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En 2022, aucune des 34 missions du budget de l’État ne verra ses dépenses baisser

par Victor Fouquet
Le 7 juillet dernier, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, déclarait à l’issue d’un conseil des ministres : « Nous avons atteint la cote d’alerte en matière de finances publiques ». L’examen en cours au Parlement d’un projet de loi de finances rectificative pour 2022 aurait dû être l’occasion, une fois ce diagnostic posé, d’engager une politique de réduction des dépenses des administrations publiques.

Or, qu’observons-nous ? La nouvelle prévision de dépenses publiques pour 2022 s’élève à plus de 1 500 milliards d’euros, en hausse de près de 60 milliards par rapport à la prévision de la loi de finances de début d’année. Ainsi, pour la troisième année consécutive – et malgré cette fois-ci une révision à la hausse du niveau des recettes fiscales de près de 50 milliards d’euros ! – la prévision de déficit se trouve dégradée en cours d’année à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Sur cette nouvelle hausse de 60 milliards d’euros, plus de la moitié (35 milliards d’euros) est imputable à des mesures prises pour endiguer l’inflation, mais dont l’effet sera au contraire de l’alimenter (appelant en conséquence, de la part de ses bénéficiaires, de nouvelles aides dans une sorte de cercle vicieux devenu addiction). Il en ira ainsi des mécanismes d’indexation générale agissant sur la demande intérieure, telle la revalorisation des prestations sociales et du point d’indice de la fonction publique (dont le surcoût est chiffré à près de 5,5 milliards d’euros…). De son côté, la charge de la dette, compte tenu là aussi des effets de l’inflation et du coût des obligations indexées, augmente de près de 18 milliards d’euros par rapport à la prévision initiale.

Un rapide coup d’œil sur l’évolution des dépenses pilotables, à savoir celles sur lesquelles l’État conserve une totale maîtrise (en sont exclus, par exemple, la charge de la dette, les pensions de retraite ou encore les prélèvements sur recettes au profit de l’Union européenne et des collectivités locales, autant de dépenses qui ne dépendent pas des seuls arbitrages budgétaires de l’État), illustre l’écart qui, au sein de l’exécutif, sépare le constat des actes. Dans le budget rectificatif pour 2022, les dépenses pilotables augmentent de plus de 18 milliards d’euros par rapport au budget voté en début d’année, qui les augmentait déjà de près de 9 milliards d’euros par rapport à 2021, soit « une augmentation inédite des dépenses pilotables de 27 milliards d’euros environ en 2022 », souligne le rapport fait sur le texte au nom de la commission des finances du Sénat. Cette hausse est d’autant plus significative que les dépenses pilotables laissent en dehors de leur champ les dépenses les plus importantes prévues par la loi de finances rectificative, en particulier la nationalisation d’EDF (quasiment 10 milliards d’euros) ou l’accroissement de la charge d’intérêt de la dette. Fait notable : aucune des missions du budget général de l’État n’amorce la moindre baisse de dépenses sur le périmètre des dépenses pilotables…

La cote d’alerte a bel et bien été atteinte. Elle a même été largement dépassée. Sans que l’on prenne la mesure de l’urgence, tandis que les conditions de financement de la France ont radicalement changé. Ainsi, en 2022, le déficit public devrait excéder de près de 25 milliards d’euros le déficit constaté en 2019, avant donc la survenance de la crise sanitaire et l’impact de la relance économique sur les finances publiques. La dette (environ 2 930 milliards d’euros attendus fin 2022, en hausse de 121 milliards par rapport à 2021), que l’on présente habituellement comme une charge laissée en héritage aux générations futures, sera en large part supportée par la génération présente, du fait de l’inflation et de l’érosion de l’épargne. Bref, nous n’allons pas pouvoir encore très longtemps persister dans le déni et faire l’économie de véritables réformes de structure.

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