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La dette Covid, un fardeau de plus pour les Français

mercredi 3 mars 2021, par Adélaïde Motte

La dette générée par la crise sanitaire et sa gestion par le gouvernement sont dans tous les esprits. Faut-il l’annuler ? La rembourser normalement ? Attendre un peu ? Beaucoup ? François Bayrou propose une nouvelle solution : ne commencer à la rembourser qu’en 2030. Une option hasardeuse.

La dette Covid se monte, selon François Bayrou, à plus de 200 milliards d’euros. Si cette dette était, comme il le propose, remboursée sur trente ans, de 2030 à 2060, cela représenterait environ 20 milliards d’euros par an, soit 0,5 % à 0,7 % du PIB prévisionnel de 2031. C’est là qu’un premier bât blesse. En des temps plus qu’incertains, où la BCE doit repenser l’euro avec le Bitcoin, où de nombreuses entreprises sont au bord de la faillite et ne tiennent qu’artificiellement, grâce aux aides du gouvernement, en des temps où les Français préfèrent épargner plutôt que consommer, tant ils ont peur pour l’avenir, comment établir une prévision fiable du PIB dans neuf ans ?

Une dette Covid colossale et hybride

La dette Covid ne comprend pas les dépenses habituelles de l’Etat, mais uniquement celles qui sont liées à l’épidémie. Actuellement, elle se compose du plan de relance (100 milliards d’euros, dont 40 milliards de l’Union européenne), des coûts du chômage partiel (34 milliards d’euros), du fonds de solidarité pour les entreprises (8 milliards), de l’aide à la culture (2 milliards), des primes aux ménages précaires (2 milliards), des exonération de charges sociales (3 milliards), des dépenses exceptionnelles de santé (12 milliards pour l’achat de matériel et la rémunération des soignants), des avances remboursables aux PME (500 millions), des ajustements fiscaux (400 millions), des aides exceptionnelles aux indépendants (900 millions), et enfin d’autres crédits, comme les plans automobile et aéronautique (6 milliards).
Certains de ces postes de dépenses n’ont pas encore été totalement utilisés. Si seuls 8 milliards d’euros ont été dépensés pour les entreprises dans le cadre du fonds de solidarité, l’Etat a en réalité prévu 20 milliards d’euros. Il en va de même pour l’exonération des charges sociales, avec trois milliards dépensés sur les huit prévus.

Le plan de soutien de l’Union européenne représente une somme, pour tous les Etats, de 750 milliards d’euros, divisée en 360 milliards d’euros de prêts et 390 milliards de subventions. Les prêts seront à rembourser par les Etats qui en auront bénéficié à partir de 2028, sur trente ans. Les subventions, elles, seront récupérées par l’UE sur la même période par la création de nouvelles ressources propres, entendez taxes. Une taxe sur le plastique en 2021, et peut-être, en 2023, une taxe carbone aux frontières et une taxe sur le numérique. Si ces taxes ne sont pas acceptées, la Commission européenne demandera une augmentation des contributions nationales, qui fournissent aujourd’hui les trois quarts du budget de l’UE.
En plus de ces dépenses, qui totalisent 200 milliards d’euros, Bayrou propose de mettre en place un plan de reconquête de l’appareil productif. Ce plan mettrait, lui, 200 à 250 milliards d’euros à disposition des « secteurs stratégiques d’avenir ».

La dette Covid devra être remboursée, par les Français

La dette Covid est gérée par l’agence France Trésor, qui fait appel à des prêteurs ou créanciers, les « marchés financiers ». Ce peut être des banques, des fonds d’investissement, des compagnies d’assurances, des particuliers (voir graphique). L’agence France Trésor émet des bons du Trésor (BTF) et des obligations assimilables du Trésor (OAT), c’est-à-dire des reconnaissances de dette qui engagent l’Etat à rembourser les sommes empruntées. La BCE a racheté leurs obligations aux marchés financiers-investisseurs, et a refusé l’annulation de la dette. Cette solution a en effet été proposée par plusieurs économistes à Christine Lagarde, présidente de la BCE. Ils considéraient souhaitable que la dette soit annulée et que les Etats s’engagent à investir les sommes anciennement dues « dans la reconstruction écologique et sociale ».

La France, -donc les contribuables français-, a donc plus de 200 milliards d’euros à rembourser, sans échappatoire possible. Cela équivaut à 6 500€ de dette par actif (l’Insee en compte environ 30 millions), sur trente ans. Charge donc à chacun de trouver, de 2030 à 2060, 220 euros chaque année pour rembourser la dette Covid. Ce remboursement pourrait être perçu au titre de la Contribution au remboursement de la dette sociale, qui correspond actuellement à un prélèvement de 0,5 % des salaires. Créée en 1996, pour 13 ans, cette contribution a ensuite été prolongée, et doit en principe être supprimée en 2033. Ce qui ne sera pas possible si la dette Covid doit être remboursée à partir de 2030.

