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Betteraves et néonicotinoïdes : quand une décision d’écologie politique risque de tuer un secteur entier

Les plantations de betteraves sucrières viennent de connaître une crise terrible, traversée par le virus de la jaunisse. Mais cette crise ne tombe pas du ciel, ce n’est pas une malédiction qui s’abat sur les exploitants de betteraves, mais bien le résultat de l’inconséquence d’une décision politique prise par un gouvernement socialiste.

Une crise grave et destructrice

Le virus de la jaunisse grave de la betterave est transmis par diverses espèces de pucerons, ce qui fait que les feuilles deviennent jaunes, puis cassent. Cette maladie entraîne des pertes de rendements importantes, qui peuvent atteindre 50 % dans les pires cas. Cette maladie transmise par les pucerons pouvait être endiguée par un insecticide, le plus efficace du marché.
Mais en 2016, le gouvernement socialiste de François Hollande, allié aux Verts, fait adopter une loi visant à réduire l’usage des pesticides. Cette loi, nommée « loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages », a été promulguée le 8 août 2016, portée par la secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, une certaine Barbara Pompili, qui souhaitait une interdiction totale des insecticides néonicotinoïdes en 2020. Le retour au réel fait mal.
La jaunisse va provoquer pour la récolte 2020 au moins 40% de pertes de rendements, jusqu’à 50% dans les champs les plus touchés. Ce qui signifie, pour l’exploitant, une perte de revenus comprise entre 800 à 1 000 € à l’hectare !
Dans la précipitation, et pour répondre à la grave crise de la betterave, le gouvernement actuel a donc décidé d’autoriser à nouveau les producteurs de betteraves à utiliser les néonicotinoïdes. Il aura fallu une catastrophe agricole pour que le gouvernement revienne sur cette interdiction, dont l’unique motivation était politique.

Une (ré)autorisation en trompe l’œil

Une modification législative devrait être entérinée à l’automne, accordant des dérogations pour la campagne 2021 et pour les deux campagnes suivantes au plus, afin que puissent être utilisées des semences enrobées de pesticides néonicotinoïdes, technique très efficace contre les insectes propageant des virus. Ce n’est donc pas une nouvelle autorisation, mais plutôt une permission, uniquement pour le secteur de la betterave, valable pour 2021 et jusqu’en 2023 maximum, sous « conditions strictes ». La ministre de la Transition écologique, la même qui prônait l’interdiction du produit, estime désormais qu’il devrait être utilisé en attendant que l’on trouve une technique de substitution. Dommage qu’elle n’y ait pas réfléchi quatre ans plus tôt.
Mais personne n’est sûr qu’on en trouvera avant 2023, date du retour de l’interdiction, et encore moins qu’elles seront efficaces ! Pour Alexandre Pelé, président régional de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves), l’insecticide en question n’est pas seulement nécessaire, mais vital pour les exploitants betteraviers. « On a utilisé pendant plus de 30 ans cet insecticide en enrobage de semences, et cela fonctionnait. Alors que cette année, on n’a pas réussi à protéger nos cultures et les solutions alternatives, toujours à l’étude, n’aboutiront pas avant 5 ans. ». Cinq ans, soit 2025... Cette date butoir de 2023, tout comme l’interdiction du glyphosate prévue en 2022, relève d’un arbitraire niant le réel et la tâche difficile des agriculteurs. Il faut quand même rappeler qu’une interdiction du glyphosate sans solution de remplacement viable (et il n’y en a pas à l’heure actuelle) entraînerait une baisse de la production agricole française de près de 40 % !
C’est la survie du modèle agricole français qui est en jeu face à l’inconséquence des politiques écologistes.

Pourquoi les écologistes s’attaquent-t-ils à cet insecticide ?

