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Les Français aiment de moins en moins le libéralisme. Pourquoi ? Que faire ?

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Malgré les innombrables succès dont il est à l’origine (économiques, technologiques, sanitaires, etc.) depuis plus de deux siècles, le libéralisme semble être honni plus que jamais dans le monde en général, et en France en particulier. Pourquoi ? Peut-on espérer réconcilier un jour nos concitoyens avec ce courant d’idées ?

Le libéralisme a toujours aussi mauvaise presse en France

Déjà malmené à la fin des années 1990 par les « anti » ou « altermondialistes », le libéralisme est toujours aussi contesté et même détesté à notre époque. Mis à rude épreuve par la crise de 2008-2009 (on se souvient du grief de « financiarisation de l’économie », sempiternellement ressassé), marqué par la crise du Covid, qui a considérablement élargi (fût-ce provisoirement) le champ d’intervention de l’État-providence, le libéralisme est aujourd’hui si universellement mal-aimé que de plus en plus de libéraux l’ont même abjuré, du moins en partie – Guy Sorman nous parle désormais de « post-libéralisme », Francis Fukuyama estime pour sa part que le « néo-libéralisme » d’un Friedrich Hayek ou d’un Milton Friedman est voué à disparaître. Ce mouvement, observable à l’échelle planétaire, de défiance croissante à l’égard du libéralisme, rencontre un écho particulièrement favorable en France, qui ne l’a d’ailleurs jamais beaucoup aimé. (Pour un examen complet de cette question, on se reportera à L’Obsession anilibérale française, Libréchange, 2014.) Héritière d’une tradition « colbertiste » faisant d’un État fortement centralisateur le pivot central de l’économie, largement réceptive au XXe siècle aux idées socialo-marxistes, la France n’a jamais expérimenté le libéralisme (mise à part la brève parenthèse d’une très timide esquisse de libéralisation de l’économie entre 1986 et 1988, lors de la première cohabitation). Chose d’autant plus incompréhensible que c’est la France qui, avec l’Écosse, l’a inventé  au siècle des Lumières…

Comme le rappelle Alexis Karklins-Marchay dans son dernier livre, Pour un libéralisme humaniste (Paris, Presses de la Cité, 2023), « le terme  « libéral »est devenu une insulte, aussi bien à gauche qu’à droite (p. 22). Le libéralisme, ajoute-t-il (hélas avec raison), est devenu la bête noire des politiques de tous bords : nationalistes, socialistes, écologistes, etc. ». « Le fait pour un politique de se dire « libéral » anéantit d’un coup ses chances d’être élu ». On peut considérer que cette situation reflète bien, d’une manière générale, la réputation qu’a le libéralisme en France. Selon un sondage conduit par l’Ifop en 2023, en partenariat avec L’Opinion, 70% de nos compatriotes le voyaient favorablement en 1999, alors qu’ils ne sont plus que 50% en 2023. En outre, 46% des Français voudraient davantage d’État, et 51% considèrent que l’État devrait davantage protéger les citoyens sur le plan social.

Haro sur le libéralisme

Dans le même ouvrage (cf. la sous-partie intitulée « Les sept péchés capitaux du libéralisme »), Alexis Karklins-Marchay tente de regrouper les principaux reproches qui sont faits au libéralisme, parmi lesquels : l’individualisme, la logique financière et la priorité donnée à la rentabilité de l’actionnaire, le consumérisme, ou encore l’exacerbation des inégalités.

Alexis Karklins-Marchay admet que certaines de ces critiques sont parfois quelque peu simplistes ou erronées. Mais plutôt que de s’attacher à réfuter ce qu’elles comportent d’arguments fallacieux, plutôt que de tenter de convaincre le lecteur a priori hostile des bienfaits du libéralisme, y compris pour le plus grand nombre, Alexis Karklins-Marchay préfère le rendre présentable en appelant à son renouvellement de l’intérieur : il doit aujourd’hui selon lui incorporer les critiques qu’on lui adresse, à défaut de quoi il serait condamné à disparaître.

