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Dette Covid et solutions magiques

jeudi 4 février 2021, par Victor Fouquet

L’indigence de la culture économique en France résumée en un sondage : d’après l’enquête Odoxa-Aviva pour Challenges et BFM Business, 34 % des personnes interrogées estiment qu’il ne faudrait pas rembourser la dette contractée par l’État pendant la pandémie de Covid-19 ; 39 % des Français estiment qu’il faudrait la rembourser pour « une bonne partie avec une contribution exceptionnelle des grandes fortunes » ; 73 % suggérant de faire et l’un et l’autre…

Peut-on ne pas rembourser une dette et, pour le dire de manière moins pudique, l’annuler ?

L’annulation des dettes est une idée qui revient régulièrement dans le débat agitant experts, économistes et politiques. L’accroissement vertigineux de la dette contractée par l’État pour contrer la propagation de la pandémie et les conséquences des mesures de confinement n’y est pas étranger. L’encours de la dette négociable, qui atteignait un niveau de 1 823 milliards d’euros à la fin de 2019, était, du fait de la crise sanitaire, mais aussi du plan de relance, attendu fin 2020 à 2 030 milliards d’euros, puis à 2 126 milliards d’euros fin 2021, d’après les documents budgétaires du projet de loi de finances pour 2021, soit une augmentation supérieure à 300 milliards d’euros en deux ans. Certes, la situation dégradée d’un débiteur peut conduire ponctuellement à une annulation de sa dette. Mais elle gruge le créancier, alors privé de son capital et ses intérêts.
Le manquement à l’engagement qui le lie à ses créanciers affaiblit également la capacité future du débiteur à emprunter ou, s’il y parvient, l’expose à une remontée des taux d’intérêts. Enfin, le non-remboursement de la dette crée un « aléa moral » toujours périlleux, en favorisant les agents peu rigoureux aux dépens de ceux qui, bons gestionnaires, ont anticipé la matérialisation des risques. Si elle ne remboursait pas sa dette, à cause par exemple d’une économie atone ou de l’absence de toute réforme structurelle (telle celle des retraites, maintes fois différée, et qui s’apprête à l’être encore), la France serait rapidement sanctionnée par les marchés financiers. Sa prime de crédit et sa charge de la dette s’envoleraient.

Autre vieille lune à avoir refait surface : l’instauration d’une contribution exceptionnelle des grandes fortunes.

En l’espèce, il faudrait aller très au-delà d’un simple rétablissement de l’ISF (lequel rapportait « seulement » 2,1 milliards d’euros de plus que l’actuel IFI, bien loin des 300 milliards d’endettement supplémentaire évoqués ci-avant), et manifestement dépasser le niveau d’imposition optimal au-delà duquel le rendement de l’impôt diminuerait. Cela est tout particulièrement vrai pour la France qui, avec un ratio de recettes fiscales de 4,0 % du PIB (chiffres OCDE, 2019) s’agissant des prélèvements sur le patrimoine, se classe au deuxième rang mondial. Creuser encore davantage l’écart avec les grands pays industrialisés concurrents ne pourrait que porter préjudice à notre pays, à ses investissements, à l’emploi et, au bout du compte, à ses finances publiques.

Plus fondamentalement, postuler qu’il suffit d’augmenter les impôts pour assainir durablement les comptes publics revient à ignorer d’une part la complexité des liens qui unissent fiscalité et dépenses publiques et d’autre part le risque des effets négatifs sur la croissance d’une hausse excessive des prélèvements obligatoires. Les hausses d’impôts, dès lors qu’elles créent un sentiment de facilité financière, poussent plus facilement, ensuite, les décideurs à engager des hausses de dépenses publiques. Après la crise de 2008-2009, l’OCDE notait ainsi : « Les efforts d’assainissement menés avec succès dans le passé ont généralement fait une large place aux réductions de dépenses pour des raisons d’économie politique, mais aussi du fait de leurs effets positifs en termes d’efficience et, lorsqu’elles étaient concentrées sur les transferts et d’autres dépenses courantes, de leur durabilité apparente.

Avec un niveau de prélèvements qui atteint déjà environ 35 % du PIB en moyenne dans la zone OCDE (et jusqu’à 50 % environ dans certains pays), de nombreux régimes fiscaux réduisent le PIB en émoussant les incitations au travail, à l’épargne et à l’investissement. Les dépenses publiques sont élevées dans la plupart des pays de l’OCDE fortement endettés. Devant la hausse imminente des coûts liés au vieillissement, la voie la plus prometteuse de la viabilité budgétaire passe par des réductions de dépenses qui améliorent l’efficience allocative (meilleure utilisation générale des ressources) ou productive (moindre coût des ressources par unité de service produit) . » Ces lignes s’appliquent plus que jamais à la France de 2021.


