 3,8 fois moins d’habitants).

Enfin, à propos des investissements étrangers, il est vrai que la France est le pays le plus attractif d’Europe. Cependant, il est aussi moins résilient que ses principaux rivaux : en 2020, 60% des projets annoncés en France étaient européens, contre 41% au Royaume-Uni ; seulement 8% provenaient des pays émergents, contre 17% au Royaume-Uni et 25% en Allemagne ; 15% des projets concernaient le secteur technologique contre 31% au Royaume-Uni ; un projet d’implantation générait en moyenne 34 emplois en France, contre 48 en Allemagne et 61 au Royaume-Uni.

La liberté de l’entrepreneur reste fragile

Bref, si l’entrepreneuriat se porte plutôt bien en France, il convient de ne pas faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas et de se montrer d’autant plus modeste que ces bonnes nouvelles restent fragiles.

Elles le sont d’autant plus, en cette période électorale, que nombre de candidats avancent des propositions néfastes pour l’entreprise. En effet, Roussel veut nationaliser de grandes entreprises, bloquer certains prix et augmenter le smic, mais aussi tous les salaires du privé (et du public). Mélenchon veut rétablir l’ISF, bloquer les prix des produits et services de première nécessité, augmenter les salaires, ramener l’âge de la retraite à 60 ans, taxer les transactions financières, geler les dividendes, capturer les héritages importants. Hidalgo entend créer un ISF « climatique », augmenter, elle aussi, tous les salaires de 15%, limiter le montant des hauts salaires, taxer davantage les successions, augmenter la taxe carbone. Jadot défend également l’idée d’un ISF « climatique », tout comme il souhaite augmenter le smic, réduire le temps de travail, donner un droit de regard aux salariés sur la rémunération de leurs dirigeants. Le Pen veut abaisser l’âge de la retraite, rétablir l’ISF, nationaliser les autoroutes. Même Emmanuel Macron rêve de s’en prendre à l’héritage, si l’on se fie à la série de rapports publics publiés ces derniers mois sur le sujet.

On voit même des entrepreneurs attaquer la liberté d’entreprendre. C’est le cas de Joseph Sournac, Lucas Deutsch et Yoan Brazy, fondateurs du cabinet de conseil « en redirection écologique » (sic) Sinonvirgule, qui n’ont pas peur d’affirmer que « la liberté d’entreprendre n’est pas un droit inaliénable ». Certes, ils n’osent pas demander son abolition pure et simple, mais voudraient « la subordonner complètement à une autre obligation, elle aussi inscrite dans la Constitution française, à savoir la protection de l’environnement ».

Par conséquent, pour Sournac, Deutsch et Brazy, mieux vaudrait cesser de considérer l’émergence de startups comme un fait forcément positif et, au contraire, « mettre en place des dispositifs filtrants ne laissant plus passer que les projets compatibles avec l’urgence écologique ». Pour eux, la naissance de nouvelles entreprises doit être rare et soumise à l’autorisation de « tribunaux d’existence » (re-sic), composés de représentants de la société civile, des humains concernés par le produit ou service et, surtout de « représentants des non-humains et des générations futures » !

Toujours selon Sournac, Deutsch et Brazy, il n’est pas naturel que l’homme entreprenne et se constitue « dans des rapports marchands ». L’homo oeconomicus n’est qu’une construction sociale « subjectivement libérale ». Il faut le remplacer par l’homo habi-tabi-lis, qui vit pour maintenir l’habitabilité de la Terre. Renoncer à la liberté d’entreprendre ne serait pas une perte, car « chaque projet en moins compte ».

La libre entreprise connaît désormais ses Fouquier-Tinville, d’anciens consultants qui ont créé leur entreprise en 2021, après les confinements. Manifestement le virus du covid 19 s’est aussi attaqué à quelques cerveaux !

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6 commentaires

JR 26 janvier 2022 - 8:35

Bonjour, chef d’entreprise en France, ce n’est pas avoir les administrations avec soi, c’est les avoir contre soi. En fait il s’agit plus d’un sacerdoce, voire d’une religion. C’était déjà compliqué, désormais en plus, vous avez les éscrologues verdâtres sur le dos, les éscrologues sont bien plus mauvais que les anciens coco. Pour réindustrialiser, il faut de l’énergie en abondance et bon marché, le nucléaire offre ce dilemme. Il est aussi indispensable que les employés puissent venir travailler en automobile, et ce, sans contrainte éscrologique (taxes, radars, malus, malus au poids, prix des carburants, politiques anti-auto, ralentisseurs non conformes, ZFE, etc..) Merci. Bien à vous

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Dudufe 27 janvier 2022 - 11:36

Dans cet article vous parlez des menaces extérieures chinoise ,russe et turque . A ce propos où en sont les négociations entre Bruxelles et la Turquie afin d’intégrer ce pays dans l’UE ??? Les 6 milliards d’aide de pré adhésion donnés généreusement à ce pays auraient-t-ils été donnés en vain ?

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Philbert Carbon 28 janvier 2022 - 2:02

Officiellement, le Conseil de l’UE a noté en juin 2019 “que la Turquie continue de s’éloigner un peu plus encore de l’Union européenne”. “Les négociations d’adhésion avec la Turquie sont par conséquent au point mort”.

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Verdun 27 janvier 2022 - 11:07

En France c’est la grande braderie même hors période de soldes.

Qui peut dire qu’il sortira indemne de ce phénomène sociologique du covid ?

La conclusion sur la nature de l’homme est intéressante mais ne se heurte t’elle pas à la théorie de l’évolution ?

Dommage que vous n’ayez pas inclus l’Italie dans votre échantillon.

Je pense que cet article intéressant pose à nouveau la question de l’intérêt du Frexit !

Les biens pensant auxquels il est fait références devraient aller vendre leurs talents à l’étranger où les salaires, avantages et autres conditions sont bien plus attractifs qu’en France.

Bien à vous

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Obeguyx 28 janvier 2022 - 4:13

Depuis l’avènement d’un petit fonctionnaire des impôts à la tête de l’état en 1974, l’entrepreneur (ni le précurseur ou le pionnier) n’est plus considéré dans ce pays. Et plus on avance dans le temps, pire c’est. En 2017, un autre petit inspecteur des impôts a tenu un discours contraire et a suscité beaucoup d’espoir : il fut élu. Hélas, chassé le naturel, il revient au galop. Aujourd’hui, le constat est sans appel : ce n’est ni le socialisme, ni la haute fonction publique (ce qui revient au même) qui sauvera ce pays.

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Astérix 30 janvier 2022 - 4:46

Les règlementations, Les complications administratives, la fiscalité, les prélèvements, ont toujours été très lourds en France, mais nous n’avons jamais atteint un tel niveau.
Dès lors, pour moi, la société est bloquée et il ne peut y avoir de liberté d’entreprendre dans ces conditions.
L’ on nous ment sur la vérité !

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