L’IREF s’attache à faire exactement le contraire : nous nous efforçons de partir de ces critiques pour les réfuter, une à une. Prenons l’individualisme : une notion souvent exécrée dans notre pays, car nous l’assimilons spontanément à l’égoïsme ou au narcissisme. Comme le philosophe Alain Laurent n’a cessé de le montrer dans ses livres et ses articles, l’individualisme, c’est le souci de soi dans le bon sens du terme, qui n’exclut nullement celui des autres. C’est la possibilité de construire soi-même sa propre existence, de se prendre en charge sans faire peser le poids de ses décisions personnelles sur la collectivité – chose assortie de la reconnaissance de ce droit pour autrui.

La logique financière et la rentabilité de l’actionnaire, ensuite. N’oublions pas que c’est la compétitivité des entreprises – sous-tendue par la recherche constante de la satisfaction du client et la perspective de rendements pour l’actionnaire – qui a permis de créer depuis les débuts du capitalisme moderne autant de richesses et d’emplois. En outre, pourquoi vouloir toujours diviser la société en clans (les actionnaires contre les travailleurs, par exemple), dont les intérêts seraient prétendument antagonistes ? Une société libre est une société dont les acteurs sont largement interdépendants. Qui plus est, l’actionnaire ne relève pas d’une quelconque caste de privilégiés : tout un chacun peut devenir aujourd’hui actionnaire, au rebours de ce que pensait d’ailleurs Marx.

Quant à l’accroissement des inégalités, celles-ci ont été incomparablement plus marquées dans les sociétés « nomenklaturistes » que furent feu l’URSS ou ses dérivés socialistes, que dans les sociétés capitalistes. La mondialisation libérale a permis au contraire à des millions de personnes de par le monde de sortir de la grande pauvreté. Et ce qui compte en définitive, c’est l’élévation globale du niveau de vie, qui permet aujourd’hui à presque tous d’avoir accès à un ensemble considérable de produits et de services, qui ne sont pas réservés à une seule élite.

Foi collectiviste, peur de la liberté

Chacune des critiques du libéralisme listées par Alexis Karklins-Marchais dans son livre est réfutable, et a d’ailleurs souvent été réfutée par l’IREF dans ses articles et ses « pendules à l’heure ». Et par bien d’autres encore. Gageons toutefois que la plus rigoureuse démonstration de la fausseté de ces critiques ne suffirait pas à convaincre les Français des vertus du libéralisme. Car le refus d’y adhérer est aussi, et peut-être surtout, largement motivé par des facteurs d’ordre irrationnel.

Dans son livre Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007, p. 278), Pascal Salin écrit que la social-démocratie (tout comme les sociétés entièrement collectivisées, à un degré inférieur) repose sur deux piliers, la foi et la peur. « Foi, écrit-il, dans les solutions étatiques, foi dans le collectivisme, foi dans le volontarisme, peur de troubler l’ordre établi, peur de penser différemment, peur de perdre des avantages acquis. Il nous faut donc ébranler cette foi et vaincre cette peur ». Ébranler cette foi collectiviste est une chose difficile à accomplir dans la mesure où elle est généralement imperméable aux arguments et à la démonstration rationnelle. Quant à la peur, comment espérer la vaincre ? Comme le remarquait Jean-François Revel dans La Grande Parade (Paris, Plon, 2000, cf. le chapitre « La peur du libéralisme »), la résistance au libéralisme répond à un besoin d’ordre psychologique : celui de « conjurer deux peurs présentes en chacun de nous, la peur de la concurrence et la peur des responsabilités » (p. 255). D’où la pléthore de barrières érigées en France contre les concurrents réels ou potentiels, ainsi que les avantages et statuts spéciaux octroyés à des groupes défendant des intérêts catégoriels. Revel rappelle en outre l’importance du « confort de l’irresponsabilité qu’apporte l’appartenance à toute la grande machine étatique ou para-étatique » (ibid.). Les Français ne seront donc susceptibles d’adhérer au libéralisme qu’à cette double condition : qu’ils aient la lucidité de constater que que l’étatisme et le collectivisme n’ont jamais rien résolu de manière satisfaisante, et qu’ils sachent aussi dépasser leur peur de la concurrence et de la responsabilité. En bref, qu’ils reprennent confiance en eux.

