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Pourquoi il faut s’opposer au revenu universel

Les difficultés économiques actuelles suscitent évidemment des suggestions pour essayer de surmonter ces difficultés. Mais elles sont aussi l’occasion pour certains de profiter de cette situation pour essayer de faire admettre des propositions de politique économique auxquelles ils tenaient bien avant la crise économique actuelle. Tel est le cas de ceux qui se déclarent en faveur de la création d’un « revenu universel  », c’est-à-dire un montant de ressources auquel tous les citoyens auraient droit[1].

Il y a pourtant deux arguments essentiels contre le revenu universel. Il y a tout d’abord un argument de principe : le revenu universel suppose que les bénéficiaires de ce revenu ont des droits sur autrui. Or, ce qui est justifié d’un point de vue éthique c’est que les droits de propriété légitimes sur les ressources proviennent des efforts des individus pour créer ces ressources. Il est immoral de prétendre que d’autres personnes ont des droits sur ces ressources. Par ailleurs il ne faut pas confondre les actes de charité volontairement faits par les propriétaires de ressources, par exemple pour des personnes pauvres – ce qui est louable – et le transfert de ressources par l’usage de la contrainte publique, ce qui doit être considéré comme immoral.

L’autre argument contre le revenu universel est de nature pragmatique (et non contradictoire avec l’argument éthique ci-dessus). Les bénéficiaires durevenu universelsont incités à ne pas faire d’efforts productifs et, par ailleurs, les impôts prélevés sur les autres citoyens pour financer le revenu universel diminuent leurs incitations productives. Il y a donc une moins grande production de biens et services, d’où il peut résulter une plus grande pauvreté de certains. On donne alors à ces derniers un revenu universel et l’on se trouve dans un cercle vicieux de diminution de la production et d’augmentation des transferts.

Certes il est vrai que si l’on substitue le revenu universel à une très grande variété d’aides – que l’on appelle à tort des « aides sociales » - on respecte mieux la liberté de choix des bénéficiaires de ces aides : ainsi ils choisissent le domicile qui leur convient au lieu d’être logés dans un « logement social ». Mais cela ne constitue pas pour autant une justification du revenu universel : pourquoi favoriser la liberté de choix de certains aux dépens de la liberté d’usage de leurs ressources (y compris la liberté d’être charitable) par ceux qui doivent financer ces transferts ? Milton Friedman a préconisé ce qu’il a appelé l’impôt négatif précisément pour qu’il remplace toutes les aides sociales et permette aux bénéficiaires d’avoir une plus grande liberté de choix. Mais on doit reconnaitre que Milton Friedman, qui a défendu beaucoup d’idées libérales d’une manière remarquable, peut tout de même être contesté à ce sujet.

Un système social optimal ne repose donc évidemment pas sur l’instauration d’une réforme telle que le revenu universel. Mais ce serait un système reposant sur la liberté individuelle et refusant donc l’exercice de la coercition, qu’elle soit privée ou légale. Dans un univers de liberté, le sentiment de solidarité peut fort bien exister et l’Histoire de l’humanité montre bien qu’il y a toujours eu des individus sensibles aux difficultés d’autrui et donc disposés à avoir un comportement charitable (par exemple par l’intermédiaire des mouvements religieux). Or l’existence d’une prétendue solidarité sociale est en fait bien souvent la conséquence des propositions des hommes politiques pour être élus car on trouve toujours une majorité pour spolier une minorité. Mais elle a pour conséquence de faire disparaitre l’esprit de charité volontaire. Par ailleurs on doit admettre que tout individu a normalement les capacités d’avoir des activités productives qui lui permettent de vivre. Certes, il existe des individus qui ont une totale incapacité productive d’ordre physique ou intellectuel. Mais on peut imaginer que, dans une société totalement libre et sans transferts publics, les parents prendraient une assurance pour leurs enfants avant même leur naissance pour qu’ils puissent disposer de ressources vitales si jamais ils ont une incapacité productive totale. Les gens libres savent trouver des solutions.

Professeur d’économie honoraire de l’Université Paris-Dauphine, ancien président de la Société du Mont Pèlerin, auteur de Libéralisme (éditions Odile Jacob, 2000), Le vrai libéralisme-Droite et gauche unies dans l’erreur (éditions Odile Jacob, 2019)

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Messages (2)

Hors sujet

le 7 mai, 09:36 par Chris

Une fois de plus, les arguments donnés ici (droits sur autrui et désincitation à l'effort) sont tout à fait recevables, mais ils concernent la redistribution sociale en général.

J'attends toujours de véritables arguments contre le revenu universel (ou son expression synonyme l'impôt négatif), au regard de la multitude des aides et contraintes actuelles (qui vont des aides sociales classiques à la destruction du marché du travail par le SMIC, en passant par les subventions à certains secteurs de l'économie devenus totalement dépendants) qui sont avilissantes, discriminatoires, arbitraires, dispersées à travers des organismes étatiques ou para-étatiques plus ou moins autonomes, et donc auto-inflationnistes, incontrôlables et coûteuses.

# Re : Hors sujet

7 mai, 18:11 - Nicolas Lecaussin

Je pense que vous parlez de l’allocation unique qui regroupe toutes les aides sociales et qui n’a rien à voir avec le revenu universel distribué à tout le monde. Oui, nous sommes pour l’allocation unique
mais pas pour le revenu universel.
Cordialement,
Nicolas Lecaussin

8 mai, 08:06 - Chris

Remarquez que ce texte s'applique de la même manière à l'allocation unique que vous dites approuver, qu'au revenu universel, ou à toute autre forme de redistribution non volontaire.
Contre le revenu universel, ce sont des arguments spécifiques au revenu universel qu'il faudrait avancer, et il se trouve que Christian Michel nous apporte aujourd'hui une bonne piste, basée sur l'irrationalité du concept, dans son article de Contrepoints.

- Répondre -

Pour un paradis fiscal universel

le 12 mai, 14:11 par Patrick Urli

Hors du contexte social, rien de nouveau
En attendant, effectivement penser qu’un smicard qui travaillerai a mi temps, pourrait prétendre à gagner deux fois plus qu’une personne bénéficiaire d’un revenu de base (hors allocations sociales)
Ça laisse rêveur sur la revalorisation du travail manuel

- Répondre -

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