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Comment les gouvernements européens alimentent la crise du pouvoir d’achat

par Philbert Carbon
Comme l’a montré une récente étude de l’Iref, entre 2000 et 2021, l’indice des prix à la consommation progressait, en France, de 33,2 % tandis que les assurances complémentaires santé augmentaient de 66 %, le gasoil de 90 %, l’électricité, le gaz et autres combustibles de près de 125 %, les logements de plus de 167 %, et enfin les cigarettes, de 228 %.

Ces hausses considérables ne s’expliquent évidemment pas par la reprise post-covid ni par la guerre en Ukraine. Elles trouvent leur origine dans les politiques publiques qui réglementent et taxent outre mesure ces produits et services. Et pas seulement ceux-là puisque l’inflation réglementaire et fiscale touche toutes les activités.

Est-ce également le cas ailleurs en Europe ? Pour le savoir, des think tanks se sont penchés sur l’évolution des prix en Allemagne, Italie, Grèce, Pologne et Roumanie. Leurs travaux viennent d’être publiés par Epicenter.

Les politiques fiscales et réglementaires contribuent à la hausse des prix

Le document montre que la crise actuelle du coût de la vie en Europe a été exacerbée par des prix déjà élevés dans divers secteurs. Ces secteurs sont notamment ceux où l’intervention des pouvoirs publics est la plus forte, ce qui réduit la concurrence et augmente la pression fiscale.

Si la politique monétaire a clairement joué un rôle important dans le développement de l’inflation, les politiques fiscales et réglementaires mises en place par les gouvernements ont également contribué à la hausse des prix dans l’UE.

Ce sont les ménages à faibles revenus qui subissent le plus durement les hausses de prix, car ils consacrent une part plus importante de leurs revenus aux produits de consommation courante. Cette situation peut entraîner des frictions sociales et politiques si l’inflation n’est pas combattue.

Il est révélateur que le seul secteur qui ait connu une baisse continue des prix dans les pays étudiés soit celui des télécommunications et des services numériques où la concurrence a permis des progrès technologiques, la mise sur le marché de produits de meilleure qualité et une baisse des prix à la consommation.

Prenons quelques exemples.

En Allemagne, la raréfaction du foncier fait monter les prix

Il s’est vendu légèrement plus de terrains à bâtir en Allemagne (+ 1,2 %) en 2020 qu’en 2010. A Berlin, en revanche, il s’en est vendu 54 % de moins. Pourtant, il existe de nombreuses zones où la construction est possible, même en plein cœur de la ville. Mais la municipalité mène en la matière une politique très restrictive, et préfère protéger l’environnement et la population qui habite déjà Berlin plutôt que d’ouvrir la ville. Ainsi, entre 2016 et 2020, les « zones constructibles pour de logement », qui représentent environ de 25 % de la superficie totale de la ville, n’ont augmenté que de 2,3 %. Par conséquent, alors qu’en 2010, les terrains à construire étaient environ 35 % plus chers à Berlin que dans le reste de l’Allemagne, ils étaient, en 2020, 208 % plus chers ! Dirigée par les socio-démocrates du SPD depuis plus de 20 ans, les portes de Berlin se sont ainsi progressivement fermées aux plus modestes !

A Berlin, c’est la combinaison d’une augmentation de la demande et d’une inhibition de l’offre qui contribue aux hausses des loyers et des logements. Et le contexte réglementaire actuel, visant à promouvoir des méthodes de construction plus coûteuses, va nécessairement faire encore augmenter le prix des logements.

En Italie, les taxes sur l’énergie pénalisent les moins aisés

En Italie, les prix de l’électricité, du gaz et des carburants ont toujours été, depuis une quinzaine d’années, supérieurs à la moyenne de l’Union européenne. La raison en est simple : des droits d’accises élevés appliqués par le gouvernement italien

Par exemple, au second semestre 2019, un gigajoule (GJ) de gaz naturel coûtait 41 € aux consommateurs italiens, contre 29,8 € en moyenne aux Européens et 21,9 € aux Allemands. Il en allait de même pour l’électricité : les Italiens payaient 0,23 € par kilowattheure (kWh), tandis que les Européens réglaient 0,22 € et les Français 0,19 €. Quant au carburant automobile, il subissait alors une taxation de 175 % sur le prix de la matière première. Ces prix élevés pénalisent, bien évidemment, les Italiens qui ont les revenus les plus faibles.

