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Le projet de résolution des Insoumis pour une Assemblée constituante : vers la dictature finale !

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A défaut d’ avoir pu destituer Emmanuel Macron, les Insoumis confirment leur projet de changement de République pour arriver à leurs fins.

Les Insoumis viennent de déposer à l’Assemblée nationale une proposition de résolution (n°788, 21 janvier 2025) : ils veulent convoquer une Assemblée constituante chargée de rédiger la Constitution de la VIe République. Rappelons qu’une résolution se conçoit, selon l’article 34-1 de la Constitution de 1958 révisée en 2008 comme un acte par lequel une assemblée parlementaire émet un avis. Analyse du texte et de ses non-dits.

Un réquisitoire contre Emmanuel Macron

La résolution se présente comme un réquisitoire à l’encontre d’Emmanuel Macron. En effet, ce dernier a osé refuser de « reconnaître la victoire du Nouveau Front populaire » lors des dernières élections législatives. Rendez-vous compte, le Président n’a pas tiré les conséquences du triomphe du NFP qui s’est traduit par l’élection de 193 députés… sur 577 ! La Ve République est qualifiée d’« aisément (?) autoritaire » ; Emmanuel Macron fait preuve d’autoritarisme » et pratique une « politique monarchique » ; il existe un « processus de concentration des pouvoirs ».

En réalité, sur ce point, la résolution se contente de reprendre les thèmes développés par les Insoumis dans leur proposition de résolution (n° 178) visant à renvoyer le Président de la République en Haute Cour. Une procédure avortée puisque l’Assemblée nationale l’a rejetée le 2 octobre 2024. Ce que les Insoumis ne disent pas, c’est en quoi la « monarchie républicaine » sous Emmanuel Macron se distinguerait de celle de ses prédécesseurs…

Deux maîtres-mots : « démocratie » et « peuple »

Face à ce « coup de force » et à la crise politique qui s’en est suivie, il faut « engranger (?) un mouvement démocratique fort » et « recentrer le pouvoir autour du seul souverain : le peuple », dont tout le monde aura compris que sa volonté est uniquement exprimée par les Insoumis… En effet, « les institutions démocratiques doivent répondre à des exigences démocratiques qui leur permettent d’arbitrer les conflits de perspectives au sein du peuple, et de répondre aux demandes sociales et politiques ». Un mélange, donc, de démocratie et de populisme.

Un processus antidémocratique irréversible

La résolution s’attache ensuite à démontrer que non seulement nos institutions se trouvent gravement détériorées, mais que le processus est irréversible. Le passage d’un point à un autre fera débat… « La pratique actuelle organise une sortie progressive de la démocratie ». Les « coups de force successifs d’Emmanuel Macron », « précédents extrêmement dangereux », « empêchent d’imaginer un retour en arrière possible dans le cadre de la Ve République ».

La dernière phrase est surprenante, puisque la prochaine élection présidentielle doit avoir lieu en 2027 et que rien ne dit, même si c’est envisageable, que le futur chef de l’État ait une pratique aussi « monarchique » que l’actuel titulaire de l’Elysée. Jean-Luc Mélenchon a-t-il aussi peu confiance en lui-même pour croire que, président, il n’aurait pas une pratique « démocratique » du pouvoir ?…

La solution

L’objet de la résolution est d’offrir une porte de sortie par le haut à la crise des institutions : l’érection d’une VIe République par le truchement d’une Assemblée constituante. C’est d’une authentique manifestation de « résistance à l’oppression » qu’il s’agit, et la plus belle de toutes : le retour au pouvoir constituant originaire, autrement dit au pouvoir du peuple d’adopter une nouvelle Constitution.

Qui interprète la Constitution ?

Au détour d’une phrase, la résolution révèle celui qui est chargé d’interpréter en dernier ressort la Constitution : le « peuple ». « Le peuple reste celui qui légitime les pratiques institutionnelles et donc celui qui veille à l’exercice régulier des institutions dans le respect de l’Etat de droit ». Cette phrase est étonnante, car elle-mélange deux choses bien distinctes.

La première est que le peuple est en dernier ressort le souverain. Lui seul peut ainsi valider par son suffrage une interprétation précise de la Constitution, par exemple le fait que le général de Gaulle ait usé de l’article 11, autrement dit de la procédure référendaire, pour modifier la Constitution, et non pas l’article 89 qui l’aurait obligé à passer sous les fourches caudines du Parlement et notamment d’un Sénat avec lequel il entretenait des relations difficiles. Par le plus grand des hasards, c’est justement par la procédure de l’article 11 que Jean-Luc Mélenchon veut passer, non plus pour simplement réviser la Constitution, mais pour en changer…

La seconde chose est que la phrase en question reprend les termes de la Constitution actuelle relatifs à celui qui veille au respect des institutions, et qui n’est autre que le chef de l’État, afin de transférer la prérogative au « peuple ». On peut subodorer que le but n’est pas de ne mettre une pierre que dans le jardin de la présidence, mais d’en déposer une aussi dans celui du gardien des institutions qu’est le Conseil constitutionnel. Car dans la future république bolivarienne, il n’est pas pensable qu’une cour constitutionnelle puisse entraver la volonté populaire exprimée par Jean-Luc Mélenchon. Nous voyons ici en pleine lumière le projet d’hyper-démocratie à la sauce insoumise.

