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« La voie française » de Bruno Le Maire n’est pas celle du redressement

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Les extraits ci-dessous (en italiques) du dernier livre de Bruno Le Maire mettent en lumière la personnalité du ministre de la Ve ayant d’ores et déjà battu le record de la longévité et esquissent son programme de gouvernement.

Les intertitres, qui ne sont pas de Bruno Le Maire, explicitent les traits de sa personnalité et de son programme. En conclusion la capacité de ce programme à redresser la France sera appréciée.

 Content de lui

« Nous avons apporté la preuve, avec Emmanuel Macron, que la France avait la capacité de corriger ses erreurs, de transformer son image internationale, de redevenir un territoire attractif et une économie à succès… Sommes-nous dans la bonne direction ? Oui… Le spectre du chômage de masse est derrière nous…Nous avons pris les décisions qui s’imposaient sur le marché du travail, sur les retraites, sur la fiscalité, sur la simplification de la vie des entreprises…L’apprentissage est enfin devenu une voie d’excellence … Nous avons changé le logiciel de pensée économique de la Commission européenne… Il aura fallu la détermination politique constante de la France pour que ce qui était tabou devienne totem : la taxation minimale internationale, la dette commune » (européenne).

 Lucide

« Le bilan lucide de son (mon ?) propre engagement ne monte jamais très haut. Nous avons fait beaucoup, mais pas suffisamment encore pour faire basculer la France du bon côté : celui des puissances prospères… Nous sommes désormais à la croisée des chemins… Comment demander à nos industriels de réussir dans la compétition économique mondiale avec une fiscalité plus lourde que celle de nos voisins allemands ou italiens…Avec 1601 heures travaillées en moyenne par an, la France se trouve en-dessous du niveau des pays de l’OCDE, à 1716 heures…Nous ne parviendrons pas à 5% de taux de chômage à modèle social constant… Notre modèle social n’incite pas à reprendre un travail …Quand il est augmenté de 100  €, un smicard perd 48 € de prime d’activité et 12 € d’impôt sur le revenu …Les dépenses de protection sociale, c’est le cœur de notre réacteur national, si complexe que personne n’a osé le désosser totalement pour en comprendre les mécanismes, les distorsions, les effets pervers …Il est illisible…Les 15 prestations sociales qui le composent sont versées en fonction d’un niveau de revenu calculé de 15 manières différentes…A trop dépenser pour la protection sociale ou pour le fonctionnement des administrations, nous nous privons de moyens indispensables pour offrir des emplois qualifiés, ouvrir de nouvelles usines »

Ecologiste

« Le défi humain le plus important depuis des décennies…La décarbonation accélérée de notre économie, un vrai projet de société…Faire le pari de devenir demain, dès 2040, la première économie décarbonée en Europe…Des décrets pour faire financer les dépenses écologiques par les fonds d’épargne et les assurances… Les garanties du Trésor public pour les investissements en faveur de la décarbonation… Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (taxe carbone) …Subventionner largement les investissements dans la décarbonation industrielle…  Le climat devra être intégré dans nos politiques commerciales ».

Protectionniste

« Le libre-échange de l’Europe a permis de devenir une des premières puissances commerciales du monde, mais nous devons tempérer notre enthousiasme mercantiliste au service de nos intérêts industriels et du climat, pour éviter que le continent européen bascule en jour dans les extrêmes … Il est impossible de souscrire encore au principe qu’une nation devrait renoncer à produire un bien et préférer l’acheter à une autre capable de le produire dans des conditions plus avantageuses… Pouvons-nous continuer à importer plus de 70% des fruits ou 80% des poissons que nous consommons ?

Les Etats-Unis refusent de livrer à la Chine certains semi-conducteurs…la Chine décrète un embargo sur la fourniture de métaux rares… De l’autre côté de l’Atlantique on garantit des prix de l’énergie parmi les plus compétitifs au monde… au risque que la chimie quitte le continent européen… Nous avons élargi le contrôle des investissements étrangers…L’Union européenne, ce n’est pas la Ligue hanséatique en grand… La révolution numérique : nous devons casser les monopoles (de la révolution numérique) par des normes européennes appropriées… Nous ne pouvons pas être le continent de la libre concurrence ».

Antilibéral

« Pourquoi vouloir accélérer le désendettement de la France par la réduction du déficit et de la dépense publics ? Pas parce que la dette serait mauvaise en soi comme le laissent entendre certains spécialistes qui ont une vision exclusivement comptable de la politique. Parce que la croissance est faible en Europe. Avec le président de la République nous nous sommes élevés contre cette situation : nous avons proposé des investissements dans l’innovation, les nouvelles technologies. Mais dans le meilleur des cas il nous faudra des années pour redonner de la vigueur à la productivité européenne. Le continent est miné par une démographie faible, un vieillissement accéléré, une croissance atone et ne parvient plus à financer le modèle social qui a fait sa réputation.

Les périodes de fort endettement de notre nation ont coïncidé avec des périodes fastes de notre histoire : Saint Louis, François 1er, Louis XIV. La dette en Allemagne est une faute ; la dette en France est le prix à payer pour la grandeur…

Il faut en finir avec le management vertical, avec la culture du petit chef, cesser de fixer des objectifs de performance hors de portée … une stratégie consistant à produire un bien de qualité médiocre avec le moins de personnel possible ».

