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La France est le troisième pays le plus populiste d’Europe

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Pour la quatrième fois, Timbro, un think tank libéral suédois, publie son indice du populisme autoritaire (The Authoritarian Populism Index). La France y apparaît à la troisième place, derrière la Hongrie et l’Italie. Que mesure précisément cet indice ? Pourquoi la France est-elle si haut dans le classement ? Explications ci-dessous.

Après les éditions de 2016, 2017 et 2019, le think tank suédois Timbro vient de publier une nouvelle version de son indice du populisme autoritaire (IPA). Cette année, il s’est étoffé en incluant 31 pays et en couvrant toutes les élections qui ont eu lieu entre 1945 et 2023.

Que recouvre l’IPA et qu’entend-on par populisme autoritaire ?

Avec l’IPA, Timbro cherche à classer et indexer les partis politiques européens sur la base de leur idéologie, en se concentrant sur ceux qui sont susceptibles de constituer une menace pour la démocratie libérale, l’économie de marché et    l’État de droit. Il a en recensé une soixantaine en Europe.

Il n’existe pas vraiment de définition du populisme qui recueille un consensus. Néanmoins, il est possible de distinguer une caractéristique commune aux partis populistes : ils se nourrissent principalement d’un récit de conflit qui oppose le peuple à l’élite. Qu’ils soient de gauche ou de droite, ils supposent l’existence d’un « peuple » singulier qui a été marginalisé par ceux qui détiennent le pouvoir. Les partis populistes se présentent donc comme la voix authentique du peuple, se positionnant comme ses défenseurs face à une élite en place. Il peut arriver que des partis adoptent des tactiques de communication populistes, ce n’est pas pour autant qu’ils adhérent à l’idée fondamentale selon laquelle « l’élite » est intrinsèquement en désaccord avec « le peuple ». Par conséquent, pour comprendre le populisme, il faut aller au-delà de ses manifestations superficielles et examiner ses fondements idéologiques sous-jacents.

Le rapport de Timbro étudie les positions des partis populistes sur quatre thèmes : la culture, l’Europe, la démocratie et l’économie.

Le rapport insiste sur le fait que les conflits autour des valeurs culturelles ont gagné en importance ces dernières années en Europe, et que ce sont les partis populistes qui ont donné la priorité à ces questions, en ont tiré profit et sont parvenus à modifier l’ensemble du paysage politique. Cependant, il n’existe pas d’homogénéité idéologique entre eux. Il semble que l’on retrouve sur ces sujets – qu’il s’agisse de la famille, de la religion, de l’égalité des sexes, etc. – un clivage gauche-droite assez traditionnel. Ainsi, sur les 60 partis étudiés dans le rapport, 11 sont classés progressistes, 17 sont classés modérés et 32, conservateurs.

Sur le plan de l’Europe, Timbro note une évolution des comportements. De nombreux partis, surtout les nationalistes, qui ont longtemps été anti-européens, semblent évoluer, sans doute parce que le mode de vie européen est menacé de toute part (Turquie, Iran, Chine, Russie, etc.). Seuls 22 des partis sont classés dans la catégorie des eurosceptiques purs et durs ; 29 sont classés dans la catégorie des eurosceptiques mous et 9, dans celle des pro-européens.