Comment on interprète une Constitution

Au détour d’une autre phrase, la résolution révèle la vision de la Constitution telle qu’elle est partagée par les Insoumis, du moins telle que la conçoit le Lider Maximo : « Une Constitution est une norme vivante en perpétuel mouvement ». Cette phrase n’a rien d’anodin. Elle renvoie à l’interprétation des institutions comme une « Constitution vivante », sujette à des interprétations novatrices et à une actualisation permanente, par exemple en « découvrant » des droits nouveaux pour massacrer les « vrais » droits de l’homme. Dans la querelle des interprétations de la Constitution des Etats-Unis, cette méthode s’est notamment opposée à l’intention originaire selon laquelle des institutions devraient être interprétées uniquement d’après les volontés des constituants. Nous n’entrerons pas plus dans ces débats très techniques, mais certains de nos lecteurs se souviendront peut-être du cas du juge Bork, tenant de l’intention originaire, que Ronald Reagan avait souhaité, en vain, nommer à la Cour suprême.

La procédure de changement de Constitution

La résolution veut que le « peuple souverain » rédige lui-même sa Constitution. En conséquence, les « techniciens » doivent lui laisser la place : pas question d’un processus constituant comme en 1958, mais une procédure qui s’inspire des précédents révolutionnaires, de 1848 et de 1946. Il faut que le « plus grand nombre » puisse participer à l’élaboration de la nouvelle Constitution, puisque, manifestement, les électeurs ont non seulement les capacités de voter, mais encore de rédiger en experts un texte constitutionnel… Ici, populisme et hyper-démocratisme s’entremêlent.

Pour prendre connaissance des modalités de l’Assemblée constituante, la résolution renvoie au programme de Jean-Luc Mélenchon de 2022, « L’Avenir en commun », mais elle donne évidemment les grandes lignes de la procédure à suivre. Afin d’aboutir à une « République d’intervention citoyenne », il faut élire une Assemblée constituante pour une part (indéterminée) de ses membres et tirer au sort, le mécanisme démocratique par excellence, pour le surplus. Mais ce processus démocratique n’est pas suffisant. Il faudra aussi que le « peuple » fasse sentir son souffle à Assemblée de l’extérieur, si l’on peut dire. Un « ensemble de mécanismes d’interpellations » doit être mis en œuvre : cahiers de doléances, « mécanismes d’interpellation citoyenne des membres de l’Assemblée », forums citoyens, droit de pétition, « mise en place de comités constituants dans tout le pays », etc. Bref, les membres de l’Assemblée constituante seront sous le contrôle permanent du « peuple », traduisons : des sections du peuple instrumentalisées par les Insoumis, à l’image des premières années de la Révolution française. En dernier lieu, le chef d’œuvre à la Picasso ainsi produit sera soumis… à référendum. Exaltant passage à la dictature !

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17 commentaires

L'Oeil du cyclone 28 janvier 2025 - 1:45 am

Quand la gauche néo-bolchévique parle de “démocratie populaire”, ça en dit tellement long ! Mélenchon a remis en selle la pratique marxiste-léniniste de déstabilisation et de prise du pouvoir (pourrissement, agitation de rue, démagogie, chantage, noyautage, etc.). Il faut être très vigilent. A part cela, les constitutions “révolutionnaires” de 1848 et 1946 ont été peu efficientes. Mais les néo-bolchévistes espèrent mettre en place des “ateliers citoyens” où leurs militants ultra-politisés seront artificiellement hégémoniques face au citoyen ordinaire, et distordre ainsi la volonté du peuple à leur seul profit.

Concernant le blocage actuel, il est du fait du Parlement et non du Président (quoi qu’on pense de Macron par ailleurs). Il y a eu une victoire électorale légale : celle du “barrage” (quoi qu’on pense des circonstances). Il faut donc un gouvernement légal “barragiste”. Or, les Parlementaires d’extrême-gauche refusent le compromis. Ce sont eux qui bloquent la situation, et bafouent le suffrage populaire. Leur but, ce faisant, est évidemment la subversion voire le coup-d’état. Il ne faut rien leur céder, et les mettre face à leurs responsabilités.

J’invite chacun à lire dans les Mémoires du Général de Gaulle (Mémoires d’Espoir, L’Effort, Chapitre 1er – p. 1162-1164 Ed. Pléiade) l’analyse qu’il fait de l’équilibre entre le Président et le Parlement. Il y traite précisément du problème actuel. De Gaulle y apporte par avance une réponse circonstanciée aux subversifs de toutes obédiences.

De Gaulle a précisément voulu l’inexpugnabilité du Président, afin que l’exécutif ne soit pas le jouet du Législatif et des “partis”. En retour, il a permis que le Gouvernement (et non le Président) soit sous le contrôle du Parlement. C’est cela l’équation gaullienne, qui évite le double écueil de l’autoritarisme présidentiel et de la subversion des partis.