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9 commentaires

Chris 25 mai 2023 - 4:32

Alexis Karklins-Marchay présente l’ordo libéralisme comme une solution pragmatique adaptable à une catégorie de la population française, la plus majoriritaire.
Les libéraux conservateurs ne font pas autre chose, avec une autre catégorie de la population française.
Chacune de ces tendances libérales, en cherchant à s’adapter à son public visé, semble parfois adopter des positions constructivistes et perdre de vue les principes libéraux, mais ne confondons pas ces derniers avec les stratégies à adopter pour les rendre compréhensibles par la population.

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Oncpicsou 25 mai 2023 - 5:53

D’un coté les « technico-scientifiques » créatifs et individualistes et qui génèrent de la richesse
De l’autre les « baratino-litteraires » stériles et collectivistes pour profiter des précédents
Dans une démocratie, basée sur la règle du plus grand nombre, devinez qui va gagner ?

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Racapé 25 mai 2023 - 7:22

Là où je ne suis pas d’accord avec votre posture concerne le choix que de la réfutation!
Il y a nécessité comme dans tout sujet à mettre à jour les approches de ce à quoi nous croyons!
Le libéralisme n’y échappe pas et nécessite qu’il soit conjugué au XXI e siècle un peu différemment qu’au XIXe! Alors ayons foi dans ces valeurs libérales en les défendant, en les vulgarisant au sens noble du terme avec ce qui fait les spécificités certes bien complexe de notre XXI siècle !!

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JACQUES 25 mai 2023 - 8:26

Capitalisme, libéralisme sont des mots à définition vague et variable que les politiques utilisent négativement pour justifier l’étatisme et l’autoritarisme gouvernemental (sans le dire de manière explicite). Cette désinformation va de pair avec l’entretien de la haine des riches.

Le résultat (en France) : en 50 ans notre pays est passé de la 5ème place mondiale à la 26 ème pour le revenu par tête.

Vous pouvez dire : c’était mieux avant, sans être un crétin !!!! Parce que c’est vrai. Et même ça va empirer.

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CHOLLEY 25 mai 2023 - 8:32

En fait la difficulté vient du discours Orwellien qui appelle libéral en France un système qui progressivement ne l’est plus.

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Picot 25 mai 2023 - 11:04

C’est donc la peur de la liberté, car les mots ont un sens, qui motive cette idiotie de croire que l’État peut et doit tout faire pour nous faire vivre et nous protéger. Ce qu’il ne fait pas du tout, en fait, bien au contraire. Cela crève les yeux en ce moment. Ce n’est pas un hasard si, par exemple, les médecins libéraux disparaissent en ce moment après des années de persécutions, c’est une volonté politique en action depuis longtemps. Les autres professions libérales, si cela continue comme ça, auront, elles aussi, du mal à survivre.

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Pascal 25 mai 2023 - 8:45

On doit aussi s’interroger sur ce que désigne le terme de libéralisme aujourd’hui parmi la sphère activiste « mainstream », portée par les médias : il semble y avoir un amalgame entre les méthodes du management et de la gestion en général, mises en œuvre de façon inappropriée dans les administrations depuis au moins le mandat de Nicolas Sarkozy, et les principes libéraux qui sont pourtant clairement différenciables. Un ouvrage éclairant à ce titre, celui de Béatrice Hibou, « La bureaucratisation du monde à l’ère néolibérale ». La terminologie de « néo-libéral » désigne alors la face moderne du libéralisme, on peut même voir l’amalgame avec les écrits de Friedrich Hayek.
Dans ce cadre, soit il y a une intention de réduire ce qui gène, soit il y a superficialité de la part de tout un peuple qui se situe généralement à gauche sur l’échiquier politique (voire très à gauche).

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Astérix 27 mai 2023 - 7:47

Le mot libéralisme est utilisé à toutes les sauces et de nombreux français pensent que le libéralisme c’est la politique actuelle socialoverdocommuniste !???
Merci à ceux qui se sentent concernés d’ouvrir un dictionnaire afin que les pendules soient remises à l’heure !

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Astérix 29 mai 2023 - 7:45

Rappel de la vraie définition du LIBÉRALISME :

« Doctrine économique qui défend la libre entreprise, la non intervention de l’État dans le secteur économique. »

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