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Nationalisation de STX France : l’Etat se mêle de ce qui ne le concerne pas

La France est un pays où la seule chose qui unit tous les partis politiques est le dirigisme économique. L’Etat est un piètre actionnaire et un mauvais gestionnaire mais pourtant la conviction que l’Etat doit intervenir dans l’économie reste l’idée la mieux partagée.

Le gouvernement n’a donc pu s’empêcher d’exercer son droit de préemption après avoir échoué à modifier un accord signé voilà trois mois seulement, et déjà largement favorable aux revendications de l’actionnaire minoritaire français.
A l’appui de cette décision, les habituels arguments des politiques qui semblent devoir rester à jamais méfiants vis-à-vis de l’économie de marché. Il faut protéger nos industries, nos emplois, nos intérêts contre une société privée donc nécessairement mal intentionnée.

Sauvegarder nos industries

Alors branche marine d’Alstom , les chantiers de l’Atlantique pâtissent d’une situation financière précaire. Ils sont vendus en 2006 à une société norvégienne, Aker Yards. 75% du capital est cédé pour 50 m€ et l’accord prévoit la cession des 25% restant en 2010. A l’époque, cette décision n’entraîne pas la moindre réaction politique.
En 2008, c’est STX, un constructeur coréen, qui rachetant Aker Yards, prend possession des chantiers. L’Etat, cette fois intervient en acquérant 33% des parts sans d’ailleurs prévenir le propriétaire. Nicolas Sarkozy se félicite de « sécuriser les intérêts stratégiques et industriels de la France » qui n’ont semblent-ils pas pâtis lors des années passées sous pavillon norvégien.
Aujourd’hui, les mêmes arguments reviennent. Pourtant possédés pendant dix ans par une entreprise coréenne, les chantiers ont conservé leur savoir-faire. Alors pourquoi une entreprise italienne serait-elle plus dangereuse pour « les intérêts stratégiques français » ? Parce que Fincantieri est associée à une entreprise chinoise ? Si l’on a pu construire deux bâtiments militaires d’importance avec STX sans perdre la prédominance technique (propriété de Naval group et non des chantiers de l’Atlantique), pourquoi cela ne pourrait plus en être ainsi ? Quant à la construction de paquebot de croisière, il est difficile de l’ériger en intérêt stratégique français.
De façon ironique, c’est une entreprise italienne qui a presque sauvé les chantiers quand ceux-ci étaient en manque de commandes. MSC est aussi le plus gros client des chantiers.

Sauver des emplois

« Mais il y a des enjeux en termes d’emplois » selon Bruno Lemaire. Directement et indirectement, 8 000 emplois en dépendraient. Mais les interventions de l’Etat sur des cas particuliers médiatisés sont une goutte d’eau quand chaque semaine de 50 000 à 70 000 CDI sont signés en France. Il y a bien plus à perdre en donnant une image consternante de l’environnement des affaires.
Par ailleurs, les zélateurs de la nationalisation ont beau jeu de parler du la plus grande cale de construction d’Europe. Elle justifierait l’intervention de l’Etat. Mais justement, on voit mal comment celle-ci pourrait être délocalisée.
Créer une entreprise européenne de construction navale ?
L’ultime grelot proposé aux italiens injustement traités, et montré aux français comme l’exemple d’une grande vision, est la construction d’un « meilleur accord », notamment autour des bâtiments militaires. Les ratés très onéreux de l’avion ravitailleur A400M, de l’avion de combat Eurofighter ou du système de guidage satellite Galileo n’ont donc pas guéri les politiques de leurs rêves mégalomanes ? Par ailleurs, la prédominance française sur certaines techniques de construction navale (sous-marin ou BPC par exemple) montre que si la France souhaitait vraiment protéger ses savoirs stratégiques, elle n’essaierait pas de les partager dans une entreprise européenne vouée à l’échec.
Au début de l’année, seul Fincantieri s’est porté acquéreur des chantiers navals. Avec un Etat qui se comporte ainsi, comment croire que d’autres entreprises seraient intéressées ? En tout cas, pourquoi y en aurait-il plus après ce cirque médiatique qu’auparavant ? Il est fort probable que l’Etat concocte un assemblage industriel franco-français dont il raffole.

Quel coût ?

Il n’en coûtera présentement « que » 80 m€, mais au combien plus à venir ? Après l’humiliation lancée aux russes lors de la non vente des BPC, le mépris montré aux italiens, qui voudra encore traiter avec des entreprises que l’Etat français est susceptible de « protéger » ? Il est désormais établi que le gouvernement français peut bafouer un accord avec un pays pour le moins proche au bénéfice de ce qui ressemble à une simple opération de communication. Les coûts cachés de ces opérations sont inestimables.

Le seul point positif à retenir

Une chose est à retenir de cette histoire : Emmanuel Macron n’est pas vraiment un libéral et les ministres de droite qui l’entourent non plus. Les hommes politiques en place n’ont pas de conviction particulière, ils agissent en fonction du temps, et c’est de cela qu’il faut vraiment s’inquiéter.
C’est un maigre avantage, mais la clarté des opinions permet parfois d’avancer : les libéraux ne sont toujours pas représentés politiquement, n’en doutons plus.

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