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louis 28 janvier 2025 - 8:42 am

les insoumis ? il n’y a que des migrants et des fonctionnaires , autant dire tché guevara mais avec les rtt !😆

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Broussard 28 janvier 2025 - 9:30 am

Ouf !
avant que le ” peuple souverain ” (et ses millions de sensibilités divergentes) parvienne à rédiger une nouvelle Constitution, (en français ou en quoi de plus exotique ?) il en est un (suivez ma pensée) qui serait plus utile en épouvantail à effrayer les moineaux au coin d’un champ fraîchement ensemencé.

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duriez 28 janvier 2025 - 10:10 am

Notre pays s’honore à juste titre d”être un État de droit, comme l’était, à quelques nuances près, la République de Weimar ,pratiquement aussi désordonnée vers sa fin que ne l’est notre pays aujourd’hui. Qu’a-t-elle amenée en 1933 ?
Le national socialisme avec à sa tête un tribun, beau parleur, aux propos excessifs et séduisants mais dont le dessein, bien rédigé, l’était beaucoup moins. Personnage inquiétant servi par une clique qui l’était tout autant. A méditer, l’histoire se répète parfois, ailleurs.

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Michele Goudeau 28 janvier 2025 - 10:28 am

Mélenchon et ses ouailles font peur

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Bernard 28 janvier 2025 - 12:23 pm

Mélenchon veut nous la faire comme en Amérique du sud dont il est bien copain avec eux autrement rien de nouveau avec lui il veut être le chef incontesté avec ses affidés les autres il s’en moque comme de l’an 40.
Et la police que devient t-elles aves LUI? Et ça a été ministre senateur député et la avec les socialistes tout été merveilleux ?

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jacques lemiere 28 janvier 2025 - 2:15 pm

collectiviste donc opposé aux libertés individuelles.

ce qui fait rire c’est leur prétendu combat contre les dictateurs potentiels .. la dictature , c’est leur programme.

mais bon..le propriété c’est le vol, les libertés individuelles aliènent livividu.. le salariat est un esclavage. ils renversent le sens des mots..

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Duhamel 2 février 2025 - 5:29 pm

Je rappelle à tous les syndicalistes admirateurs du tribun Melenchon lui même admirateur de Chavez et Maduro que ceux- ci ont fait exécuter les responsables syndicaux qui naïvement ont cru à la démocratie !!!!

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Mathieu Réau 28 janvier 2025 - 4:05 pm

Le Conseil Constitutionnel, gardien de nos institutions, dites-vous ? Le Conseil Constitutionnel s’est arrogé des pouvoirs qui ne sont pas les siens lors de son “auto-réforme” de 1971. Il ne devrait normalement avoir aucun des pouvoirs de censure qu’il fait constamment peser sur l’exercice législatif et démocratique, et il n’y aurait pas besoin d’une VIème République pour le remettre à sa place : revenir aux fondements de la Vème en abrogeant toutes les réformes du Conseil Constitutionnel suffirait. Mais c’est urgent.

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AlainD 31 janvier 2025 - 1:35 am

J’adhère…

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Bruno GERMAIN 28 janvier 2025 - 6:07 pm

Bon ! Nous en avons marre de sa tronche !
L’abject Mélenchon poursuit donc sa logorrhée mentale et sa nuisance politique puante !
Il est maintenant temps de faire appel à la gendarmerie pour l’arrêter, le mettre dans un fourgon, le conduire dans un asile d’aliéné, lui passer la camisole, au PAIN SEC et à l’EAU et l’enfermer ad-vitam æternam.
ADIOS, camarade et BON DÉBARRAS ! et le soleil démocratique réapparaîtra et resplendira à nouveau.

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gillet 4 février 2025 - 9:03 am

Avec en plus la poissonnière M.Panot pour le fourgon.

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Jean-Aymar de Sékonla 29 janvier 2025 - 6:59 pm

Il cherche le moyen de faire digérer sa soupe créole dans une constitution qui effacerai l’identité française le gros malin!

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Nemouk 30 janvier 2025 - 11:13 am

Et la guillotine, c’est à quel moment du processus démagocratique ?

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AlainD 31 janvier 2025 - 1:33 am

Le vocable “populaire” tel qu’il est utilisé me laisse craindre le pire au cas où (à Dieu ne plaise) Mélenchon parviendrait au pouvoir. On sait ce qu’il en est des républiques populaires, cet adjectif remplaçant celui de communistes pour ne pas faire peur.
Mélenchon aurait il assisté aux cours du soir de Castro et Guévara ? Un duo beaucoup moins comique que Laurel et Hardy

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Duhamel 2 février 2025 - 5:22 pm

Question : le parti NFP qui s’est présenté au second tour n’était pas présent au Premier ? Est ce constitutionnel ?

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louis 5 février 2025 - 9:08 am

avec melenchon vous aurez le frankistan assuré !

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