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Algérie : mais qu’ont-ils fait de leur indépendance ?

Il est des pays qui réussissent leur indépendance. En Afrique, la République de Maurice et le Botswana montrent que le handicap de l’héritage colonial n’est pas insurmontable pour s’insérer sur la voie du développement économique.
Il en va de même avec certains pays d’Asie dont le processus de décolonisation fut contemporain de celui des pays Africains. Après son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni et sa séparation de la Malaisie, Singapour est passé du statut de pays du tiers monde à l’un des lieux les plus prospères de la planète. La Corée du Sud peut se vanter d’un succès comparable après s’être défait du joug impérial japonais et malgré les conflits qui ont longtemps déstabilisé la région.

Quel est le point commun entre Singapour, la Corée du Sud, le Botswana et la République de Maurice ? Tous ces pays ont su tôt ou tard instaurer des réformes pour se mettre au diapason des économies de marché modernes par le biais de réformes institutionnelles propices au développement des activités entrepreneuriales.

Aperçu des divergences institutionnelles

Quelles sont les institutions propices au développement économique ? L’économiste et prix nobel Douglas North est l’une des personnalités contemporaines les plus connues pour avoir travaillé sur les facteurs institutionnels qui conditionnent la prospérité. Il souligne notamment l’importance du respect des droits de propriété, la présence d’un État de droit impartial, un système judiciaire garantissant l’exécution des conventions ainsi qu’une stabilité juridique, réglementaire et fiscale favorable à la liberté d’entreprendre.

Ces facteurs institutionnels sont notamment repris dans la construction de l’indice de liberté économique produit par le Cato Institute, le Fraser Institute et la Friedrich Naumann Foundation for Freedom, celui qu’a élaboré l’Heritage Foundation ainsi que l’indice de facilité des affaires de la Banque mondiale. Ces indices attestent la différence quant à la qualité des institutions des quatre pays avec lesquels nous avons comparé l’Algérie.

De l’indépendance au socialisme

Comment l’Algérie en est-elle arrivée là ? La situation ne peut être comprise si l’on n’évoque pas l’héritage socialiste des forces indépendantistes algériennes. Après les élections du 25 septembre 1962, l’Assemblée nationale constituante proclame la jeune république et intronise le gouvernement de Ben Bella.

Guidé par le ressentiment post-colonial et les théories marxistes-léninistes, ce gouvernement proclame la nécessité de mettre en œuvre une révolution socialiste. Une campagne de nationalisation des terres agricoles et des actifs abandonnés par les colons est amorcée.

L’industrie et les entreprises « vacantes » sont également absorbées dans le régime dit de « l’auto-gestion » qui s’apparentait davantage aux pratiques de l’économie administrée. Le régime poursuit au milieu des années 60 la nationalisation de secteurs clefs sous contrôle étranger. Le commerce international est quant à lui quasi monopolisé par un organisme gouvernemental : l’Office national de Commercialisation.

Pour tenter de réduire sa dépendance commerciale envers la France, l’Algérie tisse des relations avec certains pays socialistes. L’URSS fournira ainsi des prêts et des conseils techniques. Dans l’industrie des hydrocarbures, tandis que l’État avait longtemps toléré la présence de compagnies étrangères, Boumédiène annonce en 1971 la nationalisation de ce secteur. Malgré quelques tentatives de libéralisations ponctuelles et sectorielles dans les années 80 et 90, le pays reste essentiellement gouverné par les principes de l’économie dirigée.

Le secteur financier reste majoritairement sous le contrôle de l’État et aboutit à une allocation improductive des ressources et des capitaux. Le contrôle des changes entrave la pleine intégration du pays au commerce international.

Une économie dirigée a bout de souffle

Le résultat de cette culture dirigiste se ressent dans l’état du pays. Ainsi que le rappelle le professeur El Mouhoub Mouhoud sur le site The Conversation, le dirigisme a fait obstacle à la diversification de son économie. L’Algérie reste essentiellement tributaire des variations des cours des hydrocarbures. À l’instar du Venezuela, la chute des cours a miné la capacité de l’État à continuer sa politique d’achat de la paix sociale.

Pendant ce temps, la productivité peine à croître. Les travailleurs les plus qualifiés ne voient aucun avenir et quittent massivement le pays. Selon l’OCDE, un quart de la jeunesse est au chômage. Les manifestations contre le pouvoir en place traduisent une soif de changement bienvenue. Espérons toutefois qu’une éventuelle libéralisation politique ne conduise pas à une victoire des islamistes (comme ce fut le cas pour les élections locales de 1990) et qu’elle privilégie les réformes dont le pays a besoin.
Ferghane A

Bibliographie :

Adair Philippe. Rétrospective de la réforme agraire en Algérie (1972-1982). In : Tiers-Monde, tome 24, n°93, 1983. Le rôle de l’Etat dans le Tiers Monde, sous la direction de Moïses Ikonicoff. pp. 153-168.

Vandewalle, Dirk. « Rupture avec le socialisme : Libéralisation et privatisation économiques en Algérie », NAQD, vol. 7, no. 2, 1994, pp. 3-23.

Helie Damien. L’autogestion industrielle en Algérie. In : Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°6, 1969. pp. 113-126.

Charles-Robert Ageron, Histoire de l’Algérie contemporaine : 1830-1990, Presses Universitaires de France, 1964 (9e édition).

El Mouhoub Mouhoud, Algérie, économie politique d’une rupture annoncée, The Conversation, 1 er mars 2019

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Messages (2)

La faillite algérienne

le 12 mars, 08:38 par DA85

Lorsque la France a quitté l'Algérie c'était le pays d'Afrique le plus développé Il y avait une indépendance agroalimentaire, La mitidja était un paradis. aujourd'hui l'algérie importe ses orange...En plus nous leur avons fait cadeau du Petrole.
l'Algérie C'est encore une réussite du socialisme. Et dire que certains chez nous en rèvent

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Des courbes et des faits

le 12 mars, 10:49 par yuropp

La première chose qui frappe quand on regarde ces courbes, c'est … l'incompétence de tous les gouvernements US successifs en matière de maitrise de l'inflation (encore que la France ait fait pire…). Ce qui signifie que (comme le fait l'article) seules les comparaisons "courbe à courbe" présente un intérêt…

Après, derrière les courbes, il y a les faits historiques :

– Avant même que les massacres et tortures de pieds-noirs et de harkis soient finis, les grandes entreprises françaises sont venues "faire leur marché" pour importer de la main d'œuvre à pas cher, avec la bénédiction du gouvernement de l'Algérie indépendante :
a) d'emblée, le gouvernement algérien a considéré que, une fois les pieds noirs chassés ou tués, ils seraient incapable de nourrir leur population : c'est un constat d'échec avant même de commencer
b) l'industrie française a largement "raté le coche" de l'automation industrielle et a préféré "se droguer au salarié pas cher"
c) piedestal ou pas, le responsable de l'existence d'une foret communauté algérienne en France est de Gaulle, pour le meilleur comme pour le pire.

– la brève embellie des années fin 70 - fin 80 correspond, en France, aux septennats Giscard - Mitterrand, qui ont "négocié" le droit de payer le gaz algérien à un prix particulièrement désavantageux pour la France, dans une "logique de repentance" (il est vrai que le second avait de bonnes raisons de se repentir, mais pas avec notre argent).

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