Messages

  • La dette contracté par l'Etat Français, du moins celle liée aux "récentes conditions sanitaires", l'a été avec la Banque Centrale Européenne. La BCE.

    La BCE prête actuellement aux Etats à taux négatif. De l'ordre de -3%. L'Etat emprunte 300 milliards et reçoit 309 milliards. L'Etat a donc tout intérêt à emprunter, il "gagne des sous".

    La BCE fait marcher les presses à billets et "hop ! bingo pognon !"

    Pour éviter une inflation immédiate, cette création de monnaie est placée sur un compte dit d'attente. "On" attend que les Etats emprunteurs remboursent.

    C'est bien pratique : Dans cette économie on ne parle plus de valeurs mais seulement de temps. L'ennui est que si un jour (Le temps ...) "on" efface ce compte "on" obtient une inflation, une inflation différée.

    L'Etat dépense tout l'argent reçu, y compris les milliards supplémentaires du taux négatif. Ça finance les aides aux commerces et aux particuliers obligés de fermer boutique ou d'être au chômage technique, etc., la paix sociale, toutes choses fort couteuses.

    L'ennui sur ce point est que les gens dépensent une grande partie de cette aide dans l'achat de biens manufacturés en Asie... Mis à part la TVA ou les frais de douane (Lorsqu'elles sont perçues ...), c'est de l'argent qui sort du pays.

    Il faut donc bien voir que :
    - L'Etat a intérêt à emprunter, le plus possible.
    - Depuis que les monnaies ne sont plus indexées sur un étalon quelconque, l'argent n'a plus d'autre valeur que celle qu'on lui attache.
    - Les banques d'Etat (Secteur public bancaire) ne sont plus que des succursales des Etats et de la BCE. Elles ne "peuvent pas tomber".
    - Les banques privées ne sont plus que des acteurs de la macro économie à la merci de celles du secteur public (Cf le scandale "non-dit" du pillage en un dimanche soir de Fortis Belgique par les Etats Français et Belges, too bigs too fail, pour "éponger" leurs "actifs toxiques" alors que Fortis n'en avait pas ou peu ...).
    - Il est évident qu'aucun Etat ne voudra ni ne pourra rembourser les dettes colossales contractées longtemps avant l'échéance. Tôt ou tard (Le temps ... Toujours le tamps ...) il faudra d'une façon ou d'une autre (Rembourser vs effacer vs un peu des deux) fermer ces fameux "comptes d'attente anti-inflation". L'impossibilité de rembourser et l'effet pernicieux d'une trop forte et trop soudaine inflation fait pencher vers l'hypothèse "un peu des deux". Pour ce faire l'Etat "tape" sur les assurances. Assurances au sens large : Epargne, assurances vie, retraites, Sécurité Sociale, CRDS, PEL, etc. en maintenant des taux de rentabilité bas et de prélèvement haut. Si vous avez du pognon placé en Banque, vous avez tout intérêt à le déplacer vers des "valeurs sûres et palpables" (Foncier, Pierre, Or, etc.) avant qu'il ne soit balayé d'une ligne comptable sur les prochains "plans d'équilibre budgétaires".
    - Quelle bande d'incapables pour diriger tout ça, dont le but, qu'ils ou elles soient élues ou nommées, est seulement de garder leur place.
    - L'argent n'a plus que la valeur qu'on lui donne, de la monnaie de singe. On n'a jamais vu les singes rendre des sous ...

