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Le partage des dividendes : quand l’idéologie prime sur le bon sens et nous conduit droit dans le mur

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Marx n’a décidemment pas fini de remporter des victoires, à moins que ce ne soit tout simplement celles de la bêtise ou de la démagogie insouciante. Et c’est bien regrettable pour tous. Ne voilà-t-il pas en effet que le brillantissime eurodéputé Pascal Canfin, avec l’appui d’une Macronie qui décidemment ne sait plus à quel saint se confier, propose d’inscrire dans la loi le partage obligatoire des dividendes avec les salariés de l’entreprise. Que cette disposition soit réservée à des «  dividendes exceptionnels » ou pas ne change rien à l’affaire.

S’il y a une entreprise c’est parce qu’il y a au départ un entrepreneur

Pour mesurer la perversité (et la stupidité) de cette proposition, un bref rappel sur l’origine et le fonctionnement d’une entreprise est nécessaire. Un rappel qui d’ailleurs n’en est peut-être pas un car on se demande en entendant ces propositions ce que nos « élites » ont bien pu apprendre sur les bancs de l’école à travers leurs cours d’économie…

S’il y a une entreprise c’est parce qu’il y a au départ un entrepreneur—ou un groupe d’entrepreneurs—qui pensait avoir perçu dans son environnement la manière de dégager un profit en proposant des services ou des produits à d’autres individus qui peuvent être des consommateurs ou d’autres entreprises. Le plus souvent il s’agit d’une micro-entreprise : un individu qui espère par son activité dégager une marge suffisante pour faire vivre son foyer. Ce dernier aura parfois besoin d’embaucher quelqu’un pour développer son projet. Le contrat sera l’instrument qui fixera les termes de cette coopération. Ce contrat, comme tout contrat de long terme, prévoira entre autres choses un partage des risques et, le plus souvent, l’employé appréciera une rémunération fixe (un salaire), laissant à l’employeur le souci de porter les risques inhérents à l’activité économique ; la contrepartie étant bien entendu que ce dernier subira les pertes, si perte il y a, et encaissera les profits si profit il y a. Une multitude d’adaptations à ce principe de base peuvent être apportées pour de bonnes raisons : l’employeur pourra par exemple verser des primes lorsque l’entreprise « tourne bien », ou encore proposer à ses employés de prendre des parts dans l’entreprise. Ce qui importe c’est de garder cette liberté contractuelle, laissant aux parties la possibilité s’il le juge nécessaire de modifier les termes de la convention.

Notre entrepreneur aura également bien souvent recours à des financements extérieurs pour développer son projet ; il fera appel à des investisseurs. Pour cela il pourra soit s’adresser à eux directement (la famille, les proches, des actionnaires) ou passer par l’entremise d’une banque. Là encore la coopération sera scelée par un contrat : contrat de prêt avec la banquier avec une rémunération du prêteur préalablement négociée, contrat d’actionnariat ou de partenariat avec l’investisseur qui, en contrepartie du soutien financier qu’il apporte verra, si tout va bien, la valeur de ses parts augmenter et/ou percevra une part des profits sous forme de dividendes si profit il y a et si l’assemblée des actionnaires décide de redistribuer ces profits plutôt que de les réinvestir dans l’entreprise.

La vie d’une entreprise est ainsi réglée par un ensemble de coopérations concrétisées à travers des contrats négociés entre les parties prenantes. Le choix des termes de ces différents contrats est évidemment important et peut participer au développement de l’entreprise comme le freiner.

