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« De la France, ce pays que l’on croyait connaître », par Laetitia Strauch-Bonart, Perrin/Les presses de la Cité, février 2022

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Dans ce très bon ouvrage, Laetitia Strauch-Bonart ne se propose pas moins que de rechercher comment redonner aux individus leur autonomie, leurs libertés. Elle suggère d’y parvenir en renonçant au centralisme confiscatoire plutôt que de faire croître sans cesse l’assistance.

Avec beaucoup de talents et de culture, forte de ses expériences étrangères, elle analyse le système actuel et la montée de l’étatisme qui ne répond jamais aux besoins de représentation « par l’accroissement des droits politiques mais par celui des prébendes » (p. 49). Ce qu’elle appelle la société de créance dans laquelle le citoyen se défait « d’un grand nombre de libertés en échange de la protection nourricière de l’Etat » (p. 51). Ainsi l’Etat modèle la France et la mentalité française. Il s’agit, observe-t-elle, d’une histoire ancienne construite au rebours de celle de nos voisins anglais : « Alors qu’au Royaume-Uni les individus gagnent leur liberté contre l’Etat, en France c’est à l’Etat de la produire et de la garantir (p 57). » De Colbert à Napoléon, l’Etat prend une place disproportionnée que traduit aujourd’hui notamment l’importance des dépenses sociales françaises. Ce qui fait que l’étatisme ne règne pas seulement à gauche de l’échiquier politique, mais en est aussi le maître à l’extrême droite et dans une large partie de la droite classique.

Elle déplore l’idéologie dominante qui pense à la place des citoyens et les démunit de toute transcendance. Elle dénonce tour à tour le renversement de la culture, la tyrannie des minorités, le manque d’indépendance des intellectuels et des médias français et l’absence de substance des corps intermédiaires, associations et syndicats, devenus des satellites de l’Etat, nourris par lui. Elle observe que « en France, l’entreprise est une excroissance à surveiller ; outre-Manche, elle est un bourgeon à faire pousser » (p.151). Elle critique la vanité de l’Etat stratège et le risque qui s’ensuit de socialisme de connivence. Elle souligne combien l’omniprésence de l’Etat favorise les injustices, des niches fiscales arbitraires à l’éducation réduite à son plus petit commun dénominateur…

« Dans ce pacte faustien, l’extension de l’assistance est allée de pair avec la privation de nos libertés et le rabougrissement d’une société civile digne de ce nom. L’Etat nourricier nous a dénutris » (p. 75). Surpuissant, le pouvoir devient impuissant, à la mesure de la vacuité du discours d’Emmanuel Macron que ne masque pas le choc de ses mots. Mais Macron n’est que le dernier d’une longue lignée formatée dans le même moule. Tout comme l’intellectuel français s’inscrit trop souvent dans un triple héritage « rationaliste, marxiste et gauchiste ».

Pour y remédier, elle préconise un retrait de l’Etat et une politique qui rende leur responsabilité aux citoyens. « En politique, dit-elle, la non intervention peut être bénéfique » (p. 86). Elle veut renouer avec un « localisme » qui fonctionnerait selon le principe de subsidiarité, qui rendrait leurs responsabilités aux individus en les restituant aussi aux collectivités territoriales, redevenues maîtres de leurs ressources, et aux organismes non lucratifs « désubventionnés ». Elle veut réhabiliter le marché, la concurrence, la puissance de l’ordre spontané et honorer la figure de l’entrepreneur.

Plus profondément, elle veut enrichir la vie intellectuelle, notamment en permettant l’ouverture d’universités privées, et réhabiliter une pensée libérale caricaturée. Ses références à Edmund Burke et Roger Scruton, plus conservateurs, ne l’empêchent pas de puiser aussi beaucoup chez Constant, Tocqueville, Bastiat, Jouvenel (qui eut sa période libérale), Jean-François Revel, pour expliquer les vertus d’un libéralisme qui ne peut pas se réduire à un économisme. Elle n’hésite pas à s’insurger contre ceux qui condamnent l’individualité dont Benjamin Constant appelait le triomphe « sur l’autorité qui voudrait gouverner par le despotisme [et] les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité» » (p. 313).

Elle ne manque pas de courage pour aller ainsi à rebours de la pensée unique française et pour critiquer le monde politique dans lequel elle a travaillé. Elle rêve à une France dont les citoyens n’en appelleraient plus à l’Etat qu’en dernier ressort et dans laquelle l’équité règnerait tandis que l’effort ne manquerait pas d’être récompensé. Pourquoi ne pas rêver avec elle, ou agir plutôt pour que son rêve se réalise ? Un livre à mettre entre toutes les mains.

 

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