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« Les abeilles grises », par Andreï KOURKOV

par Brigitte Clavel

Mala Starogradivka est un village totalement déserté dans ce couloir neutre dénommé « zone grise » qui sépare le Donbass en deux et où les snipers séparatistes forment des cratères au milieu des rues et des champs. Mais à partir de l’enfer de la guerre, Andreï Kourkov parvient grâce à la douceur des mots à tracer un chemin où « il ne faut pas arriver les mains vides ». A Mala Starogradivka il ne reste plus rien, ni eau, ni électricité, ni commerce, ni église : Sergueïtch l’apiculteur vit au rythme de ses abeilles et Pachka à celui de livraisons nocturnes de vodka. Ces deux « amis-ennemis » depuis l’enfance ne cessent de s’épier et s’envier, comme le font depuis toujours les Ukrops et les Ukrs. Certes ce livre est d’actualité mais son succès est dû essentiellement à la splendeur du récit. Le style de l’auteur n’est pas celui d’un homme qui se lance dans d’irréversibles jugements manichéens. Il est celui d’un poète qui puise sa force et sa bonté dans sa solitude et son amour pour la nature.

Même Pachka finit par aimer Sergueïtch qui lui donne le sens du partage et il regrette son départ. Car, après avoir accompli ses devoirs à ses risques et périls, celui-ci s’en va vers la Crimée pour trouver un printemps plus clément à sa production de miel. Mais le pays qu’il découvre n’est pas à la hauteur de ses espérances : la pauvreté y est grande, pas le moindre commerce ni université, les hommes se noient dans l’alcool jusqu’à devenir fous, les femmes vivent à la lueur des cierges pour compenser les coupures d’électricité, les journalistes n’ont pas le droit de parler de Russes mais de séparatistes, on troque les pots de miel ou on les déguise de vertus thérapeutiques, les suspects sont enlevés par les agents du F.S.B. sans la moindre justification… Mais Sergueïtch ne se mettra jamais à genoux devant quelqu’un si ce n’est devant le Dieu d’une église ou son icône de St Nicolas le Thaumaturge… Le lecteur a vite compris que l’impérialisme russe est sans pitié : sans doute est-ce le message que veut faire passer Andreï Kourkov au risque de sa vie !

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