Les néonicotinoïdes s’attaquent au système nerveux des insectes, notamment des abeilles, d’où la colère rouge des écologistes. Ils qualifient ces produits phytosanitaires de « tueurs d’abeilles » ; c’est donc un combat acharné qu’ils se doivent de mener contre eux.
Sauf que la betterave n’est pas une plante mellifère ! Elle n’a pas de fleur, les abeilles ne la fréquentent tout simplement pas. Elles ne courent donc aucun risque si les exploitants de betteraves réutilisent les néonicotinoïdes.
Comme l’a dit Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, à Yannick Jadot, écologiste de salon, au sujet de la betterave : « Une aberration ou une bêtise répétée dix fois ne devient pas une vérité » .

La betterave était jusqu’ici une valeur sûre en terme de revenu agricole, et la France est (doit-on dire était ?) le premier producteur de sucre européen, avec 46.000 emplois ! Elle est aussi le seul pays européen producteur de sucre à interdire ces insecticides pour la betterave : c’est aussi stupide que dangereux mais quand des politiques déconnectés de la réalité agricole s’en mêlent, on peut s’attendre au pire.
La principale cause du déclin de l’agriculture française, c’est l’inconscience de l’Etat.

Sources :
https://www.lefigaro.fr/conjoncture ...
https://www.francebleu.fr/infos/agr ...
Extrait Rencontres de MEDEF du 27 août 2020 https://twitter.com/WeillClaude/sta ...
https://www.lemonde.fr/biodiversite ...

NOTES
https://www.francebleu.fr/infos/agr ...
M. De Greef-Madelin, F.Paya, Normes, réglementations…. Mais laissez-nous vivre, « Chapitre 5 : L’agriculture entre contraintes et contrôles ». Plon, 2020.
https://twitter.com/WeillClaude/sta ...

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Messages (6)

De quelles betteraves parle-t-on ?

le 4 septembre, 02:28 par Jean-François

Bonjour,
Bravo pour cet article, sur ce sujet d'actualité. Mais comme vous le dites dans votre première phrase, cela concerne les betteraves sucrières. Et vous nous mettez une photo de betteraves potagères, betteraves rouges. Meilleures en salade que les sucrières, mais beaucoup moins aptes à être transformées en sucre. Changez vite cette photo, svp. La banque d'image des AgriTwittos (https://sites.google.com/view/franc ...) peut vous aider si vous voulez, comme avec cette photo ⚠️ <html>https://drive.google.com/file/d/1eTvCb11g6ZK0MJUx0yn6z6Ravm8UbDP3/view?usp=sharing</html>.
Cordialement,
Jean-François

# Re : De quelles betteraves parle-t-on ?

4 septembre, 10:45 - Nicolas Lecaussin

C’est corrigé. Merci à vous !
NL

- Répondre -

Attention à la photo

le 4 septembre, 05:56 par PORTE-LABORDE

Une photo de betterave rouge (consommée par les humains en salade) pour illustrer un article concernant la betterave sucrière discrédite totalement un article sur le sujet, aussi bon soit-il

# Re : Attention à la photo

4 septembre, 10:44 - Nicolas Lecaussin

C’est corrigé. Merci à vous !
NL

- Répondre -

arrêt sur image

le 4 septembre, 10:54 par william

sur la photo de présentation ce sont des betteraves de consommations qui sont présentées alors que vous parlez de betteraves sucrières.
si on l'interdit en France il faut interdire l'importation des produits dérivés de la betterave en France (sucre, alcool, sucre ajoute dans les plats et + encore.....,il ne fallait pas dormir l'ors du vote de la loi ou être présent

- Répondre -

Tout est une question de modération

le 4 septembre, 11:27 par PhB

Bonjour
Comme vous le rappelez, les champs de betteraves ne devraient pas attirer les insectes pollinisateurs, donc l'utilisation MODEREE de ces néonicotinoides ne devrait pas avoir d'incidence. Ceci est vrai en théorie car à proximité des bordures des insectes vont butiner les fleurs des plantes aux alentours.
D'autre part en pratiquant une polyculture il doit être possible d'enrayer les invasions de pucerons comme nous le faisons dans nos jardins en plantant dans le potager des plantes qui attirent les coccinelles. Je n'ai pas LA SOLUTION, mais si les betteraviers se mettent autour d'une table et réfléchissent ensembles ils devraient pouvoir trouver une solution plus vertueuse. J'ai bien abandonné l'emploi du RoundUp dans mon jardin et sur mes pavés.
La monoculture intensive est la vraie source de tout ces problèmes. C'est à chacun de faire un effort et il ne faut pas mettre tout sur le dos de la crise sanitaire.