Le sujet de la démocratie n’est pas facile à traiter. Pour Timbro, « si les partis populistes sont par définition anti-establishment, ils ne sont pas nécessairement anti-démocratiques ». Néanmoins, par définition, le populisme souscrit à la notion de volonté générale et de nation homogène. Et cela est en contradiction avec la nature pluraliste des démocraties libérales. Le rapport cite une étude récente qui montre que la satisfaction des électeurs à l’égard du fonctionnement de la démocratie a augmenté après l’entrée des partis populistes de droite dans les gouvernements de plusieurs pays européens. Certaines données suggèrent également que les partis populistes ont contribué à l’augmentation de la participation électorale en mobilisant des électeurs qui, autrement, se seraient abstenus de voter. Mais le fait qu’il n’y ait eu que quelques collaborations gouvernementales prolongées impliquant des partis populistes empêche d’avoir une opinion tranchée sur leurs effets à long terme. Si l’idée d’une menace pour la démocratie libérale est justifiée par les racines idéologiques des partis populistes, rien n’indique encore que le populisme autoritaire ait affaibli l’une ou l’autre des démocraties en Europe occidentale. C’est moins vrai en Europe de l’Est, en particulier en Hongrie et en Pologne. Ces deux pays ont connu des reculs en matière de démocratie, notamment avec la modification des lois électorales pour désavantager l’opposition et l’atteinte portée à l’indépendance des médias.

A ce jour, sur les 60 grands partis présentés dans le rapport, 18 sont classés comme ayant une crédibilité démocratique élevée, 22 comme ayant une crédibilité démocratique moyenne et 20 comme ayant une crédibilité démocratique faible.

Enfin, en ce qui concerne l’économie, les différences entre les partis populistes sont importantes. Certains reconnaissent encore le spectre traditionnel gauche-droite, mais  d’autres le considèrent comme mineur par rapport au véritable conflit : celui qui oppose « l’élite » au « peuple ». Si tous les partis populistes de gauche ont une politique économique clairement de gauche, ceux de droite n’ont pas toujours une politique économique de droite. Nombre de partis nationaux-conservateurs se méfient ainsi des marchés et des grandes entreprises et n’aiment ni le libre-échange ni la coopération internationale. Ils croient, au contraire, fermement au pouvoir de l’État en tant qu’outil pour réaliser leurs propres visions.

Les programmes de politique économique des partis populistes de droite sont rarement examinés de près. C’est une erreur, selon Timbro, car on se rendrait alors compte qu’ils ont une tendance de plus en plus marquée à pencher à gauche. Ainsi, les populistes de droite et leurs électeurs veulent des réductions d’impôts, mais pas au prix d’une détérioration de la protection sociale. Ils veulent réduire les dépenses publiques, mais uniquement pour les immigrants, les minorités ou les organisations supranationales. Ils ont une vision fondamentalement protectionniste du commerce et de l’économie internationale.

Une augmentation très forte du populisme depuis les années 2000

Comme le montre le graphique ci-dessous, le soutien aux partis de gauche et de droite en Europe prônant des idéologies populistes et/ou autoritaires s’est accru à partir du début des années 2000. Il représente aujourd’hui 26,9% des résultats électoraux, un chiffre stable depuis 5 ans.

La situation est très différente selon les pays. Seuls le Royaume-Uni et Malte ont des niveaux de soutien aux populistes inférieurs à 10 %. La tendance est à la hausse en Finlande, en Irlande, en Suède, en Croatie, en Lettonie, en Italie et en France. Elle est à la baisse en Grèce, à Chypre, en Lituanie et au Danemark.

Un des éléments qui a changé du tout au tout en quelques années est la participation gouvernementale des partis populistes. En 2019, 15 pays comptaient des populistes dans leur gouvernement. En mars 2024, ils n’étaient plus que 8 : Hongrie, Italie, Espagne, Slovaquie, Slovénie, Finlande, Suisse et Roumanie.

La France est classée à la troisième place en Europe

La France arrive en troisième position du classement IPA, juste derrière la Hongrie et l’Italie, deux pays où les populistes sont au pouvoir. Cela signifie-t-il que les partis populistes français ne sont pas loin d’accéder au gouvernement ?

Le rapport ne répond pas à la question. Il constate cependant que les partis populistes et autoritaires sont aujourd’hui à leur plus haut niveau depuis la Libération. Ils sont près d’atteindre 50% du corps électoral (voir graphique ci-dessous).