Voilà où conduisent l’idéologie et la démagogie de nos élites

Pas besoin d’être très malin pour comprendre que la proposition aujourd’hui mise sur la table est de nature à détruire l’équilibre de ces coopérations. Dans les faits, elle consiste à imposer les termes du contrat aux parties prenantes. (Une atteinte de plus à la liberté contractuelle.) Si donc l’assemblée générale décidait de verser des dividendes aux actionnaires elle serait désormais contrainte par la loi d’octroyer dans le même temps une prime aux salariés. Les salariés, qui rappelons-le sont très largement protégés contre les mauvaises conjonctures du fait même d’un contrat prévoyant un salaire (mais pas tout-à-fait car il peut y avoir des licenciements économiques — risque pris en compte dans les négociations), auront à présent droit à une partie des profits s’il est décidé de verser des dividendes. Les actionnaires de leur côté continuent à porter seuls les risques de perte (la valeur de leurs parts diminue) et doivent à présent partager plus largement les profits. Dans quelle mesure ? C’est une bonne question à laquelle nos élites ont sans doute déjà pensé puisque la contrainte pèserait sur « les entreprises d’au moins 50 salariés, dans lesquelles les dividendes versés sont supérieurs à 20% (sic) de la moyenne des cinq dernières années ».

Les conséquences à moyen terme de cette disposition sont relativement aisées à envisager. Dans les négociations des contrats d’emploi on pourrait voir le montant des salaires diminuer puisqu’une partie des profits reviendra de droit au salarié. On pourrait aussi voir les primes « classiques » diminuer pour les mêmes raisons. Et là où le salarié est déjà actionnaire de son entreprise il recevra plus de dividendes que le reste des actionnaires : au titre d’actionnaire et au titre de salarié. Enfin le rendement d’un investissement en action sera plus faible (même si les entreprises font le choix de rester en-dessous du seuil qui déclenche le mécanisme des dividendes salariaux) ce qui, de facto, accroîtra le coût du financement des entreprises et/ou réduira leurs marges d’autofinancement. Faut-il aussi mentionner que certains investisseurs pourraient décider de placer leur argent hors d’un hexagone où les choses sont décidément bien compliquées.

Voilà où conduit l’idéologie et la démagogie de nos élites qui n’ont que faire d’une société fondée sur la liberté responsable, la coopération et le contrat et préfèrent travailler activement à la lutte contre l’exploitation des salariés par les actionnaires et les propriétaires, au « partage équitable » des richesses (car ce qui est prévu dans le contrat n’est pas équitable ?), à la lutte contre les inégalités et les « surprofits » des grandes entreprises (qui devront en sus des dividendes salariaux qui s’appliquent à toutes les entreprises, verser une « super-participation »). Parce qu’elles dédaignent la science économique, ces mêmes élites déploreront demain le manque de confiance dans les négociations et la détérioration du tissu social. Ce à quoi elles répondront sans doute par une nouvelle attaque contre nos libertés. C’est malheureusement là l’une des rares choses que sachent faire ces ignorants, créateurs d’inflation et destructeurs de richesse et d’harmonie.

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13 commentaires

Francis156 1 décembre 2022 - 7:37

Je signe

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Laurent46 1 décembre 2022 - 7:47

On se dirige de plus en plus vers un communisme d’Etat avec à la tête une clique de petits dictateurs irresponsables. A quoi bon s’investir alors dans une entreprise, à y mettre toute son énergie, son argent et ses biens ?
On peut déjà voir ce régime dans de nombreuses collectivités locales qui font de la concurrence déloyale aux privés qui les payent dans bien des domaines. La porte est grande ouverte à un régime dictatorial communiste qui semble bien convenir à beaucoup de Français offrant aussi comme dans les pays communiste la possibilité d’un glandouillage sans précédent que certains appellent l’art de vivre, mais qui oublie que l’art de vivre demande beaucoup d’argent et l’argent ne vient qu’avec le travail ce que ne semble pas comprendre notre gouvernance d’Etat y compris les parlementaires qui font de ce besoin d’argent que des Dettes. Si je regarde le cumul des Dettes Etat / collectivités locales cela fait vraiment froid dans le dos mais explique aussi la très grande faiblesse des Français y compris les politiques pour les maths incapables de se rendre compte de la situation.