5 septembre, 10:47 - Aymeric Belaud

Bonjour,

l'utilisation de ces produits ne devraient pas avoir d'incidence sur les alentours des cultures.
De plus, ne comparons pas des jardins de particuliers avec des terres de dizaines voire de centaines d'hectares. La problématique n'est pas la même, le temps de travail différent.
Enfin, des alternatives pourraient arriver. Mais il ne faut pas interdire sans alternative possible.

- Répondre -

Interdiction du glyphosate

le 4 septembre, 17:49 par Thomas

Bonjour, je suis un fervent partisan du glyphosate, herbicide efficace, peu cher et peu dangereux, mais je dois avouer que je suis surpris par le chiffre que vous citez : son interdiciton entrainerait une baisse de 40% de la production agricole ???

5 septembre, 10:32 - Aymeric Belaud

Bonjour,

Oui, une baisse de 40% de la production agricole est un chiffre envisageable si le glyphosate est interdit, sans substitut. Ce chiffre est tiré du livre Normes, réglementations, mais laissez-nous vivre ! de Marie de Greef-Madelin et Frédéric Paya.
Par ailleurs, d'autres chiffres circulent. Un retrait du marché pourrait représenter une hausse des coûts de production pouvant aller jusqu’à 22 % en viticulture et 26 % pour les grandes cultures. Et cela engendrerait également une perte de rentabilité pouvant aller jusqu’à 33 % pour les exploitations céréalières.
Je vous invite à lire cet article dont je tire les derniers chiffres :https://www.terre-net.fr/observatoi ...

- Répondre -

Mieux vaut sauver 46000 emplois que la biodiversité et l'environnement de 66 millons d'habitants et de leurs descendances.

le 4 septembre, 21:39 par Nico

Bonsoir
En voyant la photo, on se doute déjà de la teneur de l'article. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai lu, je ne suis pas déçu.
Pourquoi ne pas citer comme exemple les agriculteurs qui sont passés au bio même pour les betteraves et qui ne sont pas concernés !
Peut être parce que cela ne représente que 0.5% de la production et qu'il est plus facile de polluer plutôt que d'inciter à suivre le bon chemin.
Avec un raisonnement comme le votre, c'est sur qu'on n'est pas prêt de trouver de nouvelles solutions !
Cordialement

5 septembre, 10:44 - Aymeric Belaud

Bonjour,

les parcelles de betteraves en bio sont aussi voire plus touchées que les parcelles en conventionnel.
Pour Pierre Houdmon, responsable régional de l'Institut technique de la betterave (ITB),"l'impact va être catastrophique". Les pertes sont très conséquentes en bio, notamment parce que les exploitants n'arrivent pas à contenir la jaunisse. De plus les pertes sont aggravées pour les bio à cause des coûts de main d'oeuvre exorbitants qui réduisent fortement leur marge. Selon Pierre Houdmon, "il faut 50 à 100h pour contrôler l’enherbement sur 1 seul hectare, à 18 euros de l’heure."
C'est un désastre pour tout le monde mais tandis que les conventionnels vont pouvoir s'en sortir (difficilement), les agriculteurs en bio pourraient mettre la clef sous la porte ou revenir en conventionnel.

Les alternatives arriveront certainement, mais il faut du temps pour les développer. Et interdire des produits sans alternatives n’entraînera qu'une catastrophe.

7 septembre, 10:08 - AlainD

Le sucre ? Ah oui le sucre bien sûr, les producteurs qui ont trouvé le moyen d'en mettre dans toute l'alimentation même là où l'on ne s'attendrait pas à en trouver. Ceux là naturellement ont dû crier très fort que la baisse de la production serait une catastrophe !!

- Répondre -

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