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Derrière la « dénazification » de Poutine, l’antisémitisme de Staline

par Aymeric Belaud

Le Wall Street Journal a publié une excellente tribune sur le terme de « dénazification » employé par Vladimir Poutine.  En effet, le prétexte invoqué par Vladimir Poutine pour justifier la guerre contre l’Ukraine – « dénazifier » un pays démocratique dirigé par un président juif – serait absurde s’il ne reposait pas sur un mythe qui a longtemps été la base de la désinformation et de la guerre idéologique soviétiques.

Le raisonnement remonte à la caricature séculaire du Juif avide, le Shylock de Shakespeare, recyclé par Karl Marx dans son essai de 1844, Sur la question juive, affirmant que « le Dieu du Juif est l’argent ». Pour les marxistes, lors de la révolution, le communisme abolira la propriété et donc la cupidité : le judaïsme disparaîtra également. Cela explique en partie pourquoi de nombreux Juifs communistes de Russie ont abandonné leur religion et leurs traditions. Comme leur prophète Karl Marx. Mais cette apostasie ne suffit pas à Joseph Staline, qui ne fait jamais confiance à ses camarades juifs, notamment à son principal rival, Léon Trotski. Dans les années 1930, Staline a trouvé la justification parfaite pour tuer ses opposants et intensifier la répression interne : les « traîtres » étaient de mèche avec « l’impérialisme mondial », dénonçant une conspiration sioniste.

Dans sa guerre informationnelle mondiale, l’URSS n’hésita pas à propager partout dans le monde la tristement célèbre théorie du complot des « Protocoles des Sages de Sion ». Cette diffusion efficace a fourni aux antisionistes des munitions pour attaquer les Juifs et a alimenté la crainte d’une conspiration juive mondiale. Quel est alors le lien entre l’antisémitisme stalino-communiste et la dénazification de Poutine ?

C’est l’historien Robert S. Wistrich qui l’explique. Après 1967, l’antisémitisme et l’antisionisme prendront un caractère vraiment systématique et organisé. Les communistes soviétiques ont commencé à fabriquer la thèse tout aussi mensongère que répandue du… « Nazisme juif » !  L’idée d’une conspiration « sioniste-impérialiste-fasciste-américaine » a culminé dans la tristement célèbre résolution « Le sionisme est un racisme », adoptée en 1975 par une majorité d’États membres des Nations unies. Lorsque la résolution a été abrogée en 1991, elle avait fait des dégâts considérables que l’on peut constater ces dernières années sur les réseaux sociaux. Quelques clics permettent de trouver beaucoup de comparaisons sur internet entre Benyamin Netanyahou (grimé en Hitler) et la politique nazie, accusant l’ex-dirigeant israélien de génocide. Ces dernières sont notamment relayées sur les réseaux sociaux par des comptes pro-palestiniens voire islamistes mais également par… des pro-Poutine.

Ce récit néo-marxiste a perduré et Vladimir Poutine, ex-colonel du KGB, en utilise une version actualisée contre l’Ukraine. Les mythes antisémites ont longtemps été un élément de base de l’idéologie communiste et de la désinformation soviétique. Accouplé au XXIème siècle à la politique du Kominterm qui appelait à dénoncer comme fasciste tout opposant au communisme et à l’URSS, cela donne la dénazification de l’Ukraine, désignée ennemie de la Russie par l’impérialiste néo-soviétique Poutine.

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8 commentaires

Daniel 1945 14 mars 2022 - 8:43

Bonjour,
Sur le site RT France, les pro Poutine ne se privaient pas d’y déverser leurs propos antisémites et cela sans aucune réaction de la modération et, à ma connaissance, aucune condamnation par la 17ème Chambre Correctionnelle, spécialisée dans les délits de presse.