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Obeguyx 1 décembre 2022 - 8:37

Superbe démonstration !!! Juste une question : « D’où viennent les professeurs d’économie qui enseignent ? ». Ils viennent des bancs de l’école, n’ont jamais travaillé dans une entreprise, n’ont jamais été à leur compte, ne savent généralement pas lire un bilan d’entreprise et pire n’ont jamais mis un pied dans la société civile. Un de mes très proches amis (poète à ses heures) était prof’ d’économie et m’a avoué, une fois en retraite, qu’il ne connaissait pas de matière à enseigner aussi idiote que l’économie, car uniquement construite sur de l’idéologie. Je crois que tout est dit … Bienvenu au « mur » …

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Boisgontier 1 décembre 2022 - 10:15

Oui, tout cela est l’évidence même mais le pays est malheureusement l’héritier de l’idéologie de 1968. On n’en est pas encore sorti, tristement, et le « soviétisme » rampant qui caractérise la politique de trop nombreux acteurs dans notre pays, est de plus en plus évident.
NB: vous confondez « conjecture » et « conjoncture », Par ailleurs, « celée » s’écrit « scellée ».

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Nicolas Lecaussin 1 décembre 2022 - 10:27

Tout à fait ! merci à vous !

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Astérix 1 décembre 2022 - 10:47

La question est simple, qui met au pot dans l’entreprise, c’est l’entrepreneur et lui prend tous les risques et apporte le capital avec éventuellement d’autres investisseurs auxquels il doit rendre des comptes. Si un salarié veut toucher d’éventuels dividendes, il doit acquérir des parts. Tout le reste n’est que littérature !
L’on voit bien où en est la France ! pays bolchévique qui va à 300 à l’heure dans le mur !

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Marie-Thérèse Bouchet 1 décembre 2022 - 6:02

Mais oui, tout est aussi simple que ça !

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Oncpicsou 1 décembre 2022 - 11:01

Heu… la participation et l’intéressement que peuvent verser les entreprises à leurs salariés C’est quoi ?
L’oxymore du jour: « Un économiste de gauche »

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Goufio 2 décembre 2022 - 7:51

Très bon article
Tout décideur (énarque la plupart du temps qui n’a appris que la réglementation et la taxe) ignore l’économie réelle, qui ne représente plus que 43 % du PIB puisque 57 % sont les dépenses de l’Etat (ne serions-nous pas déjà communistes ?)
Ce que tout ce monde semble ignorer c’est que l’édifice France ne tient que grâce à ces 43 % d’économie privée et qu’à la force de l’exploiter, elle plie mais rompra comme dans tous les systèmes socialistes. C’est bien dommage que l’histoire ne soit pas retenue

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AD59 2 décembre 2022 - 10:13

S’ils le souhaitent, les salariés pourraient investir leur argent dans l’entreprise, ils s’apercevraient que la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous, que la gestion doit être rigoureuse et que l’on ne peut pas se contenter de réclamer.

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Gerard 4 décembre 2022 - 5:09

C’est le conseil d’administration représentant les investisseurs qui décide de la destination des bénéfices après impôts, participation, primes etc vers le réinvestissement et/ou la distribution.
Ces décisions sont prise en fonction de la position de l’entreprise sur son marché, ses comptes, contrats et perspectives d’évolution qui sont pour la plupart confidentielles.
Une intervention aveugle de l’Etat dans ces choix est particulièrement néfaste pour l’investissement dans les sociétés Françaises.
J’ai décidé de ne pas fonder une société en France à cause des charges sociales crées sous Hollande qui ont grevé les dividendes, si en plus ces dividendes qui rémunèrent le risque de perte totale ou de gel indéfini de l’investissement doivent être réduits arbitrairement, il faut être inconscient pour financer des sociétés Francaises dans un tel contexte.
Evidemment les gogos et les inconscients ne manquent pas avec un bon marketing organisé par les banques.

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Astérix 8 décembre 2022 - 11:33

En parfait accord. Il faut être complètement innocent pour créer ou investir en France dans des sociétés avec notre système siocialoverdocommuniste ! Merci Bien à vous.

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Martinage 10 décembre 2022 - 1:54

Petit chef d’entreprise je touche 6 € de l’heure , pas de vacances pendant 10 ans , jamais un week-end . Ça intéresse quelqu’un ?

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