Heureusement, les votes en leur faveur ne s’additionnent pas. La France insoumise (LFI) n’est pas disposée à s’allier au Rassemblement National (RN), qui lui-même n’entend pas s’unir à Reconquête !

Cette troisième place de la France marque surtout un effondrement des partis dits traditionnels, et singulièrement de celui qui est censé appartenir à la famille libérale. Les Républicains (LR), puisque c’est d’eux qu’il s’agit, pourraient même disparaître du prochain Parlement européen. S’ils s’y maintiennent, ce sera sans les libéraux,  absents de la liste des candidats.

Et si LR renouait avec le libéralisme pour sortir la tête de l’eau ?

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5 commentaires

Anne 16 mai 2024 - 7:40

Le populisme étant, d’après cet article, fondamentalement anti-establishment, n’est-il pas favorisé par l’hyper-centralisme français, qui peut être vu comme la mainmise d’une élite sur tous les leviers ?

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Roven 16 mai 2024 - 8:26

Un pays dans lequel la voix du peuple est niée depuis longtemps (vote négatif au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 contrecarré par le traité de Lisbonne 2 ans après, aujourd’hui un Parlement court-circuité au 49-3), dans lequel les voix sont achetées à coups de déficits et d’emprunts publics insensés, dans lequel un homme seul s’attribue le pouvoir de décider de tout malgré la Constitution, dans lequel la TV d’État diffuse sa propagande à tout va en tentant de censurer des chaînes privées, c’est déjà un pays populiste, nul besoin d’attendre l’avénement d’un autre parti que celui du j’achète en même temps les voix de gauche et les voix de droite…

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Bailly 16 mai 2024 - 8:37

J’ai quitté le parti « les républicains » car son objectif était de récuperer des électeurs d’extrême droite . j’attend qu’ils redeviennent un vrai parti libéral et surtout non populiste.

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Jean-Aymar de Sékonla 16 mai 2024 - 10:32

On peut donc comprendre, « en creux » que c’est lorsque la démocratie souffre que le populisme augment. Ces fameuses élites qui ignorent l’intérêt de la nation au profit d’éléments favorables a leur carrière politique sont les premières sanctionnées par ce classement!
En résumé, ce classement devrait plutôt s’appeler: « Indice de trahison des élites »

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Vincent Charpin 16 mai 2024 - 12:54

Bonjour, Merci pour votre article qui détaille bien l’étude menée. La définition du « populisme » reste très floue et la seule assurance que nous ayons est que son étiquette revêt un un caractère péjoratif qui immédiatement classe le débat alors que nous devrions justement l’ouvrir. Les gouvernements « progressistes » connotés quant eux de manière positive n’ostracisent-ils pas eux aussi une partie de la population pour mieux mettre en exergue celles qui selon eux devraient représenter le « bon peuple », respectent-ils tant que cela l’économie de marché lorsqu’ils faussent le marché, les marchés par l’intervention publique sous toutes ses formes ? Ne font-ils pas d’autoritarisme et d’ant-démocratie lorsqu’ils confinent les populations, ne respectent pas les référendums et « contrôlent » les plus hautes institutions du pays ? Le tout avec aveuglement, obstination qui confine à la bêtise. N’est-ce pas l’expression d’une populisme « bourgeois » dont le front est finalement tout aussi bas que celui des autres. Pour mieux comprendre ce qu’il nous arrive, il faudrait commencer par décoller ces étiquettes « populistes, extrêmes, poujadistes… » qui plus les lettres sont écrites en gros moins elle signifie autre chose que la tentative de disqualifier tout en méprisant. Je serais moi aussi très heureux que LR soit le promoteur du libéralisme (qui est aussi une étiquette connotée d’ailleurs) mais nous en sommes très loin et bizarrement je perçois plus de libéralisme chez Reconquête (classé dans les populistes) que chez LR (à l’exception de Nouvelle Énergie). Au plaisir de poursuivre l’échange et sincères remerciements pour vos contributions.

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