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Quelques chiffres qui montrent que le « quoi qu’il en coûte » n’est pas fini…

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En janvier dernier, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, annonçait la fin du « quoi qu’il en coûte ». L’examen parlementaire en cours des projets de loi de finances de fin de gestion pour 2023 et de loi de finances pour 2024 montrent à l’inverse que, loin d’être fini, le « quoi qu’il en coûte » se poursuit. Et ce en dépit d’un goulet d’étranglement appelé à se resserrer du fait de l’aggravation de la charge de la dette dans les prochaines années, exposant la France au risque d’une grave crise de ses finances publiques.

Plusieurs données tendent à prouver que les vannes ouvertes à l’occasion de la crise de la Covid-19 n’ont pas été refermées, ou que des politiques publiques jugées prioritaires ont été privilégiées sans que, symétriquement, soient définies des politiques qui ne le soient pas, ou plus. Pour reprendre la formule du rapporteur général du budget en commission des finances du Sénat, nous sommes entrés dans « l’ère des déficits extrêmes ».

Tandis que le déficit budgétaire annuel « moyen » n’était « que » de 89,8 milliards d’euros entre 2011 et 2019, il est, depuis 2020 et en y incluant la prévision pour 2024, désormais de 172,3 milliards d’euros. En 2023, le déficit budgétaire de l’État devrait être supérieur à 171 milliards d’euros, soit un déficit proche des sommets atteints pendant la crise sanitaire (quasiment 180 milliards d’euros). Pour 2024, le déficit budgétaire est encore attendu à un niveau extraordinairement élevé de 144,5 milliards d’euros. Et pour cause : malgré le retrait des mesures de crise (- 40 milliards d’euros depuis 2022), les dépenses publiques devraient, toutes sphères d’administration confondues, augmenter de plus de 100 milliards d’euros en deux ans (1 640 milliards d’euros en 2024, contre 1 539 milliards d’euros en 2022).

Installé sur un plateau historiquement haut, le déficit de l’État représenterait l’an prochain 45,7 % de ses ressources. En 2024, le déficit public de la France serait ainsi le deuxième plus élevé de la zone euro. Sur les vingt pays membres de la zone euro, treize seraient sous la barre des 3 % de déficit, deux seraient même excédentaires : Chypre et Irlande. Selon le FMI, seule la Belgique (- 4,8 % du PIB) ferait pire que la France (- 4,5 % du PIB).

Naturellement, la France demeurerait en 2024 (109,7 % du PIB) sur le podium européen des pays les plus endettés (derrière la Grèce et l’Italie), avec une hausse de près de 12 points de la dette publique depuis 2017 (98,1 % du PIB), alors même que les autres pays ont eu affaire aux mêmes chocs exogènes. Sur les vingt pays de la zone euro, huit sont sous la barre des 60 % du PIB.

Le bond des émissions annuelles de dette est lui aussi spectaculaire : alors que l’État levait moins de 100 Md€ jusqu’en 2007, il a successivement levé 200 Md€ en 2019, 260 Md€ en 2020, 2021 et 2022, 270 Md€ en 2023 et 285 Md€ en 2024 (projet de loi de finances). Le coût de notre endettement est progressivement aggravé par la hausse des taux d’intérêt. En 2024, les crédits liés à la dette (60,8 milliards d’euors pour la mission « Engagements financiers de l’État ») seront proches des crédits affectés à l’ensemble des missions régaliennes de l’État (73,8 milliards d’euros, dont 10,1 milliards d’euros pour la mission « Justice », 16,5 milliards pour la mission « Sécurités » et 47,2 milliards pour la mission « Défense »). L’an prochain, 60 % des recettes d’impôt sur le revenu (94,1 milliards d’euros attendus) serviront à financer les seuls intérêts de la dette (56 milliards d’euros), lesquels devraient croître de 50 % d’ici la fin du quinquennat (84 milliards d’euros prévus en 2027).

Les évolutions de la masse salariale publique fournissent, elles aussi, un bon indicateur quant au souci porté à la gestion financière publique. Lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la masse salariale des administrations publiques avait baissé de 13,9 % en volume ; alors qu’elle n’avait augmenté « que » de 3,4 % sous François Hollande, la masse salariale publique a déjà bondi, en volume, de presque 10 % depuis l’élection d’Emmanuel Macron (+ 9,7 % entre 2017 et 2024). L’an prochain, les effectifs de l’État (+ 6 695 postes) et de ses opérateurs (+ 1 578 postes) augmenteront encore, en contradiction avec les engagements pris dans le projet de loi de programmation des finances publiques (LPFP) pour les années 2023 à 2027

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7 commentaires

Jar 28 novembre 2023 - 8:17

Comment se fait-il que les agences de notation ne réagissent pas? ”complices”?

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Roven 28 novembre 2023 - 9:26

Macron joue au président, en représentation permanente, mais le costume est trop grand : aucun sens de l’intérêt national, il flatte médiocrement son ego en achetant des voix dont il sait qu’elles vont se raréfier… et nous allons le payer très cher en émeutes et en impôts.

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Serge CIBOXER 28 novembre 2023 - 10:35

« QUOIQU’IL EN COÛTE » sérieusement… Messieurs IREF c’est « À QUI IL EN COÛTE » ????? le vrai sujet qui n’est pas traité comme il se devrait dans vos lignes. Parce que les saupoudreurs de l’argent public ne sont ni responsables ni coupables de quoi que ce soit dans la gabgie de l’état à aujourd’hui, et ils sont toujours aux manettes, avec le même logiciel. Ça ne leur coûte pas un rond, à chacun d’entre eux personnellement, à moi oui !

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Goufio 28 novembre 2023 - 3:34

À moi qu’il en coûte aussi. Nous ne sommes pas tous égaux devant les impôts.
Il n’y a pas de sanctions financières pour nos dépensier s publics. Il n’ont aucun respect de notre argent présent et futur car les dettes elles se paient.
Le ministre de l’économie (plutôt de la dépense) est agrégé de lettres modernes, il n’a rien à faire à ce poste.

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Jean-Pierre LEBRUN 28 novembre 2023 - 10:51

Tout va bien. Mais si. Nos gouvernants lorgnent sur notre épargne et le tour sera joué.
Rappelez-vous cette « ministre » qui avait réuni banquiers et assureurs lors du 1er quinquennat de Macron
dans un lieu symbolique : le Palais Bourbon ! et avec un ènième coup de 49.3, c’est dans la poche…

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DEL 6 janvier 2024 - 9:46

tout comme beaucoup d’autres hélas …

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maxens 29 novembre 2023 - 5:35

Heureusement que notre président est banquier, sinon, on pourrait s’inquiéter! Sérieusement, 40 ans de gestion calamiteuse, qui vont entraîner des spoliations et des privations pour plusieurs décennies; et rien en change. Nous avons plus de fonctionnaires, plus de dépenses d’assistanat, plus de prélèvement obligatoire, plus de dettes, que dans tous les états comparables, et aucun dirigeants ne veut vois le problème: une bande d’incompétent trop préoccupé par leur réélection ou ne pas faire de vague…comme cette histoire de ne pas donner les prénoms. Je suis là 5 ans, pas de vagues, pas de courage, le sort de mon pays m’indiffère..et cela ce prétend homme d ‘Etat

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