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JCC 14 mars 2022 - 2:19

J’espère que vous avez été tout aussi vigilent quand les chaines Qatari ou Saoudienne déversaient leur fiel antisémite. D’ailleurs Ryhad bombarde le Yemen depuis 10 ans, mais Al Arabyia est toujours en ligne… combien de morts là bas pour jouer à la gueguerre croisée avec l’Iran? On sanctionne RT mais par contre pas les autres… toujours ce deux poids deux mesures…

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Nicolas Lecaussin 14 mars 2022 - 3:41

Les Houthis, avec l’aide l’Iran (et sûrement des Russes) lance régulièrement des missiles et des drones armés de missiles vers les zones commerciales et civiles d’Arabie Saoudite…

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SERGE VERDENAL 14 mars 2022 - 9:01

Au lieu de coller au Wall Street Journal qui me semble bien placé pour ne pas être objectif et impartial quant au nazisme ukrainien dénoncé par Poutine, allez voir sur Facebook les reportages de Anne-Laure Bonnel qui elle « mouille sa chemise » en allant filmer au Donbass! C’est plus engagé que de lire la presse US dans son fauteuil … Renseignez vous sur les néonazis comme le SNPU d’Andriy Parubiy ou le parti Svoboda d’Oleh Tyahnybok.
Parubiy a dirigé diverses unités paramilitaires contre les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine, avant de prendre la plume.

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Nicolas Lecaussin 14 mars 2022 - 1:54

Cher Monsieur, désolé, mais l’Histoire a donné raison au WSJ… et tort à d’autres journaux que je ne citerai pas. Vous devriez plutôt vous demander pourquoi l’armée russe n’arrive même pas à occuper des villes majoritairement russophones. Peut-être que les unités « paramilitaires nazies » n’étaient pas si nazies que ça et que les Ukrainiens russophone spréfèrent l’Ukraine à la Russie…
Cdt
NL

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JCC 14 mars 2022 - 2:16

Il y a Histoire et Histoire…

« At first we broke through the side, and then we came through the main entrance, » said one pro-Ukrainian fighter, 20, who said he was a member of the extreme nationalist group Right Sector.

https://www.theguardian.com/world/2014/may/02/ukraine-dead-odessa-building-fire

Pas si nazi que ça, je ne sais, mais il y a bien dans les deux camps des gens qui aiment en brûler vif d’autres. Appelez-ça comme vous le souhaitez, mais encore une fois, l’Ukraine n’est pas exempte de tous reproches et certains de ses habitants ne sont pas des saints. Quant à l’armée russe, ses objectifs ne sont pas principalement les villes russophones. Et certains Russophones préfèrent sans doute l’Ukraine. Ca aussi c’est dans les reportages de Mme Bonelle : « ils se sentent tous ukrainiens ».

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Nicolas Lecaussin 14 mars 2022 - 3:44

Qu’il y ait des éléments nationalistes, pas de doute, personne ne le nie mais de là à en faire un pays nazi qui, en plus, est dirigé par un juif, c’est aussi grotesque que dire que l’Allemagne nazi était dirigé par des Juifs…

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en fait 14 mars 2022 - 10:16

Oui, le sujet est prodigieusement complexe, délicat et explosif; mais bien réel, un vaste travail pour l’Histoire.
En effet, dans Mein Kampf l’auteur ne cache pas ses intentions. Comme, pour la dialectique- marxiste, la guerre est inévitable. Il semble légitime de se poser cette terrible question; Staline a-t-il programmé, « sous-traité » l’extermination des Juifs, franc-maçons ou commissaires politiques ? avant sa victoire finale dans un monde homogène ?.
Pour Shylock vs Antonio dans le Marchand de Venise 1598, une autre lecture semble possible.
En effet en 1595:
– Mercator fonde la géographie mathématique moderne.
– à Londres le collège de Gresham devient la quasi première école de commerce ( belle utilisation des mathématiques, pour la finance, . .. …., )
Nous assistons à un changement d’époque, des crédits à taux élevés pour les plus performants d’un monde agricole avec une faible productivité vs des crédits beaucoup plus nombreux et importants pour les débuts d’un monde  » d’échanges industriels » plus productif ?.
vaste sujet très délicat.

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