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Macron se tait : l’étrange silence du président

par Morgane Afif
Il aura fallu trois longues semaines à Emmanuel Macron pour dévoiler l’identité du successeur de Jean Castex à Matignon. Le silence a longtemps fait planer le mystère sur le choix de son nouveau Premier ministre : le maître des horloges aurait-il été dépassé par le temps ?

Vendredi 13 mai, minuit. Ainsi s’achève le premier volet de l’ère Macron. 2022 : tome deux pour le président réélu. « Là où de nombreux peuples ont décidé le repli, cédé parfois à la tentation nationaliste, à la nostalgie du passé, aux sirènes d’idéologies dont nous pensions avoir quitté les rives au siècle précédent, le peuple français a fait le choix d’un projet clair et explicite d’avenir. […] Un projet fidèle à l’esprit qui, depuis les Lumières, n’a cessé de souffler sur nos terres, tournant le dos aux démagogies faciles » déclarait le chef de l’Etat lors de son investiture, le 7 mai, jouant son habituelle rhétorique progressiste.

Mystère, pourtant, sur le nom du prochain locataire de Matignon, alors qu’Emmanuel Macron réunissait mercredi 11 mai à l’Élysée Jean Castex et l’ensemble du gouvernement pour le dernier Conseil des ministres de son premier mandat, malgré un remaniement imminent. C’est lundi 16 mai, au retour de son dernier voyage officiel, au Vatican à l’occasion de la canonisation de saint Charles de Foucauld, que Jean Castex s’est rendu à l’Elysée, à 16h, pour remettre sa démission au président de la République. C’est donc à Elisabeth Borne, ministre du travail du gouvernement Castex que reviendra notamment la charge de mener la bataille des législatives au nom de la majorité présidentielle. Celle qui revendique être « une femme de gauche » correspond d’ailleurs à ce portrait-robot que présentait Emmanuel Macron lors de son premier déplacement, à Cergy, après l’annonce de sa réélection : « quelqu’un qui est attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive ».

Le président qui voulait gouverner

Emmanuel Macron aurait-il eu du mal à trouver le parfait successeur à son loyal Premier ministre ? Désarroi ou stratégie : le discours officiel retiendra, du reste, que c’était pour ne pas se soumettre à l’agenda de la presse, ni à celui de ses opposants, que le président a fait durer le suspense. Jean Castex, l’homme du terroir à l’accent chantant, aura finalement réussi à ne jamais faire d’ombre à Jupiter : dans les couloirs de la macronie, on se lamente sur le départ du « rempart ». Difficile, dès lors, de remplacer celui qui sut marcher toujours un pas derrière, laissant au président le soin de ses fonctions : pourtant, un Premier ministre gouverne, quand le président préside, contrairement à ce que souhaiterait Emmanuel Macron.

Ce n’est pourtant pas la première fois que ce dernier joue la carte du silence : taiseux ? Il s’était déjà abstenu en 2018, alors que les gilets jaunes envahissaient l’Arc de triomphe à coups de flammes et de pavés début décembre, silence long de plusieurs jours, que d’aucuns prirent pour du mépris. Rien, pourtant, n’aura battu le record de l’entre-deux-mandats : vingt-deux jours, cette fois. Vingt-deux jours sans acte politique fort, « une phase de décantation » selon l’Elysée, un délai nécessaire « pour préparer la suite », selon le principal intéressé, période qui nourrit toutefois une forme d’incertitude dans les rangs de la majorité présidentielle alors que les contingences électorales occupent les esprits. Quand Macron se tait, c’est la Nupes qui danse. Les déçus de l’ère Macron ne s’en cachent plus : « Le nouveau quinquennat avance sur un champ de cendres » déplorait Sylvain Fort. Celui qui fut l’un des proches conseillers du président ajoute dans les colonnes de L’Express : « Cette campagne présidentielle n’a pas fait émerger l’armée enthousiaste de l’an II. Elle nous a placés face au gouffre ».

Matignon pour préparer les législatives

Le silence du président n’a pas enveloppé uniquement le nom de son bras-droit : il s’est également abstenu de commenter les réformes à venir, ainsi que les mesures concernant le chantier de ces cinq prochaines années. Passée l’excitation des premiers jours, même dans le camp du président, le soufflé retombe. Elisabeth Borne saura-t-elle rassembler les troupes ? Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et poids lourd de la majorité, avait déjà exprimé son souhait de voir l’ancienne ministre de la Transition écologique siéger à Matignon. Si le président s’est tu si longtemps, c’est aussi parce qu’il a essuyé plusieurs refus, dont ceux de Véronique Bédague, directrice générale du géant de l’immobilier Nexity et Valérie Rabault, présidente du groupe PS à l’Assemblée nationale.

La stratégie du mutisme s’était avérée payante pour la présidentielle, il faut le reconnaître : exit les sujets qui fâchent, la retraite et les revendications des gilets jaunes. Pour ce second volet du second quinquennat, le chef de l’Etat attend la constitution du nouveau gouvernement pour donner le coup d’envoi de la campagne des législatives. Jouer avec la montre aura aussi permis à l’Elysée de condenser la campagne à venir, tour de passe-passe qui lui avait assuré la victoire d’avril dernier. En limitant rigoureusement ses interventions, Emmanuel Macron rejoue sa campagne pour laisser ses adversaires s’affronter seuls sur le ring.

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6 commentaires

Daniel 1945 18 mai 2022 - 6:32

A quoi bon voter ? Plus personne, politique, journaliste ou simple citoyen n’accepte le résultat des votes.

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Roven 22 mai 2022 - 9:21

Oui, les technocrates hors sol ont conquis les institutions électives, ils sont si éloignés du peuple dans leurs bureaux dorés que celui-ci trouvera d’autres formes d’intervention politique que les élections de good boys… La rentrée va être chaude, nos gouvernants élus par défaut une fois encore n’ont pas de légitimité reconnue.

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Poivre 18 mai 2022 - 6:35

« quelqu’un qui est attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive »
La question environnementale telle que pensée par l’écologisme à la mode est antinomique des deux autres questions. Bon courage à la dame.

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JR 18 mai 2022 - 8:52

Bonjour Poivre, vous avez raison, elle ne réindustrialisera pas le pays, car la condition sine qua non est de disposer d’énergie abondante et bon marché. Ce que la Macronie et auparavant les socialos inféodés aux verts refusent de faire. Notre industrie thermonucléaire est dévitalisée et les idéologues déclinistes prétendument écolos refusent obstinément la recherche et l’exploitation des ressources 100 % d’origine naturelle (gaz & pétrole) dans notre sous-sol. Ne comptons pas sur E.Borne pour stopper le déclin de la France et le déclassement des Français. La France est déjà exemplaire: https://static.climato-realistes.fr/2021/01/FicheACR9-1.pdf . Merci. Bien à vous

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AlainD 18 mai 2022 - 9:09

C’est peut être une méthode qu’il estime géniale( ben oui, c’est assez son style) mais ce que je constate c’est que pendant ce temps le gouvernement et les députés ne font plus rien, cela me fait penser à ces fins d’années scolaires où, une fois les compositions corrigées les élèves ont quasiment quartier libre à ceci près que ces messieurs-dames continuent d’être payés. Pourquoi ai-je le sentiment d’être floué ?

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Fasquelle lavoine jm 22 mai 2022 - 6:25

Il pourra dire avec son beau sourire :ce n’est pas moi c est elle (ou lui) mais on a l’habitude.
Je pense souvent à la chanson : »les jeunes loups « tant pis pour ceux qui s’y laissent prendre et dommage pour les autres. I will survive (I hope)

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