  • La France est sur la voie du déclassement avec son déficit « primaire » chronique (solde budgétaire négatif de l’Etat avant remboursement de la dette) se caractérisant par une création de richesses insuffisante (balance commerciale structurellement déficitaire), et d’énormes dépenses publiques et de redistribution financées à crédit.
    La crise sanitaire a lourdement aggravé ces défauts structurels en réduisant davantage encore la création de richesses (secteurs économiques fermés administrativement dont beaucoup ne se relèveront pas) et en ajoutant aux dépenses publiques les mesures prises durant la pandémie (2 à 300 milliards).
    Que la dette COVID , qui n’est monétisée pour l’instant que dans les comptes BCE soit exigible ou pas, le pays est de toutes façons incapable de se remettre à flot stucturellement et il continuera a accroître sa dette et sa perspective de ruine sans les réformes de fond qu’aucun gouvernement depuis 40 ans n’a osé annoncer aux français et donc mettre en œuvre.
    Ces réformes doivent s’attaquer précisément aux maux frappant notre pays : pour accroître la création de richesses il faut améliorer la compétitivité de notre tissu productif avec une baisse des ponctions sur les entreprises , fléchage de l’épargne vers l’investissement et amélioration de la formation professionnelle ; pour réduire les dépenses publiques il faut s’attaquer au plus gros poste de dépenses à savoir les retraites, et améliorer l’efficience des services publics dans une réforme profonde de l’Etat.
    Qui osera ?

  • Quand une banque centrale prête de l’argent qu’elle n’a pas pour financer les dettes d’un État, la fausse monnaie qu’elle introduit dans le circuit monétaire est sans valeur.
    Comme le système bancaire agit globalement, on ne peut pas dire que telle somme, précisément identifiée, ne vaut rien, c’est toute la masse monétaire qui se trouve proportionnellement dévalorisée. Les prix, qui connaissent une évolution rigoureusement inverse, augmentent. Cela s’appelle l’inflation.

    La valeur réelle des prêts et des emprunts baisse. L’inflation efface donc les dettes de l'État et, dans l’ombre de l’État, les emprunteurs non étatiques bénéficient du même avantage.
    Le principe de base du crédit à terme étant de fabriquer de gros emprunts avec de la petite épargne, les épargnants modestes sont des victimes toutes désignées : l'État et les riches pompent l’épargne des pauvres. C'est une sorte d'Impôt Sur la Pauvreté (ISP) qui vient créer/aggraver les inégalités.

    Avec l’euro et malgré les divers artifices de la BCE, le principe reste le même (on ne voit pas comment il pourrait en être autrement).

    Un petit pari ? À la fin des fins, d’une manière ou d’une autre, les pauvres paieront !

  • Je souscris à l'analyse du post intitulé "Monnaie de singe". Il ne faut pas raisonner au niveau d'un état comme un particulier (qui "doit" rembourser ses dettes).

    La dette qu'on pourrait éventuellement ne pas rembourser c'est celle que l'on doit à la BCE. Même le très "rigoriste" Olivier BLANCHARD (ex. FMI) dit cela.

    Petite expérience de pensée pour faire comprendre intuitivement : les états endettés doivent plus de 1000 Mds € à la BCE, qu’ils sont censé rembourser un jour. Autrement dit la BCE à « émis » plus de 1000 Mds de "monnaie de singe", et pourtant tout fonctionne normalement (comme avant l’émission de cette « monnaie de singe »).
    Imaginons qu’à chaque échéance la BCE accepte de prolonger le prêt de 10 ans de manière très discrète sans battage politico-médiatique (pour éviter le phénomène de "hasard moral"), que ce passerait-il ??

    A mon avis rien …. Et cela revient à ne pas rembourser cette dette !

    • Vous avez parfaitement saisi le sens de mon commentaire.

      Cette dette ne sera jamais recouvrée. Au mieux partiellement en ponctionnant les assurances (Vie, retraite, cotisations sociales, etc.) et en repoussant perpétuellement l'échéance de recouvrement "tout ira bien comme avant".

      Cela ouvre au moins deux perspectives dans mes raisonnements :
      - Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Il faut en faire encore beaucoup plus de ce pognon gratuit tout beau !
      Ça payerait plein de trucs rigolos : Salaires à vie sans bosser, logements gratuits, rasages gratis et autres. On pourrait même généreusement "apporter la lumière aux Peuples" et éradiquer la misère humaine. Le paradis de la substance flemme !
      - Plutôt que d'éradiquer notre tissus productif déjà moribond, notre système éducatif obsolète et notre outil de Santé éreinté, n'aurait on pas bien fait d'utiliser ce pognon gratuit pour relancer, que dis-je, faire notre industrie, nos écoles, nos soins ? En d'autres termes, pour paraphraser le dicton supposé amérindien : Donne un poisson à un homme et il mangera un jour, append lui à pécher et il mangera tous les jours.

  • Article sans intérêt, des poncifs, ni perspective, ni vision.Les vraies questions : sont qu'est ce qu'une monnaie, comment la BCE va gérer cette masse émise sans contrepartie réelle,quelle avenir pour l'€ er les retraites. L'inflation une solution ?

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