Programmatique

« La sagesse commande de rétablir les finances publiques. Aucune nation ne peut se permettre de vivre durablement à crédit … Pour les retraites, compléter la répartition par la capitalisation…Transférer sur la TVA 60 Mds € de cotisations sociales salariales …Augmenter la CSG des retraités…… Aligner la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 55 ans sur le droit commun (18 mois) … Suivant les engagements du président de la République dans sa campagne (« nous créerons un versement social unique »), harmoniser les conditions de recours au RSA, à la prime d’activité et aux APL…Supprimer l’indexation automatique de toutes les prestations sociales, du SMIC ou des pensions de retraite…Alléger encore les impôts de production, qui restent cinq à six fois plus élevés qu’en Allemagne, supprimer la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises… Que l’agrandissement ou la création d’entreprises industrielles soient exclues de la loi sur le « zéro artificialisation nette » (le refus du droit de construire) … Négocier le SMIC par branche … Il est temps maintenant de lever les derniers obstacles sur notre chemin, simplifier les normes administratives qui entravent notre industrie, libérer le foncier nécessaire pour les usines…Nous ne pouvons pas réindustrialiser avec des bâtons dans les roues …Dire non aux pratiques commerciales de la Chine…Réagir aux subventions américaines massives à son industrie… Je me suis cassé les dents sur le sujet d’une supervision unique des marchés de capitaux européens. Avec mon homologue allemand nous souhaitons aboutir sous deux ans … Les revues de dépenses publiques supprimeront les dépenses inutiles…Un référendum sur le rééquilibrage du financement de notre modèle social…

 Nous avons besoin de responsables politiques acquis à la cause de la science, … capables de comprendre le fonctionnement d’une unité d’électrolyse, l’acheminement de l’hydrogène vert, les calculs de puissance énergétique ».

Insuffisant

Cette esquisse de programme économique présidentiel pourra séduire des chefs d’entreprise, et même de nombreux Français, et promouvoir les chances de son auteur à l’élection présidentielle de 2027. Ce programme appelle cependant plusieurs commentaires :

  • Avec l’augmentation massive de la TVA, la taxation minimale des entreprises, la taxe carbone, l’augmentation de la CSG sur les pensions de retraite, ce programme est très loin du « zéro augmentation d’impôts » un mantra que répètent Bruno Le Maire et Emmanuel Macron.
  • Bruno Le Maire ne dit pas un mot de la dépense publique principale, la rémunération des fonctionnaires. Il ignore la baisse des effectifs de 120.000 promise par Emmanuel Macron (qui fut en réalité une hausse ce 150.000). Il propose des dépenses publiques supplémentaires massives pour la décarbonation, les batteries, la technologie, etc. Il supprimera les dépenses inutiles, sans donner le moindre exemple.
  • Pour les dépenses sociales, le « versement social unique » promis par Emmanuel Macron est limité à seulement trois prestations, et n’est plus unique mais une « harmonisation des conditions de recours ». Bruno Le Maire ne dit rien de la lutte contre la fraude, alors que la Délégation nationale à la lutte contre la fraude a été supprimée (et très partiellement remplacée) en 2020 et que les crédits pour une carte Vitale biométrique ont été arrêtés. Il a oublié la réforme des retraites promise par Emmanuel Macron (« Un système universel avec des règles communes de calcul des pensions »), c’est-à-dire la suppression des régimes spéciaux, dont celui des fonctionnaires.
  • Sur la dette publique : pour Bruno Le Maire elle n’est pas mauvaise en soi, elle est nécessaire à la grandeur de la France, la dette commune européenne est salutaire, les investissements climatiques doivent être garantis par le Trésor et rendus obligatoires pour les assurances, les prêts COVID garantis par l’Etat étaient indispensables. Bruno Le Maire est le ministre des Finances qui a le plus augmenté la dette publique. Ses convictions et son programme continueront de l’augmenter.
  • Bruno Le Maire est connu pour son manque de culture scientifique : le seul ministre de l’agriculture qui ignorait qu’un hectare compte 10.000 mètres carrés. Et pourtant il croit connaitre les activités d’avenir (le « calcul quantique », la voiture électrique, l’hydrogène vert), alors que les progrès techniques et les fluctuations des marchés sont souvent imprévisibles. Il prend pour sérieuses les prescriptions aberrantes de décarbonation accélérée du GIEC et ne se pose pas de question sur la compétence de cet organisme onusien.
  • Bruno Le Maire ignore le secteur privé, où il n’a jamais travaillé. Mais il critique la qualité de ses produits, la recherche d’une baisse des prix de revient par des achats à l’étranger et par la mobilisation du personnel (les objectifs de performance). Il veut durcir les normes européennes et, en contradiction avec les objectifs affirmés par Emmanuel Macron, davantage contrôler les investissements privés étrangers. Il ne propose pas une seule privatisation.
  • Sa réduction des dépenses publiques ne doit pas toucher aux fonctionnaires, à leur nombre, à leur statut, à leur retraite, au financement de leurs syndicats, à leur droit de grève (pourtant bien mieux encadré chez nos concurrents européens). Son programme est celui d’un fonctionnaire défendant les privilèges des fonctionnaires.

Pour redresser la France, il sera insuffisant.

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