Pour tenter de parer la flambée actuelle des prix de l’énergie, le gouvernement italien a réduit temporairement la taxation de l’énergie et en accordant des aides, en particulier aux plus modestes. Malheureusement, ces mesures temporaires, qui atténuent le signal des prix, contribuent également à l’inflation, tout comme le revenu de base universel, la retraite anticipée et les incitations à la rénovation des bâtiments mis en place ces derniers temps. C’est donc dans une spirale inflationniste que semble s’être engagé le gouvernement… au détriment de ceux qu’il prétend aider.

En Grèce, l’augmentation des droits d’accise fait croître le marché noir

La crise sans précédent qu’a connue la Grèce à partir de 2008 a obligé le gouvernement, sous la pression de l’Union européenne, à prendre des mesures drastiques. Non seulement le taux normal de TVA est passé de 18 % à 24 %, mais la liste des produits et services bénéficiant d’un taux réduit de TVA a été sévèrement réduite. Même les transports aériens et maritimes, pourtant vitaux dans ce pays archipélagique, ont été soumis au taux normal de TVA (un taux réduit est cependant appliqué temporairement depuis 2020 dans le cadre des mesures de lutte contre la pandémie).

Des augmentations importantes des droits d’accise – 124 % entre 2008 et 2011 – ont également été observées sur les boissons alcoolisées. En conséquence, proportionnellement à son niveau de revenu, la Grèce a désormais la taxation sur l’alcool la plus élevée d’Europe. Le tabac a également subi des hausses comparables, tout comme le café qui a également été mis au régime des droits d’accise.

Mais, comme nous l’avons dit, la Grèce est un État archipélagique et, par conséquent, ses frontières sont difficiles à surveiller. Les fortes augmentations de taxes ont donc conduit à une hausse parallèle du marché noir. Celui-ci a fait baisser l’activité des entreprises respectueuses de la loi, entraînant une baisse nette des recettes pour l’État. Et l’exposition des consommateurs à des produits dangereux.

Plaidoyer en faveur des politiques économiques libérales

Comme l’écrit Kristian Niemietz, économiste à l’Institute of Economic Affairs (IEA) de Londres, dans son introduction à l’étude publiée par Epicenter, « l’une des plus grandes forces de l’économie capitaliste est sa capacité à transformer des produits de luxe en produits de masse facilement disponibles et abordables ». C’est ainsi, par exemple, qu’un travailleur américain devait travailler 61 heures en 1979 pour s’offrir un four à micro-ondes. En 2015, il ne lui fallait plus que 3 heures !

Souvent, les partisans du capitalisme mettent en avant les « innovations de produit » (les percées technologiques), mais ils sous-estiment les « innovations de processus », c’est-à-dire les innovations qui réduisent les coûts et les délais de production. Or, affirme Niemietz, les innovations de processus sont par essence capitalistes. Elles en appellent à plusieurs démarches et facteurs, découverte du marché, esprit d’entreprise,  concurrence et choix du consommateur. Ce sont elles qui permettent au capitalisme de fonctionner en faveur des plus démunis de la société. Ainsi, les politiques économiques libérales et favorables au marché ne sont pas seulement un moyen d’améliorer l’efficacité économique globale, mais elles constituent également une arme efficace dans la lutte contre la pauvreté.

Par conséquent, si l’on parle aujourd’hui d’une « crise du coût de la vie », c’est probablement parce que les effets du capitalisme en faveur de la réduction des prix sont entravés par les gouvernements. Ceux-ci ont des motivations diverses :

  • le clientélisme, qui peut aboutir à l’érection de barrières à l’entrée du marché afin de protéger de la concurrence des opérateurs historiques bien établis, au détriment des consommateurs ;
  • l’idéologie, comme celle de l’État-nounou fondée sur la croyance paternaliste selon laquelle, laissés à eux-mêmes, trop de gens consommeraient trop fréquemment des produits nocifs ;
  • l’inertie, qui fait que l’on préfère ne pas agir plutôt que de risquer de mécontenter certains ;
  • la mode, comme celle en faveur des énergies renouvelables qui promettent une image sociale positive, même si elles ne sont pas ce que les consommateurs auraient choisi dans un environnement de marché non perturbé.

Quelles que soient les motivations, la plupart des politiques gouvernementales gonflent systématiquement le coût de la vie d’une manière qui affecte de façon disproportionnée les plus pauvres. En faisant cela, elles privent le capitalisme de l’un de ses effets les plus bénéfiques, à savoir son potentiel prouvé de rendre les biens et les services plus facilement disponibles et abordables pour tous.

Par conséquent, si les gouvernements veulent vraiment aider leurs citoyens les plus pauvres, ils devraient commencer laisser les entrepreneurs faire leur œuvre.

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