L’autre solution est dans la reprise de la croissance. Les 110 milliards d’euros épargnés par les Français en 2020, en sus de leur épargne habituelle, qui pourraient être portés à 200 milliards fin 2021, pourraient, en revenant sur le marché de la consommation, générer de l’activité, donc de l’emploi, des taxes, et des impôts. Cependant, alors que les restrictions durent depuis près d’un an, et que la situation à l’international ne se débloque pas, cet espoir tient plus du vœu pieux. Il est peu probable que les Français réinjectent immédiatement leurs milliards en vacances, restaurants, bars et autres, au point de relancer la croissance. Il serait plus crédible de les imaginer conservant précieusement, du moins en large partie, leur épargne péniblement acquise, en prévision d’un retour de la pandémie, d’un plan de licenciement ou d’une hausse des impôts. Sans oublier que la crise est loin d’être terminée, comme nous le montre la désertion des rues à partir de 18h ou les restaurants désespérément vides. La dette Covid va donc continuer à s’alourdir. Et elle est loin, très loin, d’être la seule à devoir être remboursée. S’y ajoutent le plan de reconquête à 250 milliards d’euros, la dette « habituelle » de 2 700 milliards d’euros, et les 140 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat, que les Français vont devoir rembourser à partir de cette année ou de 2022.

http://www.economiematin.fr/news-dette-covid-france-chiffres-inquietude-danger-moinier
https://www.capital.fr/economie-politique/qui-va-payer-la-dette-de-la-crise-du-covid-19-1386489
https://www.dossierfamilial.com/actualites/vie-pratique/faut-il-annuler-la-dette-covid-de-letat-879148
https://www.capital.fr/economie-politique/le-cout-exorbitant-de-la-crise-du-covid-19-pour-la-france-1385032
https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/francois-bayrou-prone-une-relance-massive-de-leconomie-en-cantonnant-la-dette-covid-1293173
https://www.touteleurope.eu/actualite/plan-de-relance-europeen-quelles-sont-les-prochaines-etapes.html

https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/La-dette-Covid-un-fardeau-de-plus-pour-les-Francais

Vos commentaires

  • Le 4 mars à 09:25, par Laurent46 En réponse à : La dette Covid, un fardeau de plus pour les Français

    Meilleure solution pour ne pas le jeter en prison, il ne sera naturellement plus de ce monde ....
    Quelle bande de lâches et d’escrocs, laisser toutes ces dettes à nos petits enfants ! C’est une honte d’avoir de tels individus dans la proche mouvance gouvernementale.

  • Le 4 mars à 12:11, par ? En réponse à : La dette Covid, un fardeau de plus pour les Français

    J’ai du mal à suivre : si la dette sanitaire est de 200 Mrds et qui faille 30 ans à raison de 20 Mrds par an son coût serait de 600 Mrds. Il doit y avoir un bug quelque part.

  • Le 4 mars à 12:15, par goufio En réponse à : La dette Covid, un fardeau de plus pour les Français

    Le plan Bayrou qui oscille entre 200 et 250 Mrds, cette approximation ne fait pas sérieux soit ce calcul a fait l’objet d’une étude sérieuse ou pas. Un haut commissaire ne peut pas se fourvoyer ainsi

  • Le 4 mars à 16:02, par GGL En réponse à : La dette Covid, un fardeau de plus pour les Français - au 2nd regard

    Tout d’abord on peut penser que c’est encore l’idée souvent employée d’un politicien qui renvoie le paiement aux générations futures pour quand il ne sera plus en poste. Mais il faut prendre en compte le taux d’intérêt qui s’il est négatif efface lentement la dette dans le temps. Si vous y ajoutez l’inflation annuelle et même une faible croissance cette dette sera relativement beaucoup plus faible en 2030 sans avoir contribué à son remboursement. On ne peut parler de dette sans parler de taux d’intérêt.

  • Le 4 mars à 23:57, par Hans du Schnockeloch En réponse à : Dette covid une vaste fumisterie en vue.

    Cette proposition est une honte.! L’état jacobin est incapable depuis qu’il a eu le droit de s’endetter de finir une année sans déficit. Depuis 1973 je crois , il rajoute à la dette à chaque année c’est ça le vrai problème. Il ne sera jamais capable de réduire la dette et la dette covid ne fait que rajouter de la misère à la grosse misère existante
    C’est ignoble de vouloir nous faire croire que nous allons rembourser une dette. Comme l’a dit Mr C Allègre en son temps , il faut dégraisser le mammouth état français Ce qui jusque à ce jour est impossible Tel le joueur de flûte de Hameln , la jacobinerie nous entraine vers le ravin à coups de pipeau
    Seule une vraie réorganisation de la france en état fédéral pourra nous sortir de l’ornière.
    Pour mémoire, la dette sans le covid est à 2300 à 2500 milliards.
    Alors bonne chance,
    Une solution existe pour la dette covid, mais je n’ose la donner ici !
    Bien que très efficace, elle ne plaira pas beaucoup..

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