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«Populiste», «libéral», «ultralibéral»… comment qualifier Javier Milei, le nouveau président argentin?

Interview de Nicolas Lecaussin sur FigaroVox

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LE FIGARO. – Javier Milei, économiste ultralibéral de 53 ans, a été élu ce dimanche 19 novembre président de l’Argentine avec 55,7 % des voix, bien plus que ne le laissaient prévoir les sondages et un résultat en demi-teinte au premier tour (30 %). Doit-on y voir pour autant une victoire du populisme ?

Nicolas LECAUSSIN. – Javier Milei a largement remporté les élections. Cela fait-il de lui un populiste ? Les Argentins ne veulent plus des politiques socialistes qui ont ruiné le pays et ont donc dit non au candidat Sergio Massa, ministre péroniste de l’Économie. Il faut le rappeler clairement : ce vote a eu lieu dans un pays en récession, avec un taux d’inflation annuel de 180 % et où 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Javier Milei a fait campagne contre le «socialisme de connivence» ardemment pratiqué par les époux Kirchner, présidents du pays, à tour de rôle, entre 2003 et 2015. Ils ont mis la main sur les institutions du pays, ils ont politisé le système judiciaire et détruit les droits de propriété. Ils ont mis fin à l’indépendance de la Banque centrale, ils ont muselé la presse…

Les propositions de Milei sont à l’opposé de tout cela. Il veut restaurer l’État de droit et les libertés individuelles, il veut garantir le droit de propriété et la liberté pour les parents de choisir l’école de leurs enfants. Il veut libérer l’économie, privatiser et mettre fin à l’étatisme, dont il met fortement les vertus en doute, notamment pour lutter contre le réchauffement climatique. C’est un libéral. En même temps, il est contre l’avortement car il considère que les enfants à naître méritent d’être protégés autant que les êtres adultes et il abhorre les progressistes qui prônent l’idéologie identitaire. C’est donc aussi un conservateur du point de vue sociétal. Laissons-lui un peu de temps afin de pouvoir le juger sur les faits plutôt que sur ce qu’on dit de lui.

Le populisme est-il compatible avec le libéralisme ? Le populisme n’est-il pas, par essence, une réaction à l’ordre établi ? Au marché ?

Le libéralisme (ne pas confondre avec le libertarianisme) est pour un État de droit qui remplit ses missions régaliennes, garantit les libertés individuelles et économiques, dans le respect de la loi et des contrats. C’est le contraire de l’anarchie et du communautarisme. Il s’oppose au chaos et, contrairement au socialisme et au populisme, ne fait pas de promesses insensées. Il demande aux individus et aux acteurs de l’économie d’être responsables et de produire des richesses dans un cadre légal et loyal vis-à-vis des parties adverses. Les classes populaires, les classes ouvrières, ont largement voté pour des leaders libéraux, par exemple Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne. Reagan a été réélu dans 49 États sur 50 et Thatcher a gagné trois mandats de suite ! Ils ont fait des réformes libérales et le peuple les a indiscutablement soutenus. Étaient-ils populistes?

Pour l’historien américain C. Vann Woodward, le New Deal de Roosevelt était une forme de populisme : distribution à tout va, contre toute logique du marché et ensuite, il a fallu payer. On peut dire la même chose de l’égalitarisme et du progressisme prônés par certains militants de gauche. Le vote en faveur de Trump en 2016 a, de la même manière, été une réaction à l’Amérique voulue par Obama, celle où les minorités bénéficient du bouclier racial car elles sont forcément des victimes. Rien n’est jamais aussi simple et l’on mesure maintenant à quel point le politiquement correct et l’«affirmative action» ont fait des ravages dans la société américaine.

Aujourd’hui, les craintes de l’immigration de masse et le terrorisme progressiste (ou le populisme de gauche) sont en fait les principales causes des populismes de droite. Ne pas les nier et les comprendre, c’est aussi trouver des solutions sans menacer la démocratie.

Ces dernières années, plusieurs populistes libéraux ont émergé : Trump, Bolsonaro… Le populisme a-t-il évolué ?

Dans son essai intitulé Qu’est-ce que le populisme, Jan-Werner Müller se demande : «Qui, au juste, n’est pas populiste ?» C’est tout à fait pertinent mais le concept est un caméléon. Rappelez-vous, par exemple, comment les vigilants idéologues ont promptement condamné le président Bolsonaro au Brésil, un très dangereux personnage à leurs yeux (Le Monde n’a utilisé que le terme «extrême droite» à son égard). Mais combien ont critiqué l’accession au pouvoir en Bolivie de l’extrémiste de gauche Evo Morales ? Même l’ancien tyran Hugo Chavez au Venezuela n’a pas reçu le même déluge de critiques que le jeune conservateur Sebastien Kurz, lorsqu’il a remporté les élections en Autriche, en octobre 2017. Pareil pour l’ancien président Trump. Son caractère et ses politiques chaotiques ont occulté ses quelques bonnes mesures économiques et politiques : la baisse des taxes et les déréglementations de 2017, les réformes énergétiques, la nomination de juges conservateurs à la Cour suprême, les accords d’Abraham, la politique envers l’Iran, etc. Avec ses quelques mesures économiques libérales, Trump a davantage réduit la pauvreté et les fractures sociales en trois ans qu’Obama en deux mandats.

Il y a donc deux poids, deux mesures quand on parle de populisme, comme il y a deux poids, deux mesures entre le communisme et le nazisme. Il y a même un parti communiste en France ! Il est clair que nous avons tendance à ne voir et ne condamner que le populisme de droite, celui de gauche jouissant d’une immunité quasi-morale. Les politiques et les élites «progressistes» fustigent toute contradiction forcément «populiste». En général, il faut se rendre à l’évidence, il s’agit de tout ce qui se réclame de la droite ou qui, du moins, n’est pas de gauche. On veut bien reconnaître que Jean-Luc Mélenchon soit un «populiste» mais on tolère sa violence verbale et ses joutes démagogiques.

Le libéralisme affiché par de nombreux dirigeants dits populistes n’est-il pas, aussi, une façon de rassurer les sphères économiques ?

En Hongrie, Viktor Orban a effectivement voulu rassurer les sphères économiques en lançant plusieurs réformes économiques libérales dont l’adoption d’un IS (impôt sur les sociétés) à 9 %, le plus bas de tous les pays membres de l’Union européenne. D’un autre côté, il a interdit des organisations non-gouvernementales et la presse est très muselée. Mais c’est surtout Javier Milei qui nous donnera la réponse dans quelque temps. Respectera-t-il son programme ? On verra… Il faudra qu’il arrive à gouverner avec le Congrès qui ne lui est pas du tout acquis (son parti, La Libertad Avanza, ne dispose que de six sièges sur 72 au Sénat et de 38 sur 257 à la Chambre). Pour le moment, ce populisme-là ne se présente pas trop mal…

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3 commentaires

Ulysse 21 novembre 2023 - 10:33

En argentine… Les argentins ne veulent plus de socialistes.. les americains non plus car cela n’aide pas leurs stratégies… Se pourrait-il que ce nouveau prétendant soit un(e) mari-honnête ?

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Dorylée 21 novembre 2023 - 11:21

Appuyer l’économie de son pays sur la monnaie d’un pays endetté à hauteur de 30 000 milliards de dollars, je ne suis pas certain que ce soit une idée géniale…

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Nicolas Lecaussin 22 novembre 2023 - 9:39

c’est pourtant la monnaie mondiale et tout